[Critique] Scalp — Cyril Herry

Caractéristiques

  • Auteur : Cyril Herry
  • Editeur : Seuil
  • Collection : Cadre Noir
  • Date de sortie en librairies : 1 février 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 220
  • Prix : 18€
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Un huis-clos en pleine forêt

Scalp, paru ce mois-ci chez Seuil dans leur élégante collection Cadre Noir n’est pas un roman noir “traditionnel” : ni thriller au sens conventionnel du terme ni polar, il s’agit, comme indiqué sur le quart de couverture, d’un “huis-clos à ciel ouvert” qui parvient l’exploit d’être à la fois touchant et oppressant. Nous suivons les mésaventures de Teresa, jeune mère célibataire d’une trentaine d’années d’un petit garçon de 9 ans, Hans, auquel elle vient d’apprendre que l’homme qu’elle vient de quitter et qu’il avait toujours pris pour son père n’est en réalité pas son géniteur. Le vrai, Alex, est un militant écologiste avec lequel elle vécut une histoire d’amour passionnée avant qu’il ne la quitte, incapable de renoncer à son engagement pour fonder une famille… Sauf que, 9 mois plus tard, Hans est arrivé. Enfin prête à faire face à son passé pour son fils, elle fait alors le voyage avec lui pour les présenter l’un à l’autre. Sauf qu’Alex vit dans une yourte près d’un lac en pleine forêt, loin de la civilisation, et, lorsqu’ils arrivent, les lieux sont déserts. Comme Hans refuse de partir sans avoir vu son père, Teresa décide de camper avec lui sur le terrain. Ils feront d’inquiétantes rencontres et la situation va déraper…

Il est difficile de parler d’un roman comme celui de Cyril Herry, qui ménage ses effets et se développe lentement, sans trop en dévoiler. Scalp se déroule dans une nature sauvage et celle-ci tient un rôle tellement important qu’elle apparaît clairement comme l’un des personnages principaux du livre, devant les quelques personnages secondaires que Teresa et Hans croiseront sur leur chemin. Les chapitres sont courts et ramassés, mais le rythme est globalement lent durant toute la première partie de l’intrigue, sans que pour autant l’ennui ne pointe le bout de son nez. Il faut dire que la plume de l’auteur, précise et implacable, sait rendre la tension qui pèse entre la mère et son enfant, comme celle qui flotte dans l’air de ce petit village perdu en bordure d’une forêt. Alex est le seul qui habite véritablement dans les bois, et, pendant 70 pages, Teresa et Hans ne croisent pas âme qui vive. Herry en profite pour installer une atmosphère lourde, où la beauté de la nature le dispute à quelque chose de plus impalpable, sourdement angoissant. Il y a déjà ces os et crânes d’animaux qu’Alex collectionne et qu’Hans affectionne en tant que petit biologiste en herbe… Lorsque des ossements de chat sont découverts, l’écrivain ménage pendant un moment le suspense sur le responsable de cette mort : un renard ou un être humain ?

Une nature où les instincts archaïques remontent à la surface…

Mais ce qui rend Scalp véritablement convaincant et assez impressionnant par moments, c’est que la tension habitant les lieux fait écho à celle nourrie par les personnages et leur psyché, qui tendent alors à fusionner. Teresa se sent tellement coupable de ne pas avoir répondu à Alex qu’elle l’imagine mort à leur arrivée; l’enfant, au départ émerveillé par la forêt, s’imagine en aventurier, puis en chasseur lorsque les choses tournent mal… On sent que quelque chose va exploser à un moment donné, mais l’auteur fait en sorte de mettre en branle l’imagination du lecteur, de nourrir ses pressentiments, avant le retournement de situation qui précipite la seconde moitié dans une course effrénée glaçante. Il y a par ailleurs un bon équilibre entre le point de vue de Teresa, avec ses préoccupations de femme et de mère, et celui d’Hans, qui ne pense qu’à cette rencontre tant attendue et pose sur les êtres et les choses un regard d’enfant.

Tout cela contribue à faire de Scalp un roman noir prenant. Au-delà de l’intrigue finalement assez simple et d’un suspense bien géré, on est surtout saisis par l’atmosphère qui se dégage de la narration, où le lecteur perd progressivement ses repères pour mieux accompagner la plongée des personnages dans cette forêt où les instincts les plus archaïques remontent à la surface. On ressort de cette lecture impressionnés par la capacité de Cyril Herry à partir d’un récit réaliste pour mieux verser, par la suite, dans une ambiance quasi-surréaliste par moments. On ne peut s’empêcher de penser, en refermant le livre, que cela ferait un excellent film…

7/10

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