Caractéristiques
- Titre : Vertigo
- Artiste(s) : Proksima
- Maison de disque/label : indé
- Date de sortie : 1er juin 2026
- Format utilisé pour la critique : Streaming
- Autres formats disponibles : CD et vinyles commercialisés pour Noël 2026
- Site officiel de l'artiste : https://proksima-music.com/
- Note : 9/10 par 1 critique
Sorti le 1er juin 2026, Vertigo est un projet musical commun d’Isabelle Adjani et du romancier, metteur en scène et producteur de radio Olivier Steiner avec le collectif d’électro-pop féminin Proksima autour de Marilyn Monroe à l’occasion du centenaire de sa naissance. Le groupe avait déjà travaillé avec Steiner et Adjani, notamment pour le clip « Anna ne vient pas » dévoilé ce printemps. Paola Cardone, pianiste et compositrice du groupe, a ainsi créé la musique et l’environnement sonore des morceaux écrits par Olivier Steiner et interprétés par lui et Adjani.
Un hommage musical et sonore à la blonde la plus célèbre du 7ème art
Olivier Steiner et l’actrice française ont déjà travaillé sur deux projets autour de l’actrice américaine ces dernières années : le livre Du côté de chez Marilyn en 2024, puis le seul en scène de 2h Le vertige Marilyn en 2025. Cette fois-ci, ils souhaitaient sonder le mythe Marilyn à travers une expérience sonore et musicale permettant de travailler sur la voix, l’immersion, l’absence et l’imagination afin d « essayer d’entendre ce qui continue de vibrer« , comme expliqué par l’actrice au Dauphiné Libéré. Olivier Steiner travaille de longue date sur Marilyn Monroe, avec un travail de recherche et d’écriture fouillé qui se ressent véritablement d’un bout à l’autre de ce projet, très fouillé, très documenté, mais résolument et ouvertement artistique.
Comme son titre et sa pochette le suggèrent, Vertigo n’est pas un essai documentaire ou critique, journalistique sur Marilyn Monroe, mais une évocation immersive, musicale, théâtrale et poétique de ce qu’elle représente dans l’imagination collective. Une évocation subjective et personnelle aussi, à travers laquelle Olivier Steiner et Isabelle Adjani mettent en avant ce qui les touche chez Marilyn, ce qu’elle fait résonner en eux, dans une forme de dialogue indirect, ce qui est annoncé dès le morceau d’ouverture, qui sonne à la fois comme un hommage, une note d’intention et un avertissement à propos de tout ce que ce projet n’est pas.
Et puisqu’il s’agit d’Isabelle Adjani, la star française par excellence synonyme de « glamour » et « secret », sur laquelle on a tout dit et tout écrit (de vrai comme de complètement faux), souvent associée à des rôles portant en eux une fêlure, une vulnérabilité autant qu’une passion inextinguible, il était évident, avant même de lancer la lecture, que Vertigo ferait se rencontrer et dialoguer deux stars, deux parcours et deux imaginaires très forts reliés par des ponts, des familiarités à certains égards – et c’est bel et bien le cas.
La pochette de l’album donne le ton : la coiffure de Marilyn et son brushing ondulé mi-long remplace le chignon de Kim Novak dans le film de Hitchcock tandis qu’une photo d’Adjani au début de sa gloire trône en lieu et place du fameux tableau par lequel Judy/Madeleine feint d’être hypnotisée. Et, de fait, Vertigo est aussi une évocation saisissante de l’image et de la fascination qu’elle exerce, du piège qu’elle représente, aussi bien pour le public que pour les stars féminines, qui peuvent se sentir enfermées et réduites à leur persona célèbre, voire dépassées par elle comme cela a été le cas pour Marilyn Monroe, dont on a souvent eu l’image de cette « bougie dans le vent » chantée par Elton John.
Une pièce poétique, théâtrale et musicale autour des dernières heures de Marilyn Monroe
A travers ses 12 titres, Vertigo raconte les dernières heures de Marilyn Monroe en plongeant dans le flux de ses pensées lors de cette journée, mais en adoptant aussi le point de vue des médias et du public apprenant la nouvelle les heures suivant son décès. Chaque morceau correspond à une heure de la journée, de midi à minuit, mais la narration n’est pas véritablement chronologique et fait se succéder flash back/immersion dans des moments de la journée et flash forward autour de l’annonce de sa mort et sa réception.
Il est important de préciser ici que, si Isabelle Adjani a déjà deux albums à son actif – le premier écrit par Serge Gainsbourg est sorti en 1983, le second, composé avec Etienne Daho et Pascal Obispo, en 2023 – il ne s’agit pas d’un album chanté.
Le projet est à mi-chemin entre la pièce sonore poétique, théâtrale et musicale. Il mêle flux de pensée fantasmés de Marilyn Monroe, citations et commentaires autour de sa vie et de sa mort dans une sorte d’espace mental où la psyché de la star, la vision des médias, du public, de Steiner et d’Adjani s’entremêlent de manière parfois psychédélique, mais toujours juste et saisissante.
L’écoute des différents morceaux soulève des questions, suscite l’émotion et stimule la réflexion sans chercher à apporter de réponses faciles, ce qui est une grande qualité. D’ailleurs, si un morceau est dédié à la psychanalyse, sujet qui passionnait Monroe qui suivait une thérapie, il est clair que l’approche privilégiée par Steiner et Adjani va à l’encontre d’un discours pré-déterministe fataliste qui est souvent convoqué depuis des décennies pour évoquer la mort tragique de la star des années 50 – ce que, là encore, nous ne pouvons que saluer.
Piano, beats électro, samples et influence gainsbourienne
Musicalement, Vertigo mêle des beats électroniques rétro évoquant les années 70, le piano de Paola Cardone, de nombreux samples de morceaux classiques célèbres et une influence gainsbourienne assez évidente, avec une affinité plus particulière – et très cohérente dans le fond – avec son Histoire de Melody Nelson, concept-album sorti en 1971 qui avait fait date et est encore cité comme influence majeure par une partie assez conséquente de la scène électro internationale.
L’album de Gainsbourg suivait l’histoire de Melody, jeune fille objet de fascination pour la gente masculine dont la mort, cruelle et violente, était décrite de manière froide et clinique par Gainsbourg, comme une manière d’« ouvrir Vénus »… Cette cruauté voyeuriste que l’on réserve souvent aux très belles femmes qui font l’affront à leurs admirateurs, même exposées, de toujours leur échapper et de conserver leur part de mystère, d’intimité préservée.
Cette influence se fait plus particulièrement sentir sur 3 titres de Vertigo, où la musique et les beats de synthé inexorables et les voix de Steiner et Adjani font office de compte à rebours inexorable d’une tragédie annoncée et connue de tous.
Adjani a révélé en interview qu’elle et Steiner souhaitaient travailler sur la voix et ses vibrations, et cela fait partie des aspects admirables de cet album, dans lequel l’actrice française passe d’une voix de tragédienne théâtrale et maîtrisée à un murmure sexy aux accents anglo-saxons évoquant Monroe sans tomber dans l’imitation factice à la voix qui est souvent la sienne dans les films, puis à sa voix naturelle dans des passages interview authentiques. Cette attention portée sur la voix permet de mettre en relief le travail de la comédienne, mais aussi de dresser un parallèle avec Marilyn Monroe, connue pour cette sorte de murmure sexy et ingénu qui n’était en rien sa voix naturelle, grave et non affectée, comme ses proches en attestaient.
Sur le 3ème morceau, il est également difficile de ne pas penser à Jane Birkin, muse de Serge Gainsbourg ayant prêté ses traits à Melody Nelson et à une forme d’hommage, quand Adjani passe d’une voix proche de celle de Monroe à un timbre évoquant celui de la plus francophone des artistes anglaises de manière ô combien troublante avant de rebasculer sur la voix que nous lui connaissons si bien.
Et puis, évidemment, il y a l’un des derniers morceaux, dans lequel Steiner imite la voix de Gainsbourg pour interviewer Adjani.
Empathie et cruauté du public et des médias
Il n’est pas innocent que les deux morceaux qui évoquent la vive émotion suscitée par la mort de Monroe auprès du public, mais aussi le voyeurisme de son traitement médiatique (les clichés volés de sa dépouille sur son lit de mort par un paparazzi), soit imprégnés aussi fortement de l’influence de Gainsbourg – jusque dans son utilisation d’un sample de musique, qui est ici… le thème original du film de Stanley Kubrick, Orange mécanique, fortement inspiré de la musique classique, et qui permet de convoquer une dimension macabre, où le funèbre se mêle à la peur, l’effroi, au pathétique et à la violence.
Si le morceau autour des réactions spontanées du public dans la rue sont très intenses, empathiques et émotionnelles et permettent de toucher à cette chose intangible, quasi irrationnelle, qui fait qu’une star touche de manière aussi intime tant de personnes, leur donnant l’impression de perdre un proche au moment de sa disparition, les commentaires sur sa mort dans le morceau autour du traitement médiatique de sa mort sont cliniques, égrenés de manière froide et factuelle, très descriptifs, de même que ceux, plus empathiques, sur sa vie et sa personnalité, qui restent toujours « à l’extérieur », même quand ils cherchent à se mettre à sa place. « C’est ce genre de fille, de femme, d’enfant… », énonce Adjani à un moment.
Tout est question, pas uniquement d’observation, mais de perception avec toute la subjectivité que cela recouvre, même quand les observateurs/proches/journalistes semblent chercher la distance et l’objectivité. Après tout, comme Adjani le laisse glisser vers la fin du morceau, « elle est celle qui échappe », un paradoxe entre ombres et lumières, force et fragilité qui, pour cette raison même, continue à fasciner et à refléter des morceaux de la mémoire collective et de notre propre psyché. Une figure qui attire l’empathie, mais aussi une fascination parfois morbide et voyeuriste. Après tout, comme l’énonce le commentaire fictif de femme interrogée dans la rue à l’annonce de sa mort : « Nous ne devons pas oublier que nous adorons voir les reines tomber ».
A travers Marilyn : un imaginaire et une constellation d’univers de fiction
Et c’est aussi cela qui est particulièrement frappant dans Vertigo : Steiner, Adjani et Proksima plongent dans le mythe Marilyn en explorant l’imaginaire collectif qui l’entoure – imaginaire qui inclut toutes les rumeurs et légendes autour des dernières années de sa vie et de sa mort, notamment le rôle de JFK, de la mafia et de Frank Sinatra – mais aussi les univers de fiction des artistes qui ont été inspirés par son histoire comme David Lynch (le début du 3ème morceau, avec ses crépitements de télévision et sonneries de téléphone résonnant dans le vide) ou encore Joyce Carol Oates, qui lui avait dédié le roman fantasmatique Blonde (adapté à l’écran avec trop de voyeurisme et de complaisance pour Netflix), auquel on pense au début du morceau mettant en scène une Marilyn erratique dans sa maison de Brentwood, fascinée par l’idée de sa propre mort et de sa déchéance et qui, sur une impulsion, se rend à sa salle de bain pour prendre des médicaments.
Le travail sur la voix réalisé par Isabelle Adjani est particulièrement riche et varié et joue sur différents registres d’un bout à l’autre. Le monologue téléphonique fictif à la rédaction d’une chaîne de télévision sous forme de logorrhée hallucinée est particulièrement marquant et admirable par la manière dont l’actrice passe du souffle au murmure, avec une voix qui se brise, se casse, cherche de l’air, s’égare, change de timbre à différentes reprises, mais il serait injuste de l’isoler du reste tant l’album mérite d’être écouté dans sa totalité pour en apprécier la richesse.
Dr Monroe, Miss Adjani ?
Isabelle Adjani a beau l’avoir mis en avant lors de ce début de promotion pour l’album en disant « Il ne s’agit que de Marilyn Monroe ici », elle se dévoile également en partie dans ce dialogue imaginaire avec l’actrice américaine et cette manière de révéler en filigrane ce qui la touche intimement chez elle. Cela est perceptible par le travail d’écriture réalisé avec Olivier Steiner, et qui rend ces ponts, ces échos et parallèles intuitivement perceptibles pour qui connaît bien le parcours des deux stars.
Ainsi, quand, dans le morceau où la star appelle la chaîne de télévision elle fait dire à Marilyn : « Les gens ont vraiment peur de la mort et les artistes servent souvent de boucs-émissaires aux peurs. Mais ce qui est vraiment terrible pour moi, c’est de vous appeler pour dire que je ne suis pas malade, je ne suis pas morte. Comme si je disais : ‘Je ne suis pas coupable d’un crime’. C’est quand même monstrueux comment on en arrive à considérer que la maladie est un crime ! »
Si l’on se réfère à la vie et à la carrière de Marilyn Monroe à ce moment-là, on pense évidemment au tournage de Something’s Got to Give qui lui avait valu de se faire renvoyer de la Fox, qui avait fait valoir le coût astronomique causé selon eux par ses retards et absences liés en partie à des problèmes de santé véridiques, mais qui avait aussi été montés en épingle alors que la star, qui était partie chanter « Happy Birthday » à JFK sans l’autorisation préalable et s’était associée au photographe Lawrence Schiller pour poser nue lors du tournage de la scène de la piscine, échappait de plus en plus à leur contrôle. Elle sera réambauchée 3 jours avant sa mort et ses derniers échanges avec la presse témoignent tous d’une femme à priori en bonne santé, optimiste et sereine face à l’avenir, qui envisageait ses projets avec un enthousiasme renouvelé après avoir obtenu gain de cause.
Pour Isabelle Adjani, cela fait évidemment écho/référence à son apparition au JT de Bruno Masure le 18 janvier 1987 pour dire qu’elle n’était pas morte du Sida à une époque où les personnes séropositives étaient confrontées à énormément de discriminations et préjugés. Une bonne partie de ce discours prêté à Monroe reprend en réalité, quasiment mot pour mot, ceux prononcés par Adjani lors de son intervention télé.
Et puis il y a ces deux morceaux où l’actrice s’exprime avec sa voix et ses mots sur des sujets la reliant à Monroe : la psychanalyse, le glamour, la célébrité et l’amour. Autant de choses qui ont en partie brisé Monroe, et qu’Isabelle Adjani aborde autrement, elle qui a joué tant d’héroïnes romantiques, réelles comme fictives, aux destinées tragiques, mais a échappé à ce genre de destin malgré toutes les projections et extrapolations fantasmatiques du public, des médias (et parfois d’anciens collaborateurs) sur sa personne et sa vie. L’objectif ici, on le sent, n’est pas d’établir une comparaison, mais plutôt d’ouvrir un dialogue entre Adjani et Monroe et à partir de Monroe et des différents points où l’on considère généralement qu’elle s’est perdue.
Un dialogue imaginaire entre deux stars autour de la résilience
Cela est plus particulièrement perceptible dans le morceau consacré à la psychanalyse où, de manière intéressante et révélatrice, c’est Jung qui est cité plutôt que Freud. Après une citation de Jung autour du concept de l’Ombre (qui permet plus de nuance que Freud quand il parle d’inconscient et une approche plus intuitive et sensible), la mélodie des Gnossiennes d’Erik Satie samplée se déforme, se délite, et les propos du psychanalyste se changent en voix intérieure interpellant Marilyn sur ses paradoxes et sa pseudo-volonté d’apparaître comme une femme bonne et innocente incapable de reconnaître ses défauts et sa noirceur alors même que la citation semble en réalité avoir été choisie pour rendre hommage à la force de Marilyn Monroe, qui avait plus de caractère, de poigne et d’authenticité que ce qu’on voulait bien lui reconnaître, mais avait tendance à s’auto-flageller.
Là où Jung parlait des personnalités cherchant à maintenir coûte que coûte leur image auprès d’autrui et à leurs propres yeux, plus sa carrière avançait, plus Monroe voulait aller vers des rôles plus variés, développés, sérieux, qui différaient de l’image de ses grands succès précédents, n’hésitant pas à faire preuve d’initiative, d’efforts acharnés et de beaucoup de persuasion pour ça, ce qui la rendait bien moins prévisible et contrôlable que ce que l’on attendait d’elle.
Adjani et Steiner introduisent une rupture musicale et fondamentale positive à mi-chemin, comme une fleur qui éclot, Adjani s’ouvrant de sa relation positive à la thérapie analytique et de son rapport désormais plutôt apaisé aux émotions et aux débordements qu’elle occasionne, introduisant l’idée de résilience. Surtout, pris dans la continuité, c’est comme si l’actrice française parlait à Marilyn, lui tendait la main et ouvrait pour elle par-delà le temps et l’espace une porte de secours à laquelle la star américaine, sous l’emprise de son psychanalyste et d’une vision paternaliste de son histoire et de sa condition, n’aura pu véritablement accéder. « Il faut aimer la libido de la vie car cette joie vaut le coup », dit-elle à un moment. Et on sait à quel point Marilyn pouvait aussi incarner cette joie et cette pétillance quasi orgasmique.
Dans la peau de Marilyn Monroe ?
Si, dans ces moments, l’album Vertigo semble poser une question sous-jacente que l’on pourrait résumer par : qu’est-ce qui va faire qu’une personne va s’en sortir et pas une autre alors que chacune a des outils et des atouts, Steiner et Adjani laissent ce mystère insondable en suspens et, plutôt qu’une analyse fataliste, sondent plutôt des éléments qui, à ce moment-là, associés les uns aux autres, ont pu précipiter les choses et mener à l’irréparable même si on ne saura sans doute jamais vraiment ce qu’il en est.
L’imaginaire (les imaginaires ?) que le disque explore nous permet d’aborder la question du regard, de la perception de soi et d’autrui, de l’inconscient d’une époque toujours source de fantasmes, du pouvoir des médias et de notre rapport aux icônes féminines, à la vulnérabilité, à l’intimité à partir de la figure de Marilyn Monroe. Il ne s’agit pas d’une thèse, mais d’une évocation baroque sensible et puissante, stylistiquement cohérente et parcourue de différentes ruptures de ton qui auraient pu parfois être casse-gueule ou tomber dans le kitsch mais apparaissent toujours maîtrisées et employées à bon escient. La Marilyn qui s’y exprime est multiple, évanescente, tour à tour crédible et purement fantasmatique, comme la somme des regards posés sur elle, qui ne parviennent jamais à l’épuiser ni à la vider de sa substance.
Au final, Vertigo apparaît surtout comme une démarche artistique sincère et exigeante, rendant un bel hommage à Marilyn Monroe, icône du 7ème art tout à la fois adulée et trop longtemps sous-estimée, et qui permet aux artistes Olivier Steiner, Isabelle Adjani et Proksima d’ouvrir un dialogue avec le public en sondant de manière baroque et poétique son héritage et les multiples cordes sensibles qu’elle fait vibrer chez des millions de personnes depuis plus de 70 ans. Une spirale aussi vertigineuse que passionnante.






