[Test] Shenmue 3 : bien mieux que ce qu’on redoutait

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • PC
  • Développeur : Ys Net, Neilo
  • Editeur : Deep Silver
  • Date de sortie : 19 novembre 2019
  • Acheter : Cliquez ici

Shenmue 3, du fantasme à une réalité plus agréable qu’escomptée

image test shenmue 3
Shenmue 3 recommence là où Shenmue 2 s’arrêtait.

Nom d’un petit bonhomme, ça y est : votre humble serviteur vient de boucler Shenmue 3. Et il est grand temps de rédiger l’article que vous êtes entrain de lire, à cet instant précis. Oui, voilà le test de la suite des aventures de Ryo Hazuki, celles dont le retour était attendu depuis quasiment vingt ans. Rendez vous compte : des lecteurs, parmi vous, n’étaient même pas nés lors de la sortie de Shenmue 2. Pour ceux-ci, l’on conseille notre papier que nous avions ms en ligne à l’occasion de la sortie de Shenmue I et II, voilà quelques temps. Ce sera idéal afin de comprendre pourquoi nos mains tremblaient au moment de commencer l’aventure, entre excitation et grosses craintes nées des retours de certains de nos confrères.

On ne peut pas écrire que le développement de Shenmue 3 fut un long fleuve tranquille. Annoncé lors d’un E3 2015 fort en révélations (on avait aussi eu droit à l’officialisation de Final Fantasy 7 Remake), ce troisième épisode est ensuite passé à la moulinette moderne : on a eu droit à une phase de financement participatif, avec tout ce que ça comporte comme complications. Les premières images n’ont pas du tout aidé les joueurs à se faire une bonne idée de l’état de la production, même si quelques voix, en grande minorité, commençaient déjà à interroger : « mais que devait-on attendre, finalement, de Shenmue 3 ? ». On ne cache pas que c’était notre cas quand, au fur et à mesure des informations glanées, il devenait évident qu’un bashing organisé par la presse vidéoludique était entrain de se mettre en place. De quoi foutre en l’air non seulement la carrière d’un jeu, mais aussi la philosophie qui l’accompagne.

Quelle est-elle, cette philosophie ? Shenmue 3 est un jeu qui refuse le dictat de l’industrie du jeu vidéo, très clairement. Comme certains ne parviennent pas à comprendre où voulait en venir les équipes (Ys Net et Neilo au développement, Shibuya Productions à la production), alors il est plus facile de comparer le résultat avec les canons du genre. Ainsi, on a par exemple lu une absurdité : l’invocation de Red Dead Redemption 2 pour étayer un propos. C’est particulièrement malhonnête, tant le jeu de Yu Suzuki se situe, dans l’esprit qui l’habite, au strict opposé. Oui, on doit capter en Shenmue 3 une vision de l’open world en droite lignée de celle née avec Shenmue. Et oui, cela a du charme. Le même que ces sites soulignent quand ils jouent à un soft daté (il n’est pas question de le nier ici) sur Nintendo Switch, en se pavanant à grands coups de « délicieusement désuet ».

Certes, l’on ne peut oublier que les deux premiers Shenmue étaient de véritables vitrines technologiques. Toute notre vie, on se souviendra de la baffe visuelle vécue avec la sortie du premier épisode, surréaliste par bien des aspects (coût du développement, minutie du détail, etc). Non, Shenmue 3 ne réalise pas le même exploit que ses ainés. Quelle surprise dites donc, à l’heure où une grosse production peut voir son budget chiffré à plusieurs centaines de milliers de dollars. Non, il n’est plus question pour Yu Suzuki de s’engager dans ce genre de folie : on estime que le soft repose sur une dizaine de millions de dollars, entre la campagne Kickstarter et les différents partenariats. Du coup, le résultat se doit aussi d’être jugé en fonction de cette nouvelle donnée économique : il est loin, le temps du Sega outrageusement dépensier.

Assurément, les fans de la licence seront aux anges

image ps4 shenmue 3
On retrouve évidemment tout un tas de mini-jeux.

Une fois ces précautions prises, il est temps d’aborder ce qui fait la sève de Shenmue 3. Vous comprendrez aisément qu’il nous est impossible de trop en dire concernant la trame scénaristique, tant celle-ci a fait fantasmer les fans de la licence. Sachez simplement que les événements décrits ici prennent la suite on ne peut plus directe de Shenmue 2, au quasi-plan près. Dont celui, hyper iconique, de la gigantesque peinture des deux miroirs, dans la fameuse grotte non loin de Bailu. C’est dans ce petit village chinois, magnifiquement bucolique, que l’on va reprendre le périple, avant de quitter les lieux pour la ville portuaire de Niaowu. C’est entre ces deux destinations que le récit va s’inscrire. Et la recherche de l’ignoble Lan Di, assassin du père de Ryo, pourra drastiquement avancer. Et ce même si, c’est à préciser, il ne s’agit pas de la conclusion de la saga : la fin reste ouverte, au risque que l’on ne sache jamais ce qu’il se passera après. Que les nouveaux venus se rassurent : ils ont le droit à un très bon résumé des événements précédents, accessible à l’écran titre. Sachez que les sous-titres sont proposés en français, un véritable luxe quand on se souvient de l’anglais qui accompagnait les deux premiers jeux sur Dreamcast.

