article coup de coeur

[Test] Persona 5 Strikers : une vraie et bonne suite

Caractéristiques

    • PlayStation 4
    • Nintendo Switch
    • PC
  • Développeur : Omega Force, P-Studio
  • Editeur : Atlus
  • Date de sortie : 23 février 2021
  • Acheter : Cliquez ici

Persona 5 Strikers prolonge le (road) trip

image gameplay persona 5 strikers

Paru en avril 2017, Persona 5 fut de suite entouré d’une aura culte qui, paradoxalement, aura aussi eu du mal à convaincre votre humble serviteur. Il faut dire que, si la direction artistique était (et reste) magnifique, et le gameplay passionnant ; l’histoire, et l’écriture des personnages, a eu du mal à convaincre. Un sentiment balayé par la parution de Persona 5 Royal, qui a fait l’effet d’une révélation : les ajouts ont procuré du liant, tout restait toujours aussi beau et agréable à jouer, et les sous-titres français apportaient un confort indéniable. Dès lors, le caractère populaire de cet épisode, qui a déjà occasionné une adaptation en animé, en manga, et un jeu de rythme (Persona 5 Dancing in Starlight) nous paraissait plus justifié. De là à espérer une suite, ce n’était pas forcément le cas, mais l’annonce d’une nouvelle itération, Persona 5 Strikers, a tout de même éveillé une curiosité désormais mutée en satisfaction.

Bon, déjà un nouveau jeu édité par Atlus est toujours un événement, de notre point de vue. Mais là, on doit ajouter une association pas piquée des hannetons, du genre à plaire aux fins connaisseurs du jeu vidéo japonais. Dans le but de mener à bien l’opération Persona 5 Strikers, l’éditeur s’est offert les services d’Omega Force, studio qui a fondé son excellente réputation sur sa maitrise du Musô, dont la représentante la plus édifiante est la licence Dynasty Warriors. Une association étonnante mais pas invraisemblable, rappelons que l’entité s’est déjà rendu capable de s’acoquiner à Dragon Quest, The Legend Of Zelda, et d’autres. Bien entendu, P-Studio est resté non loin du développement, surtout pour s’assurer de la cohérence. C’était précisément ici que l’on restait sur nos gardes : comment faire cohabiter un JRPG au tour par tour et un beat’em all énervé ? Et comment prendre la suite d’événements scénaristiques qui, de notre point de vue, trouvaient une conclusion bien assez habile dans Persona 5 Royal ?

Pour cette dernière question, Persona 5 Strikers répond en prenant un risque : il s’agit de la suite de Persona 5, et non de Persona 5 Royal. L’on ne cache pas que ça a fait grincer pas mal de dents. Ainsi, exit tout ce qu’on a vécu dans le semestre bonus, ainsi que le nouveau personnage jouable qui, pourtant, s’était accordé une bonne place dans notre passion pour cette version. Alors certes, cela ne créé qu’une déception toute relative, rapidement oubliée comme on va le voir, mais c’est à signaler. Très vite, on entre dans le vif du sujet, et l’on se rend compte que l’écriture a tout de même été très prise au sérieux. Et toute sous-titrée en français, mais quel luxe ! Bref, a-delà du plaisir de retrouver des personnage finalement très attachants, on apprécie la situation finement architecturée : tous nos protagonistes ont quitté le lycée et ont évolué. Ainsi, on se retrouve désormais dans un véritable road trip, motivé par l’envie des amis récemment retrouvés de passer un bel été ensemble. Seulement voilà, les ex-Voleurs Fantômes vont découvrir de nouveaux univers parallèles, ici appelés Prisons, dans lesquelles règnent des Monarques (globalement ambivalents, dommage pour ceux qui aiment les vrais antagonistes) dont le but est de voler les désirs de prisonniers sélectionnés arbitrairement. Oui, on retrouve clairement une sorte de clone du Métavers, même si l’on note quelques différences de forme.

On n’ira pas plus loin dans la description du scénario. Sachez simplement que Persona 5 Strikers doit composer avec une temporalité plus courte, ce qui force les événements à parfois s’entrechoquer. Les temps de respiration sont réduits à leur strict minimum. Globalement, on a pris beaucoup de plaisir, un peu moins dans la toute première Prison. Et les thèmes sociaux, s’ils restent un peu marqués « adulescents en crise », restent bien plus intelligemment traités que nulle part ailleurs. Le caractère road trip du récit, lui, est assez cohérent avec le gameplay, mais il rend aussi caduc quelques mécaniques du jeu original : on se sent moins libre dans la gestion de nos activités. Cela plaira d’autant plus aux joueurs qui aiment les routes certes balisées mais tout de même permissives à l’occasion de quelques missions secondaires. Ce qui veut aussi dire adieu au système de drague (snif), ici remplacé par l’affinité de groupe qui se perfectionne au fil des événements, qu’ils soient principaux ou secondaires. On reste un peu éloigné de la profondeur de ce qui était proposé dans Persona 5, mais ça fonctionne tout de même bien assez pour que, au-delà de l’intérêt statistique, le joueur y trouve l’intérêt pour vivre l’intégralité du contenu scénaristique.

