[Critique] Tant que je serai là… — Elsa Ferrier & Pef

image couverture tant que je serai là elsa ferrier pef gallimard jeunesseFille de Pef, le créateur du célèbre Prince de Motordu (Mortordu timbré, Motordu pelote d’avion…), Elsa Ferrier est depuis maintenant douze ans auteure-compositrice-interprète de chansons pour enfants. Tant que je serai là, conçu à quatre mains avec son père, qui se charge ici des illustrations et publié chez Gallimard Jeunesse, marque sa première incursion dans le domaine des livres pour enfants qui ne sera, parions-le, pas la dernière.

Un album tendre et poétique pour rassurer les enfants le soir

S’inspirant d’une histoire improvisée pour l’un de ses fils un soir qu’il avait du mal à s’endormir, elle tisse ici en quelques lignes réparties sur 28 pages un récit rempli de tendresse afin de rassurer les enfants qui ont peur du noir en leur montrant que la peur est un sentiment universel, que même les adultes et les animaux éprouvent. Ainsi, dans Tant que je serai là, la peur éprouvée par le petit garçon au début du livre forme une chaîne, où l’on passe d’un personnage à l’autre, chacun, à tour de rôle, avouant avoir peur, tandis qu’un autre est là pour le rassurer, tout en ayant besoin que quelqu’un d’autre apaise également ses craintes. La Maman rassure son enfant, mais, au moment de se coucher, elle avoue à son mari qu’elle aussi a peur, ce qui fait réaliser à ce dernier que c’est aussi son cas mais, heureusement, le chat veille, etc.

D’une belle simplicité, afin de le rendre accessible aux 3-4 ans, ce joli livre est également poétique puisque la maison, le toit, la lune, les étoiles et l’univers lui-même apparaissent comme des personnages à part entière. Le but est de faire comprendre implicitement à l’enfant qu’éprouver de la peur face à l’immensité de l’univers, qui nous fait sentir tout petits, vulnérables, est naturel, mais qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter puisque nous veillons les uns sur les autres. Cette tendresse et cette poésie se retrouve bien entendu dans les belles illustrations de Pef, qu’il s’agisse de la superbe couverture ou des différents dessins intérieurs en double-page, où l’on retrouve les couleurs chaleureuses et la patte distinctive de l’illustrateur, bien que le style privilégié ici soit sensiblement différent —plus doux — que dans la série des Motordu. La façon dont il représente la magie et la beauté de la nuit, mais aussi la peur qu’elle engendre, parlera aux petits et émerveillera les adultes.

Enfin, Tant que je serai là délivre un message optimiste et puissant, puisque c’est finalement ce même petit garçon qui avait peur de s’endormir qui finit par rassurer tout le monde, en leur assurant : « Tant que je serai là, il ne pourra rien nous arriver ». Une manière belle et subtile de dire que les enfants constituent notre avenir, et que l’espoir vivra tant qu’ils seront là, mais aussi une jolie façon d’apaiser leurs craintes le soir avant d’éteindre la lumière.

Tant que je serai là… d’Elsa Ferrier, illustré par Pef et mis en couleurs par Geneviève Ferrier, Gallimard Jeunesse, sortie le 10 janvier 2017, 28 pages. 13,50€. De 4 à 6 ans.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.

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