Côté gameplay, Shenmue 3 ne cherche pas à renverser la table, ni à réinventer la roue. On fait face à un jeu en monde ouvert, avec vue à la troisième personne et des combats très typés action. Il est temps, ici, de prévenir les joueurs : oui, la prise en mains rappelle les anciens épisodes, dans les réactions de Ryo un peu pataudes (comme la course, par exemple). Cela manque un peu de fluidité mais, globalement, vous retrouverez facilement vos marques. On retrouve les petites indications contextuelles, tellement novatrice au temps des premiers opus, en bas à droite de l’écran qui permet de savoir par exemple, si l’on peut lancer une discussion avec un PNJ. Voilà qui est important car, ne l’oublions pas, Shenmue 3 est avant tout un jeu d’aventure, et une enquête qui, à l’image de la poursuite de Sephirot par Cloud, trouve sa force par sa poussée vers l’avant. Et qui dit investigation dit missions. Le jeu en propose beaucoup, et toujours dans ce style typique de la saga. Ryu n’obtiendra rien sans efforts, comme dénicher un alcool millésimé afin de contenter un maitre en arts martiaux. Heureusement, un carnet de voyage bien utile centralise toutes les demandes qui vous seront formulées.

Les combats ont toujours fait partie intégrantes du concept Shenmue. Et ils sont sans doute le point le plus épineux de Shenmue 3. On retrouve l’esprit d’apprentissage, et la grosse emphase sur les enchainements. Ryo va asséner des coups, de plus en plus puissants suivant son entrainement, et apprendre de nouvelles techniques en achetant des manuscrits, à confirmer dans le dojo. Par contre, on regrette que les impacts soient aussi peu rendus, manquent autant de patate : on a parfois l’impressions que les coups portent, alors qu’il n’en est rien. Signalons aussi l’absence des prises, assez regrettable, et une esquive difficile à maitriser. Par contre, il est à noter que les développeurs ont cherché à ajouter une dose de maitrise de notre énergie, avec une gestion de l’endurance. Laquelle est intimement liée à la mécanique de nutrition : il faut manger régulièrement pour ne pas voir ses capacités être réduites à néant. Les améliorations du concept sont peu nombreuses, mais comptons tout de même la possibilité d’avancer dans le temps jusqu’au moment imposé par une quête. Cela réduit l’attente, même si vous pourrez aussi profiter de celle-ci pour vous adonner à divers mini-jeux, plutôt rigolos (ah, la course de tortue…), et parfois traditionnels avec des jeux d’argent.

L’aventure proposée par Shenmue 3 vous occupera pendant une trentaine d’heures, du moins si vous vous contentez de terminer l’histoire principales et quelques quêtes annexes. Il existe bien d’autres activités, et vous pourrez prolonger le plaisir pendant une bonne grosse dizaine d’heures de plus. Côté technique, bien évidemment on ne se trouve pas devant un méga blockbuster. On a droit à des baisses de framerate sur quelques passages et, surtout, les animations s’avèrent raides au possible Par contre, on est agréablement surpris par la bonne gestion de l’Unrea Engine 4, lequel permet l’existence d’environnements hautement séduisants par le sentiment paisible qu’ils dégagent. La direction artistique est carrément de très haut niveau, n’ayons pas peur des mots. Certains panoramas se sont inscrits sur nos rétines pour longtemps. Le character design, entre manga et réalisme (et non pas photo-réalisme, il y a nuance) s’avère parfaitement fidèle à l’esprit de la série. Et l’on apprécie aussi la qualité des effets de lumière, qui rendent parfaitement compte de l’axe solaire. Quant à la musique, composée par Ryuji Iuchi, elle participe pleinement à la merveilleuse ambiance qui se dégage de ce titre. Enfin, réjouissons-nous : on a droit au doublage japonais, bien meilleur que l’anglais.

Note : 15/20

Assassiné avant même sa sortie, Shenmue 3 est pourtant très loin de la catastrophe annoncée. Si le jeu ne peut cacher son faible budget on se doit tout de même de souligner la bonne tenue du trip proposé par les équipes de Yu Suzuki. On retrouve la licence presque comme on l’avait quitté, avec tout de même un Unreal Engine 4 loin d’être aux fraises. Oui, les animations sont raides au possible, les deux territoires ne s’étirent pas énormément, et les combats manquent de patate. Mais tout le reste, ce qui a à voir avec l’aventure, l’enquête, est du domaine de la réussite On espère seulement qu’il ne faudra pas attendre vingt ans de plus pour découvrir la suite de ce récit décidément passionnant.

7/10

Une réaction

  1. Merci de votre honnêteté, votre analyse, non corrompue par la pression médiatique, le matraquage incessant afin de détruire ce jeu.
    On voit partout les mêmes analyses, on se pose même la question de savoir si ceux qui critiquent ont joué ce magnifique jeu.
    Il faudra aussi demander pourquoi tant de bonnes critiques viennent des États-Unis, de l’Allemagne, de Grande-Bretagne, de l’Espagne et presque aucun éloge venant d’un site français.
    Bref, merci beaucoup

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