Omega Force a compris la substantifique moelle de Persona 5

image test persona 5 strikers

Ce qui nous saute aux yeux, au moment de faire le bilan de notre partie, c’est la solidité de Persona 5 Strikers dans tous les domaines. Certes, ça manque peut-être de ce supplément d’âme, mais on fait face à un jeu très fignolé. La prise en mains, qui nous faisait elle aussi un peu peur, s’est pourtant révélée comme l’un des points forts du soft. On se demandait ce que le Musô allait apporter à la recette, et la réponse prend à contrepied : il ne s’agit pas d’un Musô. Si le système de combat s’inscrit dans un temps réel, on n’est pas non plus dans du Warriors Orochi 4 Ultimate. Certes, la maitrise des combos enchainant coups légers et puissants est au cœur du concept, mais le résultat se fait beaucoup plus subtil que ce qu’on imaginait. Les Persona sont évidemment de retour, mais aussi le focus sur l’infiltration. D’ailleurs, sachez que le niveau de difficulté assez élevé du mode Normal vous poussera à revenir vers l’utilisation des endroits planqués, et de l’attaque par surprise. On compte aussi le grand retour de l’un des éléments qui nous a le plus séduit dans le premier opus : la connaissance des points faibles et forts lié aux dégâts élémentaires. On retrouve même les super attaques, autrefois lancées en duo mais ici personnifiées.

Du coup, on se frotte effectivement à des dizaines d’ennemis en même temps, mais non sans une grosse tension tout de même plus tournée vers l’action. Voilà qui se fait déjà original, et d’autres mécaniques viennent fortifier ce sentiment. Par exemple, Persona 5 Strikers permet de passer de l’avatar habituel qu’est Joker à un autre. Mine de rien, c’est une attente des fans qui vient d’être réalisée. Pour les joueurs qui auraient peur de totalement perdre de vue l’aspect tactique, Omega Force a pensé à proposer une pause tactique : on appuie sur une gâchette et l’on peut planifier une réaction en accord avec l’adversité. Notons aussi un mouvement spécial permettant d’atteindre des points de l’environnement bien spécifiques, histoire d’en utiliser les forces (par exemple en faisant tomber du mobilier sur les ennemis) mais aussi de s’accorder une retraite salvatrice. Alors certes, on met parfois de côté la subtilité, mais le soft propose tout de même de quoi la retrouver, notamment lors des cruelles phases de boss, dont certaines ne vous accorderont pas ne serait-ce que la moindre erreur.

Persona 5 Strikers vous poussera aussi à visiter de nouvelles boutiques, de nouveaux lieux plus ou moins vastes dans des destinations très charmantes. Certes, la linéarité est encore plus appuyée que dans Persona 5, mais on a tout de même droit à une grosse durée de vie, surtout que tous les donjons peuvent être revisités à l’envie et sans limite de temps. Comptez une bonne quarantaine d’heures pour tout voir. Et ce n’est pas tout, car vous aurez aussi droit à du contenu post-game, lequel devra être obligatoirement joué si vous voulez débloquer le new game plus. Donc oui, plusieurs runs sont à prévoir si vous accrochez. Visuellement, le jeu est dans la droite lignée de son prédécesseur. Ce n’est donc pas une tuerie purement technique, même si le principal est assuré avec une fluidité constante à soixante images par seconde. Surtout, la direction artistique continue d’être l’une des plus belles croisées ces dernières années. On s’en fiche des quelques textures vieillottes : elles font partie d’un grand tout exceptionnel. Par contre, les nouvelles musiques sont moins marquantes qu’espéré, avec une OST qui tend plus vers le rock que vers ce jazz dont on garde un souvenir impérissable.

Note : 16/20

Persona 5 Strikers était clairement un projet délicat, prenant la suite d’un jeu dont le final n’ouvrait pas une suite par obligation. Et pourtant le résultat se révèle très bon. En prenant soin de changer radicalement le système de combat, Omega Force apporte du neuf là où l’on redoutait de la redite. Le récit, lui, parvient à nous séduire même si l’on sent bien que les scénaristes ont dû cherché avant tout à raccrocher les wagons avec les Prisons, sortes de Métavers qui ne disent pas leur nom. Voilà en tout cas de quoi prolonger le trip, toujours avec des sous-titres français, ce qui ne pourra que motiver les fans à replonger dans cet univers.

8/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *