[Critique] L’illusion – Maxime Chattam

Caractéristiques

  • Auteur : Maxime Chattam
  • Editeur : Albin Michel
  • Date de sortie en librairies : 2 novembre 2020
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 464
  • Prix : 22,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Huis clos montagnard et magie noire

Avec sa belle et énigmatique couverture grise représentant un hôtel juché sur les hauteurs d’une majestueuse montagne, le nouveau roman de Maxime Chattam aux éditions Albin Michel (Le Bazar des mauvais rêves, Tant que dure ta colère, La mort nomade) attire immédiatement le regard. Cette année, le célèbre romancier français auteur de la Trilogie du mal et de la saga Autre monde sort un nouvel ouvrage sobrement intitulé L’Illusion.

Un tel titre pourrait nous engager sur la piste d’une supercherie, ou d’un piège que l’auteur tendrait à son lecteur. Mais en réalité, c’est le thème de la magie qui est au point de départ de l’œuvre, avec, dès le prologue, la disparition inexpliquée du plus grand et effrayant prestidigitateur de tous les temps. De nombreuses années plus tard, Hugo, comédien et romancier dont la carrière piétine un peu et qui peine à se remettre d’une difficile rupture sentimentale, décide d’accepter un poste d’homme à tout faire dans une station de ski des Hautes-Alpes, à Val Quarios.

L’hôtel qui s’y trouve est en réfection durant la période creuse estivale et il est donc quasiment vide, à l’exception des autres membres du personnel d’entretien. Hugo se retrouve alors dans un lieu à la fois magnifique et inquiétant qui n’est pas sans rappeler l’Overlook du roman Shining de Stephen King. Loin de s’en cacher, l’auteur français assume au contraire parfaitement la référence et va jusqu’à décorer la moquette de ce grand hôtel vide des mêmes motifs géométriques orange que celui de Jack Torrance. Néanmoins, le parallèle avec le roman culte du maître de l’horreur s’arrête là.

Simple enquête ou thriller fantastique ?

Le doute plane durant une grande partie du livre : sera-t-il question d’un roman à suspense réaliste, mettant en scène des disparitions inquiétantes au cœur de cette petite station familiale abandonnée, ou finira-t-on par basculer dans le fantastique horrifique ? Avec son roman Le Signal sorti en 2018, Maxime Chattam avait en effet montré qu’il aimait aussi flirter avec l’épouvante et le paranormal.

Ici, le mystère est total et l’auteur installe dès les premières pages une atmosphère très angoissante : le propriétaire de Val Quarios vit reclus dans un manoir isolé, et sa simple évocation suscite la crainte de tout le personnel du domaine. Quant à l’hôtel lui-même, il est un personnage à part entière du roman, tendant des pièges à Hugo avec ses nombreux couloirs labyrinthiques qui semblent en mouvement perpétuel et ses bruits mystérieux et suspects. Une carte du domaine est d’ailleurs mise en exergue au début du livre afin de mieux appréhender ce lieu énigmatique à l’architecture inextricable.

Le récit alterne habilement entre le suspense de l’enquête et les frissons propres au genre fantastique. Les incidents inexpliqués et terrifiants qui se multiplient au fur et à mesure que Hugo enquête sur les disparitions liées à l’hôtel se produisent-ils réellement ou sont-ils juste le fruit de son imagination débordante ? Cette course en avant vers le verdict maintient le lecteur accroché aux pages du roman jusqu’à son dénouement final.

Une écriture efficace mais irrégulière

Dans ce nouveau thriller, Maxime Chattam déploie une écriture simple, avec de nombreux dialogues, mais qui sait aussi se montrer élégante, notamment dans ses passages descriptifs. Le style est efficace et presque cinématographique : avec son sens du détail, l’auteur parvient à incruster des images fortes dans l’esprit du lecteur, notamment lors de passages horrifiques très explicites.

Malgré quelques situations un peu cliché entre les personnages, l’auteur ne renonce pas à la profondeur psychologique à laquelle il avait habitué son lecteur dans ses précédents romans : Hugo est un personnage intéressant, en pleine introspection, qui profite de son isolement pour retrouver sa confiance en lui, mais s’abandonne aussi parfois à la divagation, brouillant encore plus les pistes sur la réalité des situations rencontrées.

Le suspense est habilement distillé entre les pages, mais les stratagèmes de construction que Chattam met en place pour susciter l’attente sont un peu trop répétitifs et artificiels. A force de les retrouver, le lecteur finit par s’y habituer et risque de ne plus croire aux cliffhangers proposés.

L’auteur met également en place un rythme assez atypique, car il offre à la fois un huis clos haletant et un roman capable de prendre son temps et d’assumer certaines longueurs pour instaurer une atmosphère pesante.

Le lecteur peut cependant avancer avec confiance dans sa lecture, car malgré son titre et son propos énigmatiques, le romancier ne le laissera pas sur sa faim : toutes les interrogations soulevées trouveront une réponse dans un dénouement cohérent et convaincant.

L’Illusion de Maxime Chattam est donc un roman agréable qui se lit d’une traite autant qu’il se savoure pour le climat mystérieux qu’il parvient à installer. Est-ce un thriller, un texte sur les faux-semblants, une manipulation sournoise ? A vous de le découvrir !

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7/10

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