[Critique] Entretien avec Valère Staraselski — Vincent Ferrier

image couverture entretien avec valère staraselski vincent ferrier éditions l'ours blancUn auteur humaniste passionné par l’Histoire de France

Romancier, essayiste, spécialiste reconnu d’Aragon, communiste engagé, Valère Staraselski est un auteur aussi discret que prolifique, dont les ouvrages sont très appréciés des critiques littéraires sans être véritablement médiatisés. Il a ses fidèles, mais vous avez peu de chances de le voir chez Laurent Ruquier ou Thierry Ardisson ; dans les pages de L’Humanité, davantage.

Pourtant, Valère Staraselski, dont le dernier roman, Sur les toits d’Innsbruck, présentait la nature comme « le dernier rempart contre la société de consommation », n’est pas, loin de là, un auteur communiste s’adressant aux seuls communistes. La vision humaniste qui se dégage de ses livres en atteste : il y est certes parfois question du communisme et son histoire complexe, mais son oeuvre ne se limite pas à ce cheval de bataille. Dans Une histoire française (2006), il plonge dans les prémices de la Révolution de 1789, dans Le Maître du jardin (2011), il marche dans les pas de Jean de la Fontaine en retraçant de manière romancée quatre périodes de son existence… Attaché à la culture française, il aime se pencher sur ses figures contestataires, ainsi que les périodes les plus douloureuses de son Histoire, en mêlant le politique à l’intime. La maladie et la mort sont régulièrement présents dans ses romans, et la petite histoire de ses personnages croise rapidement la grande, au sein de récits où, même tournés vers le passé, les échos au présent ne sont jamais très loin.

Un entretien approfondi autour de la littérature et de l’engagement

Il fallait donc bien un essai pour saluer cette oeuvre profonde, finalement assez méconnue, mais certainement pas élitiste. Vincent Ferrier s’attèle donc à la tâche et propose ce court volume sobrement intitulé Entretien avec Valère Staraselski et édité par L’Ours Blanc, association artistique et littéraire mettant en avant des oeuvres atypiques, éloignées du circuit éditorial traditionnel. Divisé en trois grandes parties, le livre commence donc par un long et passionnant entretien entre Vincent Ferrier et Valère Staraselski, évoquant à la fois le parcours de l’écrivain, l’influence d’Aragon sur son oeuvre, les thèmes récurrents de ses romans, l’idée de nation ou encore ses opinions politiques.

On y découvre un homme d’origine modeste, qui a exercé tous les métiers, d’une érudition rare et d’une curiosité tout aussi grande, engagé et révolté, mais lucide, bien loin de la radicalisation politique des deux côtés du spectre (sujet qu’évoquait Martine Storti dans son essai Sortir du manichéisme) qui donne aujourd’hui tout son sens à l’expression de « politique-spectacle ». S’il se considère communiste, il n’hésite cependant pas à déclarer : « c’est un fait que le communisme, dans son expression politique, appartient, pour la plupart, définitivement au passé et doit y rester » (p. 37). En revanche, il croit que c’est en « préservant et développant du bien commun » que l’on peut vivre ensemble. Une vision altruiste dans laquelle pourront se reconnaître de nombreuses personnes à la sensibilité de gauche de manière générale.

Bien entendu, s’il est en partie question de politique à travers cet entretien, c’est bien la littérature qui occupe le centre de la discussion. Témoin de sa passion flagrante à ce sujet, les réponses de Valère Staraselski fourmillent de références à de grands auteurs, et pas uniquement français : il cite ainsi aussi bien La Bruyère et Aragon que Goethe, Dante ou Virginia Woolf, mais aussi des cinéastes tels que Kurosawa, Pasolini ou John Ford. On sent chez lui une insatiable soif de connaissance, ainsi qu’une volonté de communiquer et réfléchir au-delà des lieux communs, ce qui le rend fort sympathique et donne une tournure philosophique à cet entretien décidément très riche.

Cette première partie de 40 pages est complétée par l’incontournable « Questionnaire de Proust » (que les lecteurs de Vanity Fair connaissent bien), des essais par Vincent Ferrier autour de 7 romans de l’auteur et 2 recueils de nouvelles et enfin diverses critiques de chacune de ses oeuvres de fiction, parues dans la presse écrite ou en ligne. Ceux qui ne connaîtraient pas toute la bibliographie de Valère Staraselski pourront ainsi d’autant mieux appréhender celle-ci, tant du point de vue de sa richesse thématique que de sa réception. Une manière d’encourager la curiosité du lecteur qui fonctionne par ailleurs très bien puisque l’on ressort de cet Entretien avec Valère Staraselski avec l’envie de découvrir davantage son oeuvre.

Entretien avec Valère Staraselski de Vincent Ferrier, L’Ours Blanc, sortie le 1er mars 2016, 131 pages. 12€.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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