[Critique] Manger. Se nourrir. Rayonner — Amelia Freer

image couverture manger se nourrir rayonner amelia freer éditions maraboutUn livre de nutrition sans régime

Ancienne assistante du Prince de Galles, Amelia Freer s’est reconvertie dans la nutrition lorsqu’elle a pris conscience que notre alimentation impactait considérablement non seulement notre poids, mais aussi notre énergie et notre bien-être au quotidien. Sortie diplômée de l’Institute for Optimum Nutrition au Royaume-Uni, elle a ensuite ouvert son cabinet de consultation et a acquis une solide réputation en aidant par exemple les chanteurs Boy George et Sam Smith à mincir.

Elle met aujourd’hui son savoir à la portée du grand public à travers des livres mêlant conseils nutritionnels et recettes saines et gourmandes. Son premier livre, Manger. Se nourrir. Rayonner, paru le mois dernier chez Marabout, s’est déjà vendu à plus de 210 000 exemplaires dans les pays anglo-saxons, tandis que son successeur, Cook. Nourrish. Glow fonctionne très bien et sera bientôt suivi d’un troisième volume ce mois-ci. Dans ce premier livre, pas de régime, ni de programmes au long cours à base de menus prédéfinis, qu’on finit souvent par abandonner, découragés : Amelia Freer propose, en 10 “leçons” réparties sur 250 pages, toutes les cartes pour nous permettre de rééquilibrer notre alimentation en mangeant de manière plus saine, et en pleine conscience. Il ne s’agit pas de se priver, et encore moins de compter les calories (méthode qui a prouvé depuis longtemps son inefficacité), mais de comprendre ce que nous devons modifier dans notre alimentation sans pour autant se contenter de chou-fleur à l’eau.

Écouter son ventre pour rééquilibrer son alimentation

image portrait amelia freer
Amelia Freer.

Dans un premier temps, Amelia Freer nous encourage donc à tenir un journal alimentaire pendant deux semaines, où nous noterons méthodiquement ce que nous mangeons et buvons à chaque repas (en-cas compris), et comment nous nous sentons avant et après chacun d’entre eux, afin de repérer ce que nous devrions limiter ou supprimer en priorité. Loin de tout discours moralisateur où une méthode unique nous serait imposée, elle nous encourage au contraire à “écouter notre ventre” —dont on dit souvent qu’il fait office de deuxième cerveau — afin de savoir par où commencer. Une fois cela fait, nous éliminons un premier aliment (voire groupe d’aliments s’il apparaît que l’un d’eux nous pose véritablement problème au quotidien), puis d’en éliminer un deuxième une fois que nous nous sommes habitués à faire sans le premier. Bien entendu, il s’agit là avant tout de conseils, et non de directives imperméables. Si vous vous sentez lourd en consommant trop de produits laitiers, vous pouvez tout à fait commencer par réduire votre consommation afin de voir si vous les supportez à une moindre dose, plutôt que de les supprimer purement et simplement de votre alimentation comme Amelia Freer.

Si la nutritionniste anglaise évoque beaucoup ses propres habitudes en la matière, elle insiste tout au long du livre sur le fait qu’elle n’impose rien à ses patients, et les encourage au contraire à constater par eux-mêmes l’effet que les différents types d’aliments ont sur eux afin qu’ils puissent faire des choix en conséquence. Chacun ayant un métabolisme et des besoins différents, il serait arbitraire de déclarer qu’il ne faut absolument jamais consommer de produits laitiers ou de gluten. D’ailleurs, loin de prôner une approche vegan — même si ses conseils pourront tout à fait s’appliquer dans le cadre de ce type de régime alimentaire — elle encourage à consommer du beurre bio à petites doses si l’on supporte un tant soit peu le lait de vache, plutôt que les infâmes barquettes de margarine auxquelles beaucoup de personnes ayant connu la folie de l’allégé dans les années 80 sont encore très attachées. De même, elle ne diabolise pas la viande et les graisses animales, en déconstruisant certaines croyances tenaces à leur sujet : non, le gras n’est pas nécessairement néfaste pour la santé, tant que l’on consomme des produits naturels, non transformés et de façon raisonnable. Ce qui signifie que vous pouvez très bien consommer de la viande rouge, tant que cela n’est pas tous les jours et que vous la choisissez de bonne qualité. En cela, elle se rapproche en partie de la méthode paléo, tout en étant plus souple et sans avoir recours aux mêmes arguments génétiques qui peuvent être sujets à caution.

Le sucre et le gluten dans le collimateur

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L’une des suggestions de recettes du livre : remplacer les spaghetti par des courgettes passées au spiraliseur et les accompagner d’une sauce maison.

Pour Amelia Freer, l’ennemi public numéro 1 au sein de notre alimentation, c’est le sucre sous toutes ses formes, suivi de près par le gluten. L’argument n’est pas nouveau et n’est plus à prouver : en dehors des sources de sucre raffiné évidentes (bonbons, biscuits industriels, sodas…) dont on a tendance à abuser par ennui ou facilité, on trouve également du sucre caché dans des produits tels que les plats préparés, les sauces, les soupes en brique et autre. Un peu partout donc. Si l’on considère que de nombreuses personnes sont accros à la caféine et ajoutent volontiers un voire plusieurs carrés de sucre dans leur thé ou leur café du matin ou à la machine du boulot, notre consommation de produits sucrés est souvent bien trop élevée, ce qui peut provoquer des diabètes de type 2 (réversibles mais nuisibles pour la santé), mais aussi favoriser cancers et maladies cardio-vasculaires. Elle insiste donc sur la nécessité de réduire cette consommation néfaste, l’idéal étant de ne plus consommer de sucre raffiné ou de produits en contenant, et de se contenter de sources de sucre naturels, de manière très mesurée.

C’est sans doute sur ce deuxième point que nous serions peut-être un peu plus réservés que la nutritionniste anglaise : en effet, si elle a raison de souligner que du sucre, même naturel, tel que celui que l’on trouve dans les fruits, peut être néfaste s’il est consommé en trop grandes quantités et que l’on ne bouge pas assez, sa manière de présenter les choses et les restrictions souhaitables en la matière peut sembler de prime abord un peu extrême. Ainsi, elle s’en prend aux féculents car leur cuisson dégage de l’amidon, qui est traité comme du sucre par notre organisme. Elle ne préconise pas nécessairement de les retirer entièrement de notre alimentation, mais le paragraphe où elle introduit cet argument — et où elle précise aussi que fruits et légumes sont aussi transformés en sucre par notre organisme, même s’ils sont sains — pourra peut-être braquer certains lecteurs très attachés à ces aliments.

Néanmoins, en continuant la lecture de Manger. Se nourrir. Rayonner, on a tôt fait de s’apercevoir qu’Amelia Freer est loin d’être une ayatollah prônant un régime strict : elle insiste au contraire sur l’importance de prendre le temps de cuisiner, même de manière ultra-simple et rapide, d’associer les couleurs pour composer des assiettes qui ne soient pas uniquement saines, mais également gourmandes, qui mettent véritablement en appétit. De même, si les méfaits du gluten sont longuement évoqués et qu’elle a pour sa part arrêté d’en consommer tout à fait, elle n’use jamais d’un ton moralisateur pour convaincre.

Ceux qui souhaiteront franchir le pas et l’éliminer de leur alimentation trouveront dans ce livre de nombreuses astuces pour remplacer blé, seigle et orge par des aliments naturellement dépourvus en gluten, tandis que les autres en apprendront plus sur les symptômes et maladies qui en découlent, souvent ignorés : de nombreuses personnes ignorent qu’elle sont intolérantes au gluten (et non allergiques comme dans le cas de la maladie coeliaque), par exemple, et en ressentent les effets sans en connaître la raison. On pourra alors choisir de limiter les ingrédients en contenant au sein de notre alimentation, et rééquilibrer celle-ci en fonction des effets constatés sur notre santé et notre bien-être.

Des recettes simples et rapides, des conseils dépourvus de ton moralisateur

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Deux exemples de kits alimentaires proposés par Amelia Freer pour préparer soupes et salades. (extrait de l’édition anglaise) © HarperThorsons

Enfin, Amelia Freer propose des recettes tout au long du livre, afin d’être en mesure de se préparer des repas simples, rapides et délicieux plutôt que de nous rabattre sur des plats sous vide réchauffés au micro-ondes : on trouvera ainsi des salades, des assiettes de viandes et poissons… Elle a également pensé à inclure des suggestions afin de permettre aux personnes adorant les boissons sucrées de réduire leur consommation sans se sentir “en manque”, comme aromatiser son eau (filtrée de préférence) grâce à quelques rondelles de fruits et légumes, ou encore en préparant des glaçons à l’eau de coco renfermant un fruit et/ou des herbes fraîches. Et, puisque de nombreuses personnes associent le mot “cuisine” à une préparation laborieuse demandant d’avoir des heures devant soi, elle suggère d’adopter la méthode de “l’assemblage alimentaire”, consistant à se composer, par exemple, soupes et salades en quelques minutes à partir d’ingrédients de base sains. Elle suggère ainsi plusieurs kits illustrés par des photos en pleine page afin de confectionner smoothies, salades et soupes, ce qui est l’une des meilleures trouvailles du livre, qui viendra décomplexer de nombreux lecteurs quant au fait de préparer eux-mêmes ces mets.

Manger. Se nourrir. Rayonner est donc un excellent ouvrage pour quiconque souhaite rééquilibrer son alimentation afin de gagner en énergie et bien-être sans pour autant adopter un régime vegan, qui est énormément promu dans les livres de cuisine et de nutrition depuis quelques temps. Sans faire de grands discours ni culpabiliser, Amelia Freer donne des explications précises de manière pédagogique et encourage en premier lieu ses lecteurs à être à l’écoute de leur corps et de leur estomac, et de ne pas manger par simple réflexe, de manière mécanique. Manger en pleine conscience, prendre le temps de savourer et mâcher chaque bouchée, est tout aussi important que d’adopter une alimentation plus saine, débarrassée au maximum de produits industriels dont on ne mesure pas les effets qu’ils ont à long terme sur notre organisme.

Si le livre ne se substitue pas à un suivi avec un nutritionniste qui peut être souhaitable dans certains cas (des adresses de répertoires réunissant des professionnels agréés en France sont inclus en fin d’ouvrage), Manger. Se nourrir. Rayonner aidera en revanche à se motiver et enclencher un processus bénéfique, en montrant qu’une alimentation saine ne rime pas forcément avec régime et privation, et que l’on peut y parvenir, pas à pas.

Manger. Se nourrir. Rayonner d’Amelia Freer, Marabout, sortie le 1er février 2017, 272 pages. 17,90€

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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