image the end of the world running clubUne course à la rédemption

On l’a toutes et tous remarqué : la fin du monde est un sujet pour le moins très abordé dans un prisme culturel très large. Au cinéma, dans le jeu vidéo, dans les séries, et bien entendu dans la littérature, le thème de l’apocalypse n’a pas de sexe, ni de patrie : du Japon aux États-Unis, en passant évidemment par l’Europe, les spectateurs ou lecteurs partagent une étrange attirance-répulsion avec ces images post-catastrophe globale, dans une sorte de subconscient collectif effrayant. Dès lors, la fin du monde ne pouvait qu’être un sujet quasiment d’étude pour les artistes, qui aiment à créer l’émotion chez ceux qui parcourent leurs diverses œuvres. Cette fois-ci, c’est un roman qui est au centre de nos attention : The End of The World Running Club, de l’australien Adrian J. Walker, œuvre précédée d’une réputation plutôt flatteuse.

The End of the World Running Club nous présente Edgar Hill, un personnage pour la moins paumé de la vie. Mauvais mari, père absent, voilà un homme à qui plus personne n’accordait le moindre crédit : il faut toujours payer les conséquences de ses actes. Alors qu’il ne voyait pas d’échappatoire à son destin tout tracé de père et mari indigne, une catastrophique pluie de météorites va lui permettre de révéler un caractère qu’il avait profondément enfoui. Après avoir été « réquisitionné » par une armée en déroute, il est séparé de sa famille par une distance de plus de 800 kilomètres. Edgar Hill va devoir se mettre en route. Courir. Courir sans cesse, car s’il s’arrête, il ne sait que trop bien ce qu’il adviendra de sa femme et de son enfant. Il va devoir traverser, coûte que coûte, les ruines d’un Royaume-Uni ravagé, même si chaque pas peut être le dernier. Car au bout du chemin se trouve le pardon.

The End of the World Running Club est un roman intéressant, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le contexte de la fin du monde fait l’objet d’un soin particulier, avec des descriptions pour le moins captivantes. L’auteur Adrian J. Walker (s’appeler Walker, et écrire un livre sur un runner, voilà un détail amusant !) nous absorbe en l’espace de quelques pages, en prenant le temps de construire un univers développé, qui ne se borne pas à l’apocalypse. En effet, le roman débute avant la pluie de météorites qui va tout bouleverser, afin de bien construire le personnage sur les épaules duquel tout va devoir tenir : Edgar Hill. En donnant au lecteur un avatar aussi finement travaillé, l’écrivain se facilite le travail, mais appuyons bien sur ce qui est une véritable figure de style : le rapport à un personnage qui n’a pourtant rien de bien encourageant. Adrian J. Walker sait exactement où il va avec lui, offrant par la même occasion une véritable courbe de progression à ce protagoniste et, pour faire d’une pierre deux coups, donne au lecteur une impression d’évolution constante. La trame de The End of the World Running Club, et les quelques rencontres qu’elle provoque, n’avait plus qu’a enrober ce personnage pour faire de ce roman une lecture plus que plaisante.

La fin du monde comme catharsis

The End of the World Running Club fait évidemment intervenir d’autres personnages, et les rapports décrits font énormément pour l’ambiance de ce roman. Chaque rencontre est aussi l’occasion pour l’auteur de creuser un caractère, on pourrait être tenté d’écrire un archétype, et par la suite de le confronter non seulement aux autres, mais aussi à la situation à laquelle ils sont confrontés de plein fouet. On pourrait être tenté d’avoir recours à l’exercice un peu facile de la comparaison, en invoquant un ressenti sur le même modèle que celui recherché par The Walking Dead. Et il est vrai que ça s’en rapproche. En moins cruel, mais tout de même certains moment scotchent le lecteur à sa page, qu’il tourne inexorablement. Le rapport à la course, à l’effort surhumain, est bien rendu et c’est limite si, au détour de quelques passages, on n’en aurait pas le souffle coupé. C’est d’ailleurs une des grandes réussites de ce The End of the World Running Club : c’est un page-turner efficace, pourtant il ne prend jamais le lecteur par la main, ne cherche pas à lui être agréable, ce qui pourra par ailleurs être vécu plus ou moins bien.

Le style d’Adrian J. Walker, l’auteur de The End of the World Running Club, peut parfois un peu décontenancer. A la fois simple à aborder, quelque fois trop par ailleurs, et parfois pointu dans ses descriptions (et c’est un bon point pour nous), le roman est à conseillé à différents lecteurs. Si vous appréciez les thrillers menés tambour battant, vous pouvez vous lancer, et ce malgré une mise en situation un peu longue pour les uniques amateurs de suspens. Quant à celles et ceux qui aiment laisser leur esprit vagabonder, et donner aux mots l’occasion de leur remplir l’esprit d’images pour le moins apocalyptiques, eux aussi sont invités à s’intéresser à The End of the World Running Club. Un roman effrayant, bien cadencé, qui vous tiendra en haleine jusqu’à une fin certes attendue mais qui nous a convenu. Précisons pour finir que les éditions Hugo Thriller mettent les petits plats dans les grands avec un broché d’une très belle qualité : couverture, qualité du papier, c’est du tout bon. On vous le conseille en ces temps de départ en vacances et autres agréables flâneries.

The End of the World Running Club, un roman écrit par Adrian J. Walker. Aux éditions Hugo Thriller, 558 pages, 19.95 euros. Sortie le 9 juin 2016.

https://youtu.be/XaQsNgxIPSs 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato