[Critique] Une fille modèle — Karin Slaughter

Caractéristiques

  • Auteur : Karin Slaughter
  • Editeur : Harper Collins France
  • Date de sortie en librairies : 7 mars 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 608
  • Prix : 20,90€
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Un thriller psychologique porté par ses héroïnes

Plébiscitée à travers le monde pour ses thrillers tendus et ses séries Grant County et Will Trent, Karin Slaughter nous revient ce printemps avec un stand alone riche et complexe, Une fille modèle aux éditions Harper Collins (Marquée à vie). L’histoire de deux soeurs traumatisées par l’assassinat de leur mère sous leurs yeux alors qu’elles étaient adolescentes et qui vont devoir affronter, vingt-huit ans plus tard, ce passé qui a fait exploser leur famille.

Si l’on retrouve dans ce nouveau roman un certain nombre de ficelles propres aux polars (flash-backs, procès, faux coupables, un passé qui refait surface…), ce qui impressionne en premier lieu, c’est la manière dont Karin Slaughter s’empare de ses personnages pour nous immerger dans leur psyché. Que la narration adopte le point de vue de Charlotte ou de Sam, on croit de bout en bout à l’histoire de ces deux soeurs et à leurs parcours de vie diamétralement opposés. Certains lecteurs davantage friands de rebondissements en série pourront trouver les chapitres centrés sur la vie de chacune trop longs, mais, de notre point de vue, c’est précisément ce qui fait la richesse d’Une fille modèle et explique que l’on est d’autant plus passionnés par ses deux trames criminelles distinctes — l’une dans le passé donc, la seconde dans le présent. Car ici, les personnages sont véritablement le moteur de l’intrigue et, comme dans les meilleurs romans noirs, c’est leur profondeur psychologique qui détermine l’impact du récit criminel sur le lecteur.

Deux trames criminelles entremêlées

L’auteure américaine mêle donc une sombre histoire de fusillade dans un lycée au traumatisme des deux soeurs éloignées, dont l’une avait jadis été enterrée vivante une balle dans la tête et laissée pour morte par les assassins de leur mère. Témoin de la fusillade, Charlotte, avocate comme son père Rusty, fier défenseur des criminels et laissés pour comptes, est d’autant plus choquée qu’elle ne s’est jamais vraiment pardonné d’avoir fui en laissant sa soeur derrière elle à l’époque. Séparée de son mari, perdue, elle doit affronter la police et la folle machinerie juridique qui se met en branle lorsque l’adolescente retrouvée revolver en main, Kelly Wilson, est arrêtée avec brutalité par les forces de l’ordre. Kelly que son père va bien entendu défendre malgré les menaces dont il est objet, tout en essayant de retracer le cours des événements. Si l’adolescente tenait l’arme, en effet, personne ne l’a vue tirer…

Le plus intéressant ici n’est pas la résolution de ce mystère — qui pourra apparaître comme quelque peu tiré par les cheveux, quoique cohérent avