[Critique] Avengers Endgame : un second round encore décevant

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Joe et Anthony Russo
  • Avec : Robert Downey Jr., Chris Evans, Mark Ruffalo, Scarlett Johansson, Chris Hemsworth, Jeremy Renner, Bradley Cooper, Karen Gillan, Paul Rudd, Josh Brolin...
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Genre : Action, Fantastique
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 182 minutes
  • Date de sortie : 24 avril 2019
  • Note : 4/10

Prévisible mais mieux construit

image film critique avengers endgame
La bande de bras cassés se reforme. Pour la dernière fois ?

À la fin d’Avengers : Infinity War, nous avions laissé nos (z)héros dans un bien piètre état. Vaincus et humiliés par l’inarrêtable Thanos (qui n’a finalement pas grand mérite pour avoir triomphé de cette bande d’incapables), la moitié de la population de l’univers fut désintégrée, et seule une poignée de survivants pouvait encore laisser espérer une revanche. Celle-ci est actée assez tôt dans le film d’ailleurs, par la mise à mort du Titan Fou (pourtant tranquillement occupé à cultiver ses légumes, des navets sans doute), qui avait hélas au préalable pris soin de détruire les pierres d’infinités rendant son geste génocidaire irrémédiable. Game over donc ? Que nenni, car suite au retour cinq ans plus tard d’Ant Man du micro-verse, ce dernier a une idée de génie : pourquoi ne pas remonter le temps pour tout arranger ? Si telle est la solution dans ce métrage, on se demande aussi pourquoi Docteur Strange, véritable charlatan tant il se refuse à émettre une seule bonne idée depuis le début de ce diptyque, n’a-t-il pas eu la même idée. Lui qui, rappelons-le, était en possession de la pierre du Temps et avait donc la même capacité de solution quand il faisait face à Thanos dans le précédent opus. Bref… nous nous égarons. Un concept attendu donc, mais qui permet à Avengers 4 Endgame de clore narrativement chaque acte de la saga en repassant par chacun de ses événements phares.

Un jour sans fin

Hormis sa première demi-heure d’exposition, le film ressemble à une récapitulation nostalgique de l’histoire du MCU. C’est là que nous pouvons à la fois juger de l’efficacité commerciale de Disney et parallèlement de sa fainéantise narrative. Car impossible de regarder Avengers Endgame sans se dire que nous assistons à un simple recyclage industriel de ce que nous avons déjà vu précédemment. Certes, la réalisation et le montage se sont améliorés depuis Infinity War et conclure près de douze ans d’histoire n’est pas un défi facile à relever, mais nous étions en droit d’attendre autre chose de ce nouvel opus. Comme des excuses par exemple, pour un précédent volet foutraque et au déroulement absurde (ainsi que d’autres avant lui). Ou, à la rigueur, un peu de folie supplémentaire puisque, apparemment, la quatrième phase sera très orientée vers des aventures cosmiques. Mais non, ce film se contente à nouveau du cahier des charges, et ce jusqu’à la bataille finale, certes épique, mais qui n’apporte aucune réelle nouveauté visuelle. Et pour cause : le bestiaire ennemi se contente de nous resservir les ennemis d’Infinity War et du tout premier Avengers. Ne manquait plus qu’Ultron vienne aussi faire coucou, et on aurait eu le casting complet des gros ratés de ces films : leurs vilains.

