[Critique] Heidi au printemps — Marie Spénale

Caractéristiques

  • Auteur : Marie Spénale
  • Editeur : Delcourt
  • Collection : Hors Collection
  • Date de sortie en librairies : 17 mai 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 128
  • Prix : 18,95€
  • Acheter : Cliquez ici

Autrice et illustratrice, Marie Spénale s’est spécialisée dans les thèmes. Après avoir travaillé avec des journaux comme Okapi, cette bloggeuse a sorti la BD Heidi au printemps aux éditions Delcourt. Reprenant l’univers de la plus célèbre des suissesses, elle l’a fait grandir et découvrir la puberté, ainsi que les différents sentiments qui s’éveillent…

Heidi a bien grandi

image planche 1 heidi au printemps marie spénale éditions delcourt
© Delcourt

On retrouve la jeune fille de retour dans les Alpes, chez son grand-père. Elle a laissé à regret Clara et Francfort mais apprécie son retour à la montagne, la vie au grand air et se réjouit de retrouver non seulement son grand-père, mais aussi une vie plus calme. Sauf que très vite, la vie est trop tranquille pour la jeune fille qui va chercher à s’occuper : entre accompagner son grand-père au marché et lire la Bible, elle tourne vite en rond. Jusqu’au jour où elle décide d’accompagner Peter, le jeune berger, dans sa sortie quotidienne, ce qui ne plaît pas spécialement au vieil homme. Un flot de sentiments nouveaux va l’envahir, comme une attirance pour ce garçon, mais aussi une envie de découvrir son propre corps et ses envies, qui vont l’amener à reconsidérer sa vie au milieu de la montagne.

Une évolution physique…

Tout est explicite dès la couverture  : le dessin des deux doigts sur un fond de fleurs qui descendent, la pastille “contenu explicite – réservé à un public averti”… Heidi est peut-être un conte pour enfants, mais lorsque vient le printemps, l’héroïne devient adolescente, tout comme ses lecteurs. On se doute qu’il va être question de sexe et très probablement d’initiation. Le dessin est rond, enfantin, mais très plaisant, y compris pour des adultes, ce qui permet de bien faire ressortir les expressions. Les personnages, peu nombreux, ne sont pas explorés en profondeur mais il n’y en a pas besoin : Heidi exprime toutes les émotions d’une jeune fille, tour à tour paresse, envie, frustration et crainte. Peter est nonchalant, naïf, pétri de conventions sociales. Le grand-père occupe quant à lui un rôle très intéressant dans cette histoire.

…Tout autant que psychologique

image planche heidi au printemps marie spénale delcourt
© Delcourt

Car Heidi ne va pas seulement découvrir son corps, mais aussi franchir un pas immense sur le plan psychique : la petite fille qui ne rêvait que de retrouver ses Alpes change au fur et à mesure des jours. Elle qui avait toujours été si bien avec son grand-père, seule au milieu des montagnes, va ressentir l’ennui, l’enfermement. C’est d’ailleurs ce qui la pousse à aller aux pâturages avec Peter la première fois, et elle y retournera à cause de l’émoi que lui cause le jeune garçon lorsqu’il enlève sa chemise. Au fur et à mesure qu’elle se rapproche de lui, son grand-père devient de plus en plus menaçant, ne cessant de lui répéter qu’elle restera avec lui pour toujours, qu’elle est sa petite-fille chérie, se transformant en loup pour la retenir. Cette métaphore est très bien utilisée puisqu’elle symbolise à la fois ce qu’un parent peut craindre (la perte de son enfant pour un autre homme) mais aussi ce qu’Heidi elle-même peut imaginer : sans personne à qui parler de relations sexuelles, elle est comme honteuse et ne sait pas gérer ce passage à l’adolescence aux prémices de l’âge adulte.

Une affirmation féminine

Mais Heidi au printemps ça n’est pas que cela : c’est aussi l’histoire d’une jeune fille frustrée qui prend conscience qu’elle seule peut décider de son avenir. Lorsque Peter lui parle de mariage et famille, elle le rejette puisqu’il ne lui apporte pas ce qu’elle veut, préférant rechercher son bonheur par elle-même plutôt que de compter sur autrui pour le lui donner.

Cette courte BD est, comme indiqué sur la couverture, réservée à un public à partir d’un certain âge (environ 14 ans). Sans entrer dans les détails, à l’instar de tous les ouvrages éducatifs sur la puberté et/ou les relations sexuelles, c’est une approche ludique et très intéressante pour déclencher une conversation qui va au-delà des “premières fois”. Le message donné par Heidi derrière la sexualité — il faut s’affirmer et ne pas se laisser entraîner dans des situations qui ne nous rendent pas heureux — est toujours bon à entendre pour des adolescents. Marie Spénale réussit donc pleinement ce premier ouvrage.

7/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *