article coup de coeur

[Critique] Derrière les portes – B.A. Paris

image couverture derrière les portes b.a. parisDerrière les portes, publié chez Hugo Thriller, est un roman assez énigmatique de prime abord : un titre que l’on pourrait classer dans n’importe quelle catégorie, une quatrième de couverture courte qui révèle très peu de choses… Il n’en faut cependant pas plus pour nous intriguer.

Des apparences trompeuses

Grace est une jeune femme comblée : Jack, son mari, est un avocat réputé et richissime qui lui a offert la maison de ses rêves et comble le moindre de ses désirs. Il a même prévu une superbe chambre jaune pour Millie, la petite sœur handicapée de Grace, prenant soin de choisir sa couleur préférée pour faire la décoration ! Ils mènent donc une vie paisible dans un beau quartier, fréquentant les avocats et autres habitants bourgeois. Leur amour est tellement fusionnel qu’on ne les voit jamais l’un sans l’autre. Enfin, c’est l’impression qu’ils donnent, car la réalité est tout autre : dès qu’ils sont seuls, Grace est condamnée à vivre dans une pièce ne contenant qu’un lit et à peine de quoi se laver. Jack l’emprisonne, lui donnant le strict minimum de nourriture pour survivre et son projet n’a rien de charmant, contrairement à ce que les apparences laissent penser…

Entre passé et présent

La narration, bien que classique, s’intègre incroyablement bien à cette histoire. Grace, en temps qu’héroïne principale, nous raconte son histoire, en oscillant sans cesse entre passé et présent. Il faut en effet revenir en arrière pour expliquer pourquoi cette femme, qui a en apparence tout pour elle, est traumatisée par son mari, le renommé et puissant Jack Angel — nom qu’il s’est lui-même attribué. Il faut ainsi une cinquantaine de pages pour découvrir la face cachée du psychopathe, ce qui nous permet de nous familiariser avec les autres personnages avant de passer au cœur du sujet. Les scènes du passé dévoilent non seulement la cruauté de Jack et le mal-être ressenti par Grace, mais permettent également petit à petit de montrer la finalité du dessein de Jack et qui pousse Grace à tenir bon, malgré les privations, les humiliations et les tortures psychologiques.

Des détails pas si anodins

Une autre caractéristique de Derrière les portes est la lenteur de l’action, voulue par l’auteure et utilisée à bon escient. Au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire de Grace, les sévices qu’elle subit depuis son mariage deviennent de plus en plus forts et surtout, ils suscitent de plus en plus le malaise chez le lecteur. L’univers glauque et cloisonné dans lequel la jeune femme évolue provoque un sentiment diffus de gêne pouvant aller jusqu’à l’indisposition lors des points culminants. Cette lenteur maîtrisée est essentielle pour instaurer de manière efficace ce sentiment de malaise au départ diffus, puis de plus en plus prégnant, ce qui en fait une qualité et non un défaut comme cela peut être le cas d’autres romans.

Le succès rencontré par l’auteure franco-irlandaise B.A. Paris avec ce premier roman Outre-Manche, mais aussi en France, est donc parfaitement légitime. L’air de rien, Derrière les portes se démarque des nombreux thrillers psychologiques féminins publiés chaque année, sans pour autant réinventer le genre : la narration reste classique dans la forme et l’histoire, prenante, n’est pas sans rappeler Les apparences de Gillian Flynn (auteure également de Gone Girl)… Cependant, il possède indubitablement ce petit quelque chose en plus qui fait toute la différence. Un roman qui est donc, à l’image du couple formé par Grace et Jack, à l’opposé de ce qu’il semble être, mais dans le bon sens du terme. Une vraie réussite, dont il est bien difficile de décrocher.

Derrière les portes de B.A. Paris, Hugo Thriller, sortie le 5 janvier 2017, 320 pages. 19,95€

Une réaction

  1. Pingback: [Critique] Disparue — Darcey Bell

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *