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[Critique] Quelque part entre le bien et le mal — Christophe Molmy

Caractéristiques

  • Auteur : Christophe Molmy
  • Editeur : Éditions de la Martinière
  • Date de sortie en librairies : 18 janvier 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 347
  • Prix : 19€
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Un polar d’un réalisme accru

Après un premier roman, Les loups blessés, très bien accueilli par la critique, Christophe Molmy est de retour avec un nouveau polar parisien d’un noir d’encre aux Éditions de la Martinière (Une vie exemplaire, Mörk…), Quelque part entre le bien et le mal, dans lequel on retrouve les personnages de Philippe Lelouedec du 36, quai des Orfèvres et Renan, qui travaille désormais au commissariat de Villejuif, en banlieue. L’un traque deux braqueurs, des frères manouches qui préparent un gros coup, tandis que le second mène une vie tranquille et végète sur de petites affaires… Jusqu’au jour où Coline, qui a l’âme d’une enquêtrice, remarque des liens entre différents cas de suicides apparents chez de jeunes femmes blondes vivant seules. Chacune des victimes a en effet été retrouvée pendue de la même manière, habillée d’une robe de soirée et coiffée d’une tresse. Face à la perspective d’avoir découvert un tueur en série, Renan soutient la jeune femme afin de consolider le dossier avant que la PJ ne s’en mêle…

Christophe Molmy est chef de la BRI, la Brigade antigang, et son expérience se fait sentir à chaque ligne de ce second roman, d’un réalisme saisissant dans les moindres détails. Qu’il s’agisse du vocabulaire spécifique aux flics comme aux malfrats, ou encore des différents protocoles à chaque étape de l’enquête, on a véritablement l’impression d’être plongés au sein du tourbillon de la vie de ces flics, bien loin des poncifs des séries télé. En conséquence, on rentre très vite dans l’action et on s’attache aux uns et aux autres, et plus particulièrement à Coline, cette policière qui rêve de travailler à la PJ et possède de vrais talents de déduction, sans pour autant avoir les dons quasi-médiumniques des profilers de la pop culture américaine. Contrairement à certains vieux briscards, la jeune femme fonctionne à l’empathie, et sa sensibilité — qui ne brouille pas pour autant son jugement — fait que l’on s’identifie facilement à elle. Quant à Philippe et Renan, les anciens amis et collègues, ils sont un peu l’archétype des flics qui en ont trop vus mais ne peuvent malgré tout résister à l’appel de l’adrénaline.

Une enquête sur notre humanité

Quelque part entre le bien et le mal alterne chaque chapitre, court et percutant, entre les points de vue de Philippe, Renan, Coline, les malfrats et le tueur en série (dont on n’apprendra l’identité que lors du dernier tiers) et cette multiplicité participe incontestablement à en faire un véritable page-turner. Bien que les différentes trames n’aient, au départ, pas de liens entre elles, on sent qu’elles sont appelées à se rejoindre d’une manière ou d’une autre et Christophe Molmy gère le suspense de son intrigue, parfaitement construite, avec une rare maîtrise. Cela est d’autant plus impressionnant que, si le roman possède son lot de rebondissements parfois très surprenants et que l’on a envie de découvrir l’identité du meurtrier, c’est toujours la psychologie des personnages qui guide l’action. Et, de ce côté-là, le portrait des criminels comme celui des flics est d’une rare acuité. Si certains, comme Ménard, ont des caractères très tranchés, tout le brio du romancier est de ne jamais tomber dans le manichéisme facile. On pourra toujours penser que le rebondissement du dernier tiers est un peu gros, les personnages demeurent crédibles et, au final, on adhère totalement aux ressorts de l’intrigue, très bien amenés.

Si les Loups blessés possédait déjà une aura tragique, celle-ci se trouve renforcée ici. Un véritable souffle épique, quasi-lyrique, parcourt Quelque part entre le bien et le mal, bien que l’écrivain conserve toujours un ton brut et réaliste, loin de tout pathos. Néanmoins, le vertige que procure l’histoire est réel, et il est d’autant plus fort qu’il pose, à travers les personnages de Coline et Philippe, la question de l’empathie. Un bon flic doit-il fonctionner de manière froide, sans se soucier du parcours qui mène tel individu à la criminalité, ou bien son empathie peut-elle aussi le servir dans l’exercice de ses fonctions ?

Il n’y a pas de réponse facile à cette question  et Christophe Molmy montre bien comment cette sensibilité peut être d’une grande aide lorsqu’il s’agit de trouver une motivation supplémentaire pour que justice soit rendue (mais aussi pour faire son travail de manière humaine), tout comme elle peut s’avérer douloureuse lorsqu’on est confrontés à l’indicible. Comprendre peut alors revêtir l’apparence d’une malédiction, mais les protagonistes pourraient-ils faire autrement ? Après tout, c’est aussi ce qui fait d’eux de bons enquêteurs, et leur permet de rester “humains”, eux qui sont souvent confrontés au pire. Plus qu’une histoire de simples flics enquêtant sur des crimes, Molmy fait de Quelque part entre le bien et le mal une enquête en eaux troubles sur ce qui constitue notre humanité, pour le meilleur et pour le pire. Le résultat ne manque pas de puissance.

8/10

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