Une interprétation globalement plus habitée

Pour ce grand final, on sent tout de même qu’on a pris soin de redonner de la dimension à certains personnages, Iron Man en tête. Robert Downey Jr réitère la juste interprétation des débuts de son personnage (même si c’est hélas loin d’être le Tony Stark des Comics, psychologiquement parlant), et Chris Evans apporte enfin un peu de charisme à Captain America. Œil de Faucon fait un retour en fanfare dans Avengers Endgame et gagne en profondeur psychologique, tandis que Mark Ruffalo, et Paul Rudd dans leurs rôles respectifs d’Hulk et Ant Man, semblent s’amuser comme des petits fous. Mais pas autant que Chris Hemsworth, dont le personnage se taille la part du lion pour ce qui est de l’aspect « comique » du film (qui au moins cette fois, évite de perturber la dramaturgie). Du côté des femmes, citons l’interprétation tout en nuance de Karen Gillan dans le rôle de Nebula (la sœur jadis maléfique de Gamora), laquelle s’impose comme le personnage féminin le plus intéressant du film, voire de la saga. La motion capture fait des merveilles pour la Veuve Noire, en permettant de fracturer le masque de cire dont semblait s’être affublé Scarlett Johansson depuis maintenant quelques années. Ce tour de force a-t-il creusé le budget du métrage ? Nous n’aurons probablement pas la réponse… Notre technologie actuelle, permet certes de ressusciter les morts, comme Peter Cushing dans Star Wars : Rogue One, mais, hélas, ne peut pas encore faire des miracles pour Brie Larson qui bien que n’occupant que cinq minutes de métrages (ouf !), parvient à se rendre insupportablement sans saveur. Bien sûr, il ne faut pas oublier Josh Brolin dans le rôle de Thanos qui, bien que toujours très crédible, se heurte lui aussi aux problèmes narratifs du film. De nouveau méchant principal par une pirouette (cacahuète ?) temporelle, il s’avère presque aussi puissant sans les joyaux de l’infini qu’avec. Ce qui ne manque pas encore une fois de remettre en question la cohérence de la saga. Le reste du casting faisant plus ou moins de la figuration, disons simplement qu’ils font le job.

Retour vers le futur

Pour conclure, disons que donner une note à Avengers Endgame s’avère compliqué. Tout simplement parce que si ce dernier opus, malgré ses nombreux défauts, rehausse tout de même le niveau, il constitue surtout la deuxième partie d’un métrage de presque six heures qui jamais ne se donne la peine de justifier les péripéties débiles de son prédécesseur. Pire, il porte sur ses épaules la conclusion de plus de vingt films aux qualités (disons le poliment) « très inégales », et par conséquent se doit d’être noté également en fonction de ces critères. On se doute que la conclusion du long métrage n’épargnera pas tous les personnages, en particulier ceux arrivés en fin de contrat, et que l’avenir appartient désormais aux nouvelles têtes que sont Chadwick Boseman (très crédible en Black Panther), Tom Holland (Spider-Man), Benedict Cumberbatch (sic !) ou Anthony Mackie (le Faucon). L’avenir du MCU, libéré de ces « dinosaures » des comics, augure d’un avenir encore plus formaté et insipide. Et ce n’est hélas pas Avengers : Endgame qui nous permettra de juger si c’était mieux avant… ou pas.

Retrouvez aussi une autre critique d’Avengers : Endgame, rédigée par Guillaume Creis.

Cet article a été écrit par , qui a publié 79 articles sur le site.

Depuis toujours, je perçois le cinéma, certes comme un art et un divertissement, mais aussi et surtout comme une porte vers l'imaginaire et la création. On pourrait dire en ce sens que je partage la vision qu'en avait Georges Méliès. Avec le temps, de nombreux genres ont émergé, souvent représentatifs de leurs époques respectives et les bons films comme les mauvais deviennent ainsi les témoins de nos rêves, nos craintes ou nos désirs. J'ai fait des études de lettres et occupé divers emplois qui jamais ne m'ont éloigné de ma passion. Actuellement, sous le pseudonyme de Mark Wayne (en hommage à l'acteur John Wayne et au personnage de fiction Bruce Wayne alias Batman), je rédige des critiques pour le site "Culturellement Vôtre" par pur plaisir de cinéphile. Très exigeant dans ma notation des films, en particulier concernant le scénario car c'est la base sur lequel aucun bon film ne peut émerger s'il est bancal ou pour le moins en contradiction avec son sujet. Je conserve une certaine nostalgie d'une époque qui me semble (pour l'instant) révolue où le cinéma ne se faisait pas à base de remakes, intrigues photocopiées et bien-pensance. Néanmoins, rien n'entame mon amour du cinéma, et chaque film que je regarde me le rappelle, car bons ou mauvais, ils restent le reflet de notre époque.

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