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[Critique] Happy Birds – Hugo Piette, Lewis Trondheim

Caractéristiques

  • Auteur : Hugo Piette, Lewis Trondheim
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Shampooing
  • Date de sortie en librairies : 14 juin 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 104
  • Prix : 12.50
  • Acheter : Cliquez ici
  • Note : 5/10

Une œuvre légère mais pas inintéressante

Quand on est critique, aborder une bande dessinée signée par Lewis Trondheim (Lapinot, Le Roi Catastrophe, mais aussi l’excellent Mickey’s Craziest Adventures) est toujours un exercice compliqué. On a encore en tête sa saillie sur les journalistes, que l’on peut comprendre sur certains points précis, mais si vulgaire, globalisante et extrémiste que le coup de gueule nous est encore en travers de la gorge. Bref, ce n’est pas vraiment de gaieté de cœur que l’on aborde l’un de ses albums, mais notre professionnalisme nous en intime l’ordre. Une valeur qui, d’ailleurs, nous a permis de passer un moment plutôt sympathique avec cet Happy Birds, sorti aux éditions Delcourt (La malédiction de Gustave Babel, Chronosquad), dans la collection Shampooing dirigée par… Lewis Trondheim.

Happy Birds, c’est l’histoire de Pekko, un fan du jeu Angry Birds, qui jusqu’ici passe sa vie à dégommer des oiseux verts, à grands coups d’oiseaux patibulaires balancés par un lance-pierre géant. Bon, pour ainsi dire, il ne fait pas grand chose de sa vie et, même s’il semble très bien se contenter de cette situation, il réagit fortement quand il apprend que Rovio, le studio de développement du soft, embauche. Après s’être assuré qu’il ne rêvait pas, Pekko court au siège afin d’obtenir un entretien. Pour le jeune homme, c’est le début d’une nouvelle vie très… mouvementée.

Happy Birds incarne assez bien l’esprit de la collection Shampooing : “Ça lave la tête et ça fait des bulles. C’est pour les grands qui savent rester petits et les petits qui veulent devenir grands“, comme le lance Lewis Trondheim. Le scénario donne dans le bigger than life, avec des situations improbables et des gags pas toujours très drôles, ni bien emmenés. C’est le cheminement de Pekko qui nous a intéressés, et même séduits au final, tant on apprécie de le voir traverser les étapes de son involontaire révélation au monde, tout en gardant son caractère qui confine à une sorte de nonchalance typique de notre époque. Car c’est de cela dont il est question dans Happy Birds, d’une vision de l’existence moderne, projetée par l’auteur sur son personnage, qui démontre que les événements de la vie ont tendance à s’imposer à nous.

Pekko, personnage moderne

Même si le fond de Happy Birds pousse à la (petite) réflexion, la tonalité reste légère et le rythme fluide. On tourne les pages de ce format à l’italienne sans même s’en rendre compte, sans pour autant rire de tous les rebondissements. Le choix de cette forme, plus large que haute, est assez salvateur. Il permet une approche rapide de l’action, en cinq cases grand maximum, et construit un rapport quasi intimiste avec le lecteur. D’ailleurs, le dessin de Hugo Piette (Poncho et Semelle, Varulf) est à saluer, tant l’artiste réussit à s’emparer de ce format, et insuffle un esprit très comic strip. On apprécie particulièrement le rendu des expressions de ses personnages, humoristique et simple (mais pas simpliste, hein), donnant à l’ensemble un certain charme.

Et les fans d’Angry Birds alors, que doivent-ils espérer de Happy Birds ? Si l’on excepte la mise en situation dans les locaux de Rovio, et la passion quelques peu dévorante de Pekko pour ce jeu mobile, on ne saurait réellement qualifier l’œuvre de “produit dérivé”. Et tant mieux d’ailleurs, cela démontre aussi une volonté d’utiliser un concept pour le conduire sur d’autres routes, moins mercantiles, mais sans aucun doute plus personnelles. Happy Birds ne marquera pas les lecteurs durablement, c’est certain, mais il embarque assez de belles choses pour qu’on puisse passer un bon petit moment, et y revenir à l’occasion.

Article écrit par

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 et quitte la rédaction en 2021. Il lance Jeux Vidéo Plus. Manque clairement de sommeil.

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