image un syndicalisme impossibleUn essai nécessaire sur un sujet passionnant

Si vous avez déjà participé à une grève, ou si vous l’avez subit de près, alors vous avez sûrement entendus le terme de « syndicat jaune ». Et, sans doute, mis à part la définition moderne de cette expression (qui touche les syndicats refusant de faire grève), vous n’en connaissez pas l’origine. Cela tombe bien, car Un syndicalisme impossible ?, sous-titré L’aventure oubliée des jaunes et paru récemment chez Vendémaire, fait toute la lumière notamment sur l’itinéraire des hommes qui voyaient les choses autrement que les rouges.

Avec Un syndicalisme impossible ?, Christophe Maillard nous présente une organisation surprenante, et pour ce faire il faut remonter le temps jusqu’à la Belle Époque, en Saône-et-Loire, à Montceau-les-Mines plus exactement. C’est là qu’est apparu le mouvement syndicaliste Jaune, qui deviendra si protéiforme qu’il deviendra aussi un parti politique pendant un segment historique troublé. Aborder ce sujet, c’est l’occasion d’approfondir la dureté d’une période, pas si lointaine finalement, au sein de laquelle les conflits syndicaux étaient si acharnés que certains ouvriers se retrouvaient encore plus plongés dans la misère.

Christophe Maillard va vite concentrer Un syndicalisme impossible ? sur un personnage historique d’une importance capitale pour ce sujet : Pierre Biétry. Ce tenace rival de Jean Jaurès était, à ses débuts, un véritable leader très suivi par une partie importante des ouvriers, car il faut se rendre compte que les Jaunes rassemblaient pas moins de cent milles personnes, soit autant que la CGT sur la même période du début de vingtième siècle. Un chiffre impressionnant, qui provoque derechef une interrogation : mais que s’est-il passé pour que ce mouvement imposant soit relégué à un lointain souvenir, qui ne subsiste qu’à travers l’expression de « syndicat jaune » ? La réponse est malheureusement très simple : Pierre Biétry.

L’échec des syndicats Jaunes a un nom : Pierre Biétry

En effet, Un syndicalisme impossible ? démontre comment ce personnage, au départ rassembleur, va peu à peu se laisser dévorer par une ambition personnelle dévorante, et une idéologie nauséabonde. Un schéma qui se renouvelle sans cesse au cours de l’Histoire, et qui aura lentement mais sûrement la peau des syndicats Jaunes, dont l’échec sonnera aussi le glas d’une avancée fasciste au sein de la société française. Au cours de cet essai très sourcé, l’auteur en profite aussi pour dresser un bilan d’une autre forme de syndicalisme, ce qui est clairement souligné par le point d’interrogation du titre. Car au-delà de l’idéologie rampante de Pierre Biétry, les idéaux des partisans modérés ont de quoi interloquer. L’entente avec les patrons, si elle est totalement rejetée par une caste aujourd’hui à son tour « débranchée » de la base ouvrière, est en effet une possibilité au potentiel judicieux. Du moins, si elle est accompagnée d’un respect sincère et mutuel.

Au final, Un syndicalisme impossible ? est un essai minutieux, qui revient précisément sur une tentative troublante de voir le syndicalisme autrement. Largement méconnu, voire même cible d’informations étrangement partiales, le mouvement est ici très bien cadré par un Christophe Maillard qui prend soin de réussir à tout ordonné structurellement. Bien évidemment les graves errements de Pierre Biétry ne sont pas remis en cause, et l’antisémitisme des ligues est bien pointé du doigt comme l’une des raisons de l’effondrement de ce mouvement, qui deviendra de moins en moins lisible idéologiquement, jusqu’à une implosion inévitable. Comme quoi, tout extrémisme est destructeur, et non porteur d’espoirs…

Un syndicalisme impossible ?, écrit par Christophe Maillard. Aux éditions Vendémiaire, collection Chroniques, 192 pages, 19 euros. Sortie le 17 novembre 2016. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato