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[Critique] Once Upon a Time in Hollywood : un trip nostalgique

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Quentin Tarantino
  • Avec : Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Kurt Russell, Emile Hirsch, Dakota Fanning, Michael Madsen
  • Distributeur : Sony Pictures Releasing
  • Genre : Drame historique
  • Nationalité : USA, Royaume-Uni
  • Durée : 165 minutes
  • Date de sortie : 14 août 2019

Hollywood selon Quentin Tarantino

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Copyright Sony Pictures Releasing France

 

Once Upon a Time in Hollywood est l’occasion de se rappeler que Quentin Tarantino, et sa vision du cinéma, pourraient, à eux seuls, prendre la forme d’une analyse sous forme d’un documentaire. Depuis ses débuts avec Reservoir Dogs et, par la suite, sa consécration cannoise avec Pulp Fiction, le réalisateur cinéphile n’a eu de cesse de démontrer sa culture du cinéma bis en inondant ses métrages d’autant d’hommages que de références à un monde qui continue de l’émerveiller, tel un enfant. Que ce soit la Blaxplotation avec Jackie Brown, ou les films de guerre avec Inglorious Basterds, déclaration d’amour à des longs métrages comme Les Douze Salopards ou Les Oies Sauvages, pour ne citer qu’eux. En passant par Kill Bill volume 1 & 2, diptyque mélangeant allègrement film de sabre japonais et western. Cette dernière catégorie, et en particulier ses codes narratifs constituent d’ailleurs probablement son genre de référence fétiche, au point que Quentin Tarantino en réalisa deux d’affilée, avec Django Unchained et Les Huit Salopards.

Curieusement, c’est là que son cinéma référentiel a le plus démontré ses limites. Django Unchained était un film passionnant, mais semblait avoir oublié son héros-titre durant plus des deux tiers de la narration, pour se réveiller finalement trop tard et lui offrir son moment de gloire en dernière bobine, dans un final aussi sanglant que ridicule. Les Huit Salopards, lui, s’effondrait littéralement à mi-film et ne parvenait pas à tenir sa promesse d’un suspense à la Dix Petits Nègres d’Agatha Christie, au profit d’une succession d’incohérences honteuses et d’un final à la violence inutilement trop cartoonesque. Ajoutons à cela la récente implication indirecte de Quentin Tarantino dans l’affaire Weinstein, en raison de sa proximité tant professionnelle que personnelle, avec l’ancien producteur déchu, et on était en droit de se demander à quoi allait ressembler Once Upon a Time in Hollywood, sa dixième œuvre.

Casting et reconstitution en or

image critique once upon a time in hollywood
Copyright 2019 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH

Changeant de registre, mais ne se reniant en aucun cas pour autant, Quentin Tarantino sort du registre du western (mais pas de ses codes) et réalise Once Upon a Time in Hollywood, un titre bien sûr très évocateur pour tous les amoureux du cinéma de Sergio Leone. Afin de nous faire revivre la période charnière de l’année 1969 complètement à cheval entre l’âge d’or hollywoodien et la période désillusionnée qui a suivi, il fallait un casting solide. Le réalisateur à puisé autant parmi ses inconditionnels (Michael Madsen, Tim Roth, Kurt Russell, etc.), que des acteurs avec lesquels il avait déjà travaillé avec moins de systématisme (Leonardo DiCaprio et Brad Pitt), afin d’être sûr que son ambition serait soutenue en osmose par son entourage.

Mission réussie de ce côté-là. Si Brad Pitt et Di Caprio incarnent des personnages savoureux et aux psychologies riches, ils sont soutenus eux-mêmes par une pléthore de seconds couteaux dont les apparitions et le mimétisme avec certaines stars de l’époque sont troublants. Margot Robbie campant l’innocente Sharon Tate, et Damian Lewis dans le rôle de Steve Mc Queen, en sont des exemples probants. Le sentiment de nous retrouver dans le Hollywood de la fin des années 1960 ne connait jamais d’inflexion (sauf peut-être dans quelques dialogues un peu trop actuels) et participe, avec le casting, à notre immersion dans une époque où l’insouciance allait bientôt se faire rattraper par l’évolution de la société, ainsi que la violence des marginaux et des laissés pour compte qu’elle se plaisait à ignorer. Car 1969, c’est bien sûr l’année de la mort de Sharon Tate, alors enceinte de Roman Polanski, par la secte hippie de Charles Manson. Un drame absolu, cauchemardesque, qui sert ici de toile de fond à Once Upon a Time in Hollywood. Un événement sanglant, et marquant, qui semble constituer dans l’inconscient du metteur en scène l’instant crucial où tout a basculé, le moment où la farce et l’insouciance se sont tues pour laisser place à une autre société, un autre cinéma, une autre histoire en quelque sorte.

Et si ?

Cependant, Quentin Tarantino semble trop amoureux de cette époque pour se contenter de la décrire dans ses seuls faits historiques. Il lui préfère une certaine nostalgie, ultra référencée comme à son habitude. Il va plus loin et pousse le vice, dans Once Upon a Time in Hollywood, jusqu’à réaliser des séquences de films ou de séries qui n’ont jamais existé, mais qu’il aurait sans nul doute souhaité réaliser à cette époque. Le réalisateur invoque les Westerns italiens de Sergio Corbucci, les séries comme Le Frelon Vert ou Au Nom de la Loi (avec Steve McQueen), tout en en créant lui-même, fantasmant sur sa propre existence, et insufflant le sentiment que le réalisateur pense qu’il est né à la mauvaise époque.

Ce jeu de miroir se retrouve également dans son casting, avec la relation entre Rick Dalton, la star déclinante (Leonardo Di Caprio) et sa doublure Cliff Booth (Brad Pitt, curieusement affublé du nom de famille de l’assassin de Lincoln). L’un faisant des pieds et des mains pour continuer à incarner des rôles d’hommes forts, et l’autre le soutenant dans l’ombre, alors qu’il est en réalité son modèle « John Waynien », toujours sûr de lui, souriant mais impitoyable quand la situation l’exige. Les deux représentant par conséquent des reliques du vieil Hollywood, cédant lentement sa place à l’émergence du nouvel Hollywood, plus progressiste (sic !). Bref, si nous devions faire un véritable reproche à Once Upon a Time in Hollywood, c’est que le métrage ne raconte au final pas grand chose, voire rien du tout d’un point de vue purement narratif. Quentin Tarantino semble avoir volontairement occulté l’idée de créer un fil rouge, par lequel tous les personnages pourraient directement ou non se retrouver in fine. Cela au profit d’une histoire qui relève plus du biopic ou du documentaire, faux qui plus est car comme nous l’avons dit précédemment, le metteur en scène est un amoureux de cette époque, et il a bien compris que ce n’est qu’au cinéma qu’on peut changer l’histoire (tout comme dans Inglorious Basterds) et la modeler selon nos désirs.

Once Upon a Time in Hollywood devient ainsi le film le plus personnel de Quentin Tarantino car il est celui pour lequel il a renoncé à la trame pour mieux nous faire profiter de son amour et de sa passion (sauf pour son habituelle orgie sanglante de fin). Son monde est fou, drôle, cruel, violent. Il n’est pas parfait, loin de là mais c’est celui dans lequel il aurait sans doute souhaité naître et évoluer. Rien d’étonnant, par conséquent, de constater qu’il refuse de le voir mourir une seconde fois.

8/10

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