[Critique] Bureaucratie : encre, paperasse et tentacules — René Ten Bos

Caractéristiques

  • Auteur : René Ten Bos
  • Editeur : Le Pommier
  • Date de sortie en librairies : 16 octobre 2017
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 352
  • Prix : 23€
  • Acheter : Cliquez ici

Méconnu en France, René Ten Bos est un philosophe néerlandais, professeur à l’université de Nimègue (Pays-Bas) et St-Andrews (Ecosse). A l’occasion d’une conférence, il évoque la question de la Bureaucratie, ce qui la constitue, la place qu’elle prend au sein de notre société… Le sujet étant intéressant, il développe ses idées et nous propose le fruit de sa réflexion dans son essai Bureaucratie  : encre, paperasse et tentacules.

Au pays des Chieurs d’encre

Bien qu’originale, cette expression n’est pourtant pas nouvelle  : utilisée pour la première fois par l’écrivain Emile Zola (XIXème siècle), elle désigne à la fois des écrivains, des hommes de lettres, mais aussi les fonctionnaires et bureaucrates. René Ten Bos se l’approprie pleinement pour cette essai, allant même jusqu’à en faire une traduction néerlandaise  “inktschijter” (on retrouve déjà cette notion dans les mots inkshitter (anglais), tinkscheisser (allemand) ou cagatintas (espagnol)). Connoté par la présence du mot “chieur”, le philosophe s’en sert pourtant de façon neutre pour évoquer une image, celle de la pieuvre aux multiples tentacules dont l’encre se répand partout sans limites. Une fois la métaphore en tête, il va évoquer les différents ressorts et les analyses critiques de la bureaucratie.

La bureaucratie au fil des concepts philosophiques ou théoriques

Dans une première partie centrée sur l’organisme plus que sur ses membres, René Ten Bos évoque grandement Weber, notamment pour rappeler que Capitalisme et Bureaucratie, bien que ne venant pas de la même racine, se développent de façon parallèle. Il va même jusqu’à soutenir que les démocraties ont besoin d’elle pour perdurer. C’est pourtant dans ces mêmes démocraties qu’elle est lourdement critiquée, par sa lourdeur, son inefficacité ou son côté totalitariste. Le Capitalisme étant largement accepté dans notre société occidentale, les critiques du XXIème siècle se sont tournés vers les managers, représentants les alliés de la Bureaucratie.

L’Homme est un être unique, créatif qui voit ses qualités menacées par l’organisme bureaucratique qui pèse au-dessus de lui. Ainsi, de nos jours, toutes les tendances politiques confondues tendent à la prendre en grippe et à l’attaquer car il s’agit d’une cible facile, sorte de marronnier qui permet de mettre la majorité de la population d’accord, y compris les chieurs d’encre. En effet, ceux-ci ne sont pas vus comme des professionnels, comme des personnes ayant un emploi “réel”, il suffit de voir le nombre de blagues existant sur les fonctionnaires, leurs horaires, les grèves…  Au contraire, ils sont souvent perçus comme un obstacle au développement d’une entreprise ou d’une personne, on ne distingue plus alors l’humain de l’organisation. Pourtant, la Bureaucratie serait l’unique constante dans l’univers…

D’indispensable à la mauvaise réputation

René Ten Bos évoque par la suite le fait que les règles sont la clé de voûte de toutes les sociétés. Elles sont apparues suite à l’effondrement de l’Eglise, de la famille qui avaient une fonction régulatrice. Sans avoir conscience de cette stabilité qu’elle apporte au plus grand nombre, on ne veut pas s’y confronter, puisque devoir s’occuper de l’administratif, c’est aller au-devant de galères. Comment se fait-il que ce qui devrait représenter la rationalité devienne le symbole de décisions injustifiées, de tourments, et de l’absurde  ? Cet absurde fut parfaitement décrit et popularisé par des auteurs comme Franz Kafka ou Boris Vian sur lesquels René Ten Bos s’appuie également pour illustrer son propos. Pourtant, les bureaucrates (et en particulier les politiques) pensent avoir une image inverse : ils se disent humanistes, prêts à donner leur temps pour la société.

S’appuyant sur les plus grands noms de la Sociologie (Max Weber, Zygmunt Bauman, Stewart Clegg, John Stuart Mill, Claude Levi-Strauss ou Emmanuel Kant), René Ten Bos livre une réflexion fouillée non seulement sur l’impact de la Bureaucratie sur une société mais surtout sur son être, sa composition, ses contradictions. Il fait appel à des concepts tels que l’Hyperobjet ou l’Oikonomia, mots barbares que le professeur rend pourtant parfaitement accessibles, aussi bien pour ceux qui ont quelques notions sur le sujet que pour les néophytes. Etant tous concernés par la bureaucratie, que ce soit au niveau professionnel ou personnel, cet essai est une très bonne approche pour prendre un peu de hauteur et entamer une réflexion sur cette pieuvre qui plane au-dessus de nos vies.

7/10

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