[Critique] L’Empire Brisé : l’intégrale – Mark Lawrence

image l'empire brisé l'intégraleUn antihéros violent pour une série très recommandée

Véritable révélation de l’année 2012 dans le domaine de la (dark) fantasy, Mark Lawrence a depuis confirmé tous les espoirs placés en lui. Écrivain américain, qui a travaillé des années dans la recherche et plus précisément dans l’intelligence artificielle, l’auteur est en effet détenteur, pour le moment, de deux Prix David Gemmell (en 2014 et 2016), et a réussi à sortir du lot dans un domaine pourtant bien occupé. L’Empire Brisé : l’intégrale est l’occasion de revenir sur sa toute première série, et de vérifier si les louanges exprimées par Robin Hobb et Peter V. Brett sont méritées.

L’Empire Brisé : l’intégrale divise son récit en trois tomes. Le premier, sous-titré Le Prince Écorché, est l’occasion de faire connaissance avec celui qui va nous accompagner d’un bout à l’autre de l’histoire : Jorg Ancrath. Ces présentations sont du genre violentes. Alors qu’il a neuf ans, notre jeune héros est grièvement blessé lors du terrible assassinat de ses parents, auquel il assiste dramatiquement. Il devient alors un enfant vagabond, et va évoluer d’une manière quelque peu surprenante. Dès ses treize ans, il dirige une bande de parias méprisables, d’une barbarie peu commune. Passé par toute une galerie de méfaits, Jorg a désormais quinze ans, et il se sent de revenir au château qui a vu ses parents décéder brutalement. Il faut préciser ici que l’intrigue se déroule dans un monde post-apocalyptique, sur notre planète Terre défigurée mais tout de même encore reconnaissable sur certaines descriptions de bâtiments. Le Prince Écorché porte bien son titre : le personnage principal est un antihéros terrifiant, qui fait naître continuellement le malaise. Son âge pourrait paraître problématique : imaginer de tels actes de la part d’un adolescent est difficile, mais c’est ici que le talent de Mark Lawrence fait le travail. En instaurant un univers si suffocant, à l’aide notamment d’un très bon bestiaire, on peut mieux accepter la folie de Jorg. On lit ce premier tome tome de L’Empire Brisé à grande vitesse, et ce malgré un premier quart un peu compliqué, qui met du temps à décoller pour, par la suite, se stabiliser dans une tension palpable.

Mark Lawrence, un nom à suivre de très près

Place, ensuite, au second tome de L’Empire Brisé : l’intégrale, sous-titré Le Roi Écorché. Trônant désormais sur les Hautes-Terres, Jorg Ancrath. Quelques années après s’être emparé de la couronne du traitre, le jeune homme voit déferler sur son château une coalition de six pays quelque peu remontés. On retrouve la narration éclatée du premier tome, sur deux époques différentes mais toujours avec Jorg comme conteur de l’histoire. On suit le voyage initiatique du personnage juste après sa victoire lors du précédent tome, mais aussi le siège qui découle de ce que le personnage aura vécu dans ses pérégrinations. Le Roi Ecorché voit le rythme et la tonalité changer assez finement, dans une sorte de crescendo maîtrisé. Jorg évolue, n’est plus vraiment le sociopathe extrême du précédent volume, et l’auteur accompagne ce fait par pas mal de phases d’interrogations intérieures. Attention, cela ne veut pas dire que l’antihéros est devenu une gentille petite brebis, bien au contraire. Les rapports entre les personnages se complexifient (coup de cœur pour Makin et Gog), les séquences d’action ont toujours autant d’impact, tandis que certaines situation accouchent d’effets gores bien énervés. Et cette fin a de quoi faire rentrer L’Empire Brisé dans la catégorie des grandes séries fantasy des années 2000.

L’Empire Brisé : l’intégrale se termine avec un troisième tome sous-titré L’Empereur Écorché. Après le final du précédent volume, qui a le don de vous faire veiller toute une nuit à tourner des pages, on retrouve le très, très impressionnant Jorg Ancrath. Après s’être défait d’une menace terrible de par le surnombre qu’elle apportait, le voilà qu’il veut conquérir l’Empire Brisé. Mais il va falloir, pour cela, affronter un ennemi si redoutable que même Jorg n’est considéré que comme un enfant de cœur face à lui : le Roi-Mort, un nécromancien à la cruauté sans limites. Ce troisième et dernier tome est un tel déferlement de réponses à une foule de questions laissées en suspens précédemment que l’on ne peut pas en écrire plus sur le récit en lui-même. Sachez juste que la bienveillance naissante de Jorg se fait balayer, qu’il retrouve ce tempérament plus que soupe au lait, mais pas sans une pointe de second degré. L’Empire Brisé : l’intégrale se termine sur une note désespérée, et de suite il n’en sera pas question. Ce final, on le sentait peut-être un peu venir d’ailleurs, Jorg lui-même n’en doutait pas au fond, mais il réussit tout de même à créer un sentiment troublant, comme si l’on se rendait compte à cet instant de toute la folie dont on a été lecteur. Voilà une série qu’il faut découvrir d’urgence, et un auteur que dont on va très certainement reparler prochainement.

L’Empire Brisé : l’intégrale, un roman écrit par Mark Lawrence. Aux éditions Bragelonne, 1050 pages, 25 euros. Sortie le 30 novembre 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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