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[Critique] Brocéliande : forêt du petit peuple T1 – Peru, Benoit

Caractéristiques

  • Titre complet : Brocéliande : forêt du petit peuple - Tome 1/7 : la fontaine de Barenton
  • Auteur : Olivier Peru, Bertrand Benoit, Elodie Jacquemoire
  • Editeur : Soleil
  • Collection : Celtic
  • Date de sortie en librairies : 7 juin 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 48 pages
  • Prix : 14,50€
  • Acheter : Cliquez ici

Quand la légende de Merlin rencontre la vision de l’auteur d’HeroCorp

S’il y a bien un sujet qui a été exploré par la bande dessinée européenne, c’est bien le terreau des légendes celtiques. Et pourtant, on est régulièrement surpris par des œuvres un peu sorties de nulle part, qui nous rappellent à quel point un thème peut être traité de façons bien différentes. Brocéliande : forêt du petit peuple T1, sous titré La fontaine de Barenton, scénarisé par Olivier Peru et dessiné par Bertrand Benoit, se place dans cette optique. Celle d’un album à priori un peu « déjà vu », et dont on ressort carrément enchanté.

L’action de Brocéliande : forêt du petit peuple T1 se déroule dans ce mythique endroit breton, berceau de bien des légendes. L’histoire, comme vous vous en doutez, s’appuie sur la plus populaire de celles-ci. Des Korrigans (créature légendaire, semblable au lutin) ont enfin trouvé le moyen d’obliger Orignace à leur écrire une histoire. Ils veulent que le Teuz invente un conte dans lequel eux auraient un beau rôle, mais le conteur est en panne d’inspiration. Et alors qu’il cherche des idées dans la forêt de Brocéliande, il assiste aux débuts de la passion entre Merlin et Viviane. L’enchanteur fait tout ce qui est en son pouvoir pour séduire la future dame du Lac et n’hésite pas à user de ses sorts les plus puissants… Rien ne l’arrête. Cela fait bien les affaires du Teuz, lui qui cherchait de l’inspiration va être servi ! Seul problème, les Korrigans ne sont habituellement pas friands d’histoires d’amour.

L’une des grandes forces de Brocéliande : forêt du petit peuple T1 se situe dans l’écriture de ses personnages. Tout en restant respectueux des légendes, le scénariste Olivier Peru (HeroCorp, Médicis, Les Hauts-Conteurs) instille un peu de peps, notamment dans le personnage de Merlin. On garde les grandes lignes : un véritable ermite, magicien émérite et doué pour les métamorphose. Aussi l’histoire reste proche de ce qu’on en connaît : le sentiment amoureux envers Viviane, qui ici n’est pas une fée, est l’un des moteurs de l’intrigue. Seulement, l’enchanteur n’est pas vieilli, barbu, ni même un peu fou (voire inquiétant, dans certaines versions de la légende). C’est un homme dans la force de l’âge et séducteur, ce qui créé bien des rebondissements. Petite précision rigolote, si Merlin ne tombe pas amoureux d’une fée, mais d’une Viviane bel et bien humaine, le cas de figure se retrouve autre part, mais nous n’en écriront pas plus, pour ne pas spoiler.

Narration, dessins : un album très solide

Brocéliande : forêt du petit peuple T1, c’est aussi une narration très solide, qui happe le lecteur en plein cœur d’un récit que l’on dévore. Là encore, Olivier Peru est très fort, car sa façon d’installer les problématiques se fait sans anicroches, par le biais d’une sorte d’histoire dans l’histoire. En effet, Orignace doit trouver un conte à écrire, sous la menace de deux Korrigans patibulaires. Prendre l’air lui donnera une piste, et c’est celle-ci que l’on rejoint. Le point de vue est intéressant, car on peut penser qu’Orignace en est le garant. Erreur, car il se contente de rapporter son réel, ce qui place le lecteur dans une confortable position omnisciente. On insiste sur ce point : cet album est bien mené, bien raconté, de sorte que les pages se tournent à grande vitesse.

Enfin, Bertrand Benoit (Oracle 2, Les chroniques d’Arawn 2) assure le dessin de Brocéliande : forêt du petit peuple T1. Là encore, c’est du très bon ouvrage : les traits des personnages sont bien définis, dans un mélange de réalisme et de caricature chez certains. L’imagerie très fantasy est assez typique, et le travail sur l’atmosphère particulièrement réussit. Enfin, les couleurs, signées Elodie Jacquemoire (Brumes d’Asceltis) dépassent nos attentes. Logiquement, l’artiste à la palette graphique utilise beaucoup de verts, de bleus (forêt et fontaine…), donne un rendu plutôt sombre, qui rend hommage à la densité de cet endroit magique. Dès lors, comment ne pas attendre impatiemment la suite de la série, prévue en sept tomes, tous indépendants, et assurés par différents auteurs ?

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
8/10

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