[Critique] Trio pour un monde égaré — Marie Redonnet

Caractéristiques

  • Auteur : Marie Redonnet
  • Editeur : Le Tripode
  • Date de sortie en librairies : 4 janvier 2018
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 195
  • Prix : 17€
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Marie Redonnet a habitué ses lecteurs à des textes autour de la liberté humaine et individuelle face aux difficultés des sociétés modernes. Deux ans après La femme au colt 45 paraît Trio pour un monde égaré aux éditions Le Tripode (Les aventures de Ruben Jablonski, L’amour est une maladie ordinaire). Ce roman se divise en trois histoires comme son nom l’indique, chacune nous présentant une personne dans un contexte unique et particulier, mais tous reliés par la violence omniprésente du monde et de nos sociétés.

Trois pays, trois environnements, une destinée

Willy Chow vit à Salz, dans un domaine qui a été détruit par la guerre. Mais cela ne le dérange pas, au contraire, il a retapé les bâtiments pour s’y installer et compte bien ne plus bouger. Willy n’a pas une mais des vies antérieures, la dernière étant d’être le second d’un réseau de rebelles qu’il a quitté, ce que peu de personnes savent et que certains ne lui ont pas pardonné.

Douglas Marenko n’est pas Douglas Marenko, mais c’est le seul à le savoir vraiment. Il est enfermé dans la prison d’Akuba, accusé d’avoir trahi sa nation. Pourtant, lui sait qu’il n’a rien à voir avec tout cela, qu’en réalité il est Medi Soro et qu’il est entré dans ce pays pour fuir le sien, laissant derrière lui une femme et une fille. Personne ne veut le croire et, petit à petit, il doit lutter contre lui-même afin de ne pas perdre son identité qui s’efface.

Tate Combo a quitté Mokambé car son père craint une attaque contre leur peuple. Arrivée miséreuse à Long Fow, elle est remarquée par un célèbre photographe qui fait d’elle sa muse, mais une muse assez particulière  : selon ses volontés, elle subit une série d’opérations chirurgicales qui doivent la transformer en Sira, ancienne déesse qui obsède l’artiste.

Si opposés soient ces trois personnages, ils sont réunis par le monde cruel et violent dans lequel ils vivent mais aussi par leur solitude. Tour à tour, leurs situations se dégradent, leur imposant des décisions difficiles pour lutter non seulement pour leur survie, mais aussi celle de leurs essences.

Tout est dans le titre

Dans l’écriture d’un roman, le choix du titre est loin d’être simple ou anodin : c’est lui qui attirera ou non les lecteurs. Et, même lorsque l’on finit un livre, on peut avoir une déception si ce titre ne se retrouve pas à un moment, s’il ne prend pas tout son sens. Trio pour un monde égaré est à la fois simple et parfaitement adapté : non seulement cela résume la situation (trois personnages dans un monde devenu fou) mais en plus il apparait comme une évidence au cours de la lecture des histoires.

La succession de passages courts se concentrant sur chacun des personnages, toujours dans le même ordre, permet de tenir en haleine le lecteur. Marie Redonnet sait créer une forme de tension qui donne envie de pousser plus loin, d’en savoir plus sur ce qui arrive, et l’alternance des situations ne fait que renforcer cette sensation, cette envie de ne plus lâcher le roman avant d’en savoir plus.

Des lieux imaginaires mais pas si étrangers

Au-delà des trois personnages principaux, les lieux sont capitaux, presque plus importants que les protagonistes. Chaque histoire a son ambiance : Willy Chow évoque le western avec sa bergerie isolée, la proximité du désert, La Guinguette que l’on imagine en saloon. Douglas Marenko est au cœur d’un roman d’espionnage, lui qui a quitté son pays pour être libre se retrouve enfermé et contrait d’assumer les actes d’un autre, sans moyen de défense autre que de jouer le jeu, quitte à s’oublier. Tate Combo quant à elle vit dans un film d’anticipation, le centre de la métropole est détruit par une attaque terroriste (deux tours détruites par des avions, c’est l’environnement le plus facile à replacer dans la réalité) alors qu’elle décide de s’affranchir de l’homme qui la modèle depuis des années pour satisfaire un fantasme des plus particuliers. Ces trois imaginaires ont tellement de petites choses communes avec des pays et situations existants qu’au final ils n’en semblent que plus réels, sans être pour autant totalement identifiés.

Trio pour un monde égaré est un roman sur les combats à mener pour sa survie, pour la liberté, ce que beaucoup font dans la réalité du quotidien. Les phrases sont courtes parce qu’il n’y a pas besoin de plus, le récit est rythmé, frappant comme les situations des personnages. Attention cependant à ne pas être frustrés : Marie Redonnet livre des tranches de vie, et non des vies entières. Ainsi, il ne faut pas s’attendre à un passé fouillé ou même à un épilogue. A chacun de s’imaginer sa suite sur mesure.

Enfin, élément non négligeable dans un style fondamentalement différent : le roman est suivi d’un texte d’environ 50 pages qui permet d’en savoir plus sur l’auteure, et notamment les blessures qui la font écrire, ses expériences personnelles, le théâtre, etc.

7/10

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