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[Critique] Ad Astra : James Gray s’attaque à la science-fiction

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : James Gray
  • Avec : Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Liv Tyler, Ruth Negga, Donald Sutherland, Jamie Kennedy, Kimberly Elise
  • Distributeur : Twentieth Century Fox France
  • Genre : Science fiction, Drame
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 124 minutes
  • Date de sortie : 18 septembre 2019

La recherche d’un père

Nouveau long métrage de James Gray (The Lost City of Z, The Immigrant, Two Lovers), Ad Astra est une petite surprise, car nous ne nous attendions pas à ce que le réalisateur s’engage dans un film de science-fiction. Et tant mieux. Un metteur en scène qui surprend est souvent signe de bonnes choses, et James Gray est souvent là où on ne l’attend pas pour de très bon résultats. L’œuvre raconte l’histoire de l’astronaute Roy McBride, lequel s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu, et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

Si le synopsis officiel d’Ad Astra fait penser que nous allons faire un voyage mystique, il n’en est en fait rien. Le scénario de James Gray et Ethan Gross (scénariste sur la série Fringe) nous entraîne dans un futur proche. La Terre est victime de désastres, des répercutions d’une mission qui se trouve en orbite de Neptune. Celle-ci a pour but de trouver de la vie hors de notre système solaire. Le père de Roy McBride, Clifford, la dirige. Mais elle ne donne plus de signe de vie depuis quelque temps. Roy McBride, lui aussi astronaute, va se lancer à la recherche de son père, mais il devra aussi résoudre le mystère de la mission de son paternel. Intéressons nous d’abord au personnage de Roy. Celui-ci est un astronaute d’expérience. Son père l’a quitté pour sa mission depuis qu’il était adolescent, et n’arrive plus à ressentir d’émotions. Il pense que la solitude lui sied à ravi. Tout le cheminement et l’évolution du personnage part d’ici et s’avère rondement mené. Même si l’on a du mal à accrocher émotionnellement au personnage, dû à son manque d’émotion, on commence à avoir de l’empathie pour lui au fur et à mesure. Sa motivation principale est de revoir son père qui a été absent durant la majorité de sa vie pour avoir des explications. Cette recherche va le propulser dans une aventure à plusieurs étapes, que ce soit sur Terre, la Lune, Mars, jusqu’à un voyage au plus loin de notre système solaire. Des rebondissements sont à prévoir, assez finauds pour contenter le spectateur malgré un rythme assez lent, et parfois un peu trop à la moitié du récit.

Mais surtout, le réalisateur de Ad Astra pose la question : qu’est ce qu’un héros ? Clifford McBride était considéré comme un pionnier, un héros de la trempe de Neil Armstong. Seulement, comme quelque chose s’est mal passé et au vu des informations recueillis, celui-ci semble avoir perdu la tête. Est-ce vrai ou faux? C’est l’une des questions du film. Être un héros est surtout la vision des autres, de la majorité, ou d’une personne. Et le scénario joue très bien sur la déconstruction du mythe du héros jusqu’à un final dans la logique de ses thèmes. Nous émettrons juste deux petites réserves sur le scénario. La première étant que celui-ci aurait dû exploiter un peu plus  l’univers, intéressant, du film, finalement survolée. La seconde est la mini conclusion du long métrage. Le réalisateur aurait pu finir sur un plan assez symbolique, mais il offre au spectateur deux minutes de plus qui auraient pu être supprimées. Cela n’empêche pas un scénario maîtrisé et on retrouve certains thèmes récurrents de la filmographie du réalisateur.

Per aspera ad astraimage brad pitt ad astra

Concernant la réalisation d’Ad Astra, James Gray est toujours très bon techniquement. Il nous fait entrer dans une certaine réalité du futur. Un grand soin a été apporté aux costumes et aux décors, afin de donner à tout ces matériaux une belle crédibilité. Le réalisateur nous offre des plans assez fabuleux, qui n’ont rien à envier à certains classiques de science-fiction. Sa maîtrise technique nous fait profiter de superbes plans larges même si, la plupart du temps, la caméra reste assez proches des acteurs. Le résultat est bien aidé par la photo de Hoyte Van Hoytema (Dunkerque, Interstellar) qui, fort de son expérience sur le film de science-fiction de Christopher Nolan, apporte le réalisme nécessaire à a bonne tenue du grand tout. Il faut souligner aussi la qualité des effets spéciaux. Et le travail sur le son qui, dans un souci de réalisme, s’avère judicieusement employé. Enfin, la composition musicale de Max Richter (Marie Stuart, Reine d’Ecosse, Undercover) s’avère excellente. Faisant parfois place au son, elle accompagne parfaitement le film sans rester dans les mémoires.

Quant au casting, il est incroyable. Après sa superbe interprétation dans Once Upon a Time in Hollywood, Brad Pitt nous offre encore une prestation de haut calibre. Toujours juste, on sent l’évolution de son personnage, parfois par un regard ou un geste. Serait-ce l’année de l’acteur ? Très certainement. Donald Sutherland s’avère subtil et émouvant dans le rôle du colonel Pruitt. Malgré leurs peu de temps à l’écran, Tommy Lee Jones, Liv Tyler, Ruth Negga, Jamie Kennedy (méconnaissable) et Kimberly Elise offrent de très solides prestations. Malgré quelque petite réticences initiales, et quelques longueurs, Ad Astra est un nouveau tour de force de la part de James Gray. Il satisfera autant le spectateur lambda que le cinéphile averti, grâce à des thèmes intéressants et un personnage principal bien développé. Force est de constater que le réalisateur surprend et s’aventure toujours là où on ne l’attend pas. Un grand film de science-fiction mais surtout un grand film tout court.

8/10

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