[Critique] Le Chardonneret : un film intimiste et profond

Caractéristiques

  • Titre original : The Goldfinch
  • Réalisateur(s) : John Crowley
  • Avec : Ansel Elgort, Nicole Kidman, Aneurin Barnard, Sarah Paulson, Luke Wilson, Jeffrey Wright
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Genre : Drame
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 150 minutes
  • Date de sortie : 18 septembre 2019

L’Art du drame


Le Chardonneret, de John Crowley, est un film au rythme volontairement lent, dont le cœur du propos se révèle par couches progressives. Alternant entre l’enfance du protagoniste et sa vie d’adulte, c’est un voyage initiatique auquel nous convie ce long métrage. Débutant par un attentat meurtrier au Metropolitain Muséum of Art de New York, durant lequel sa mère sera tuée, Théo (Ansel Elgort découvert dans Baby Driver) récupérera ce même jour, sous l’impulsion d’un vieil homme mourant, le fameux Chardonneret du titre. S’ensuivent diverses rencontres et événements qui le conduiront progressivement à devoir affronter ses démons intérieurs, et s’accomplir en tant qu’adulte. Si Le Chardonneret demeure tout de même un peu trop long par rapport à son sujet, les divers changements de situation du protagoniste ainsi que ses interactions avec les autres personnages s’effectuent de manière suffisamment régulière et fluide pour que l’ensemble se suive sans déplaisir.

Quand on regarde Le Chardonneret, on ne peut s’empêcher de penser, à de multiples reprises, qu’il est une sorte d’incarnation moderne de Tom Sawyer, célèbre personnage créé par Mark Twain, dont il partage beaucoup de points communs. Les deux sont marqués par un drame durant leur enfance, et se retrouvent seuls dans la vie. Mais leur capacité de beau parleur, et leur désir d’émancipation leur ouvrent les portes du succès. Une réussite qui les obligera néanmoins à porter un masque afin de s’intégrer aux conventions et aux valeurs sociales de la société.

Un parfum de Tom Sawyer

image ansel elgort le chardonneret

Tom Sawyer était, de l’aveu même de Mark Twain, un rebelle socialement approuvé vis-à-vis duquel il n’a pas souhaité donné, dans ses écrits, d’incarnation adulte au risque qu’on finisse par le détester cordialement (le personnage de Théo est d’ailleurs nettement moins sympathique adulte dans Le Chardonneret qu’enfant). Suivant cette logique, Mark Twain finira par lui préférer Huckleberry Finn son autre personnage célèbre qui lui restera finalement un rebelle jamais vraiment intégré.

Là encore le parallèle avec les œuvres de l’auteur est évident par le personnage de Boris, jeune enfant russe d’abord incarné par Finn Wolfhard (toujours impeccable) puis par Aneurin Barnard, impressionnant de mimétisme par rapport à sa jeune version que ce soit du point de vue du physique que de la composition. Commençant comme un petit vaurien sympathique et mal dans sa peau, il deviendra par la suite un trafiquant de drogue jamais présenté malgré ses erreurs comme un antagoniste mais toujours comme un soutien à Théo. Inadapté mais fidèle, malhonnête mais pétri de remords, l’anti-héros sociétaire qu’était le Huckelberry Finn de Mark Twain, le constat est sans appel : on voit bien des connexions.

L’interprétation au service de l’histoire

image john crowley le chardonneret

Terminons cette analyse en mentionnant le reste du casting de Le Chardonneret. Que ce soit Nicole Kidman, brillante de sobriété en bourgeoise emphatique et débonnaire, ou le toujours excellent Jeffrey Wright dont la bonté aveugle transpire dans chaque séquence, ainsi que Pippa (Ashley Cummings), l’inévitable objet de désir du protagoniste aussi inévitable qu’inaccessible. Luke Wilson et Sarah Paulson complètement la distribution respectivement dans les rôles du père indigne et de sa concubine, pour achever de convaincre que ce genre de long métrage sort toujours grandi d’avoir su sélectionner et utiliser son casting à bon escient.

En conclusion, nous pouvons dire que Le Chardonneret est un bon film, dont la durée et le rythme lent rebutera certains mais n’entamera pas son crédit artistique. Si l’acteur Ansel Elgort, en tant que personnage principal; manque hélas de consistance et de charisme (contrairement à sa version jeune) et ce malgré une interprétation correcte, il est appuyé par une pléthore de seconds rôles exemplaires qui équilibrent l’ensemble. Il ne serait pas surprenant que beaucoup, en visionnant cette œuvre, finissent par s’intéresser au fameux Chardonneret et son auteur Carel Fabritius. Et un long métrage suscitant curiosité et ouverture d’esprit, quels que soit les goûts de chacun, ne peut être considéré comme autre chose qu’une réussite.

7/10

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