[Critique] La première fois qu’on m’a embrassée je suis morte – Colleen Oakley

Caractéristiques

  • Auteur : Colleen Oakley
  • Editeur : Milady
  • Collection : Milady Romans
  • Date de sortie en librairies : 17 janvier 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 480
  • Prix : 18,20€
  • Acheter : Cliquez ici

Depuis quelques années, les romans feel-good se sont multipliés, suivant tous le même schéma : une situation compliquée (mais qui donne des circonstances cocasses), un élément perturbateur et une romance. La première fois que l’on m’a embrassée, je suis morte obéit à toutes ces règles, mais est-ce pour autant un roman parmi tant d’autres ?

Un handicap rarissime

Jubilee a 26 ans et n’a eu aucun contact humain depuis 20 ans. La cause  ? Une allergie extrêmement rare qui lui interdit tout contact physique avec un autre être humain. L’autre personne ne risque rien mais Jubilee elle, pourrait en mourir (c’est d’ailleurs ce qui a failli se passer à l’adolescence, comme en témoigne le titre). Elle vit donc recluse dans la maison familiale, jusqu’au jour où elle apprend le décès de sa mère. La maison lui revient, aucun problème, en revanche elle ne recevra plus les chèques mensuels qui lui permettaient de ne pas sortir de chez elle. Heureusement, Jubilee a de la ressource, et elle affronte ses peurs et sa honte pour travailler comme assistante de prêt (bibliothécaire) à la bibliothèque municipale.
Eric sort d’un divorce houleux survenu après l’adoption d’Aja, le fils de son meilleur ami décédé dans un accident d’avion. Sa fille ne lui parle plus et la communication avec Aja, enfant brillant mais en décalage complet par rapport à son âge, n’est pas très bonne non plus. Pour une mission de travail, ils s’installent temporairement dans la petite ville de Jubilee. Le trio ne va cesser de se rencontrer et de s’apprivoiser, jusqu’à finir par évoluer ensemble, chacun ayant ses failles et ses problèmes.

Des personnages blessés

Un élément récurrent de la littérature feel good, ou même plus simplement des romances, ce sont des personnages meurtris. Celui de Jubilee l’est doublement puisqu’elle se met à l’écart à cause de son allergie, tout en souffrant de cette exclusion subie, de ce manque de l’autre, de chaleur. Sa  propre mère ne pouvait plus la toucher et elle a dû supporter tout autant le rejet physique qu’émotionnel. Colleen Oakley arrive cependant à trouver un ton juste en ne tombant pas dans le pathos : Jubilee ne se plaint que rarement, continuant sa vie d’ermite tant qu’elle le peut, trouvant du réconfort et des occupations. Elle lutte contre l’agoraphobie et la crainte de la déception, reste méfiante comme beaucoup de personnes n’ayant pas d’allergie aux autres.

Eric représente le jeune père débordé, en froid avec sa fille — elle le rejette du moins, lui cherche désespérément à la retrouver — et qui a du mal à comprendre son fils adoptif. Il est socialement bien intégré et pourtant, c’est lui qui a le plus de difficultés à établir des relations stables avec son entourage. Concernant Aja, il est évident que perdre ses parents dans un accident d’avion ne nécessite pas plus d’explications au sujet de ses blessures. Personnage le moins intéressant à plusieurs points de vue (il n’est d’ailleurs pas très attachant), il gagne pourtant en profondeur au fur et à mesure du roman, ne se résumant pas à la caricature de l’enfant brillant mais inadapté. Enfin, la dernière dont la place a de l’importance est Madison, anciennement au lycée avec Jubilee et qui va servir de catalyseur. A l’inverse d’Aja, elle est assez caricaturale, mais bien plus attachante.

Des thèmes complexes abordés

Au-delà du premier aspect évoquant la romance légère (une couverture pétillante et colorée, une police de caractère large et des chapitres courts), La première fois qu’on m’a embrassée… est un roman qui traite de beaucoup de thématiques difficiles : relations parents-enfants, deuil, peur de l’autre… Chaque personnage vit dans son monde, sa bulle et à du mal à en sortir, mais une fois réunis, ils sont prêts à se surpasser et à retrouver espoir en un meilleur futur. La plus grande force de ce livre ne réside pas dans son message optimiste ni dans l’originalité du schéma, mais bel et bien dans la réalité qui y est présente. On peut se retrouver à plusieurs niveaux voire dans plusieurs personnages. La fin elle-même témoigne de ce réalisme puisque différentes portes sont ouvertes et qu’au final, la romance ne représente qu’une toute petite partie de ces histoires de vie.

La première fois qu’on m’a embrassée, je suis morte intrigue par son titre autant qu’il attire par sa jolie couverture, mais, une fois ouvert, le roman de Coleen Oakley ne déçoit pas et surprend même par sa profondeur, chose peu habituelle dans cette catégorie.

7/10

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