[Théâtre] Une Histoire d’Amour : Le retour sur les planches d’Alexis Michalik

image michalik une histoire d'amour

Désir et amour au féminin

Tandis que ses quatre autres pièces de théâtre connaissent toujours un franc succès à Paris, Alexis Michalik, le dramaturge de 37 ans aux cinq Molières, reprend à la Scala son tout nouveau spectacle lancé en janvier et intitulé Une histoire d’amour.

Cette comédie dramatique réunit sur scène cinq comédiens et raconte l’histoire de Katia et Justine, deux jeunes femmes qui se rencontrent lors du déménagement d’un ami commun. Très blessée par la vie, Katia va ouvrir son cœur à Justine, la romantique, et de ce coup de foudre inattendu naîtra une grande histoire d’amour et la première expérience homosexuelle de Justine.

Désirant un enfant, cette dernière réussit à convaincre Katia d’avoir recours en même temps qu’elle à une insémination artificielle. Mais lorsque Katia tombe finalement enceinte, Justine décide de la quitter. Katia doit alors assumer seule sa future maternité.

Avec cette nouvelle pièce, Alexis Michalik s’interroge sur la possibilité d’écrire quelque chose de nouveau sur un thème aussi commun que l’amour, et il choisit d’aborder ce qu’il en reste lorsqu’il est terminé.

Il nous entraine dans la vie de ces deux femmes, durant douze années, au moyen d’ellipses et de scènes de vie choisies, avec un rythme effréné dont lui seul a le secret. Entre découverte du sentiment amoureux, envie de maternité, rupture et maladie, la vie dans tous ses états est racontée au spectateur en un peu plus de deux heures qui passent à une vitesse ahurissante.

Après 8 ans sans avoir foulé les planches, Alexis Michalik se met lui-même en scène dans la pièce : il y incarne avec justesse un écrivain alcoolique détruit par la vie qui va cohabiter avec une adolescente parfois plus mature que lui. L’alchimie entre les deux acteurs est palpable, et les autres comédiennes sont tout aussi brillantes. La nomination aux Molières de Marie-Camille Soyer qui interprète Justine pour la Révélation féminine est grandement méritée tant sa présence est lumineuse et émouvante.

Une mise en scène efficace et virevoltante


Comme à son habitude, Alexis Michalik livre une mise en scène précise et particulièrement maîtrisée. Sur scène, un décor rudimentaire : un lit, un divan, une cuvette de toilettes et quelques sièges. Ce sont les acteurs eux-mêmes qui déplacent ces éléments, de manière à former de nouveaux décors, avec une fluidité remarquable. Associés à un vidéoprojecteur, ces objets mobiles font apparaître en quelques secondes un appartement, un cabinet de médecin, un restaurant ou encore un hôtel.

Les scènes, plutôt courtes, s’enchaînent au gré de ces changements de décors, et les comédiens sont doublement mis à contribution puisqu’ils interprètent aussi plusieurs personnages. Ils se changent souvent intégralement devant le public sans que ce dernier en soit jamais gêné, grâce à des transitions très habiles.

Le spectateur se retrouve pris dans un véritable tourbillon et s’y laisse entraîner avec délice et confiance, tant la technique Michalik est diablement rodée et virtuose.

Alors que Le Cercle des illusionnistes utilisait quelques extraits de vidéos, Une histoire d’amour entremêle musique, danse et théâtre. Le dramaturge avait déjà amorcé cette démarche dans Intra muros en plaçant un musicien sur le bord de la scène. Ici, la pièce s’ouvre sur une chanson interprétée au micro par les cinq comédiens : « Et pourtant », de Charles Aznavour, et quelques autres mélodies accompagnent les moments marquants du spectacle, notamment « It takes time to be a man » du groupe The Rapture, qui a inspiré à Michalik la scène finale du spectacle.

Un tourbillon d’émotions

image pauline bression une histoire d'amour

Malgré les ellipses et le rythme endiablé de la pièce, Alexis Michalik parvient toujours à susciter des émotions intenses chez son public.

Les dialogues, bien que très simples, sont empreints d’une grande profondeur et le dramaturge fait naître rapidement une empathie sincère pour ses personnages.

Il faut dire que ces derniers sont particulièrement marqués par la vie et côtoient de près la maladie, l’alcoolisme et le deuil au cours de ces douze années représentées sur scène. Le texte ne sombre pourtant jamais dans le pathos : le réalisme prédomine et les comédiens parviennent à émouvoir le public par leur interprétation juste et sensible.

On pleure donc beaucoup durant ce spectacle qui, contrairement aux trois premiers de l’auteur, ne prend pas pour point de départ un événement historique ou littéraire, mais bien la vie, dans ce qu’elle de plus vrai et de plus poignant. Mais on rit également souvent, car Michalik distille dans ses dialogues et dans les situations présentées quelques pointes d’humour qui offrent un soulagement comique bienvenu. La pièce parvient d’ailleurs à nous faire oublier complètement le port du masque, même s’il peut aussi se révéler utile pour cacher aux autres une émotion trop visible…

La standing ovation finale confirme sans conteste la réussite de ce nouveau spectacle. Bien qu’il soit assez différent des autres productions d’Alexis Michalik, il contient tous les éléments qui font son succès : une maîtrise impressionnante de la mise en scène et un talent évident pour toucher le public en plein cœur.

Une histoire d’amour, une pièce de théâtre de Alexis Michalik, au Théâtre La Scala du 11 septembre au 15 novembre 2020. 1h25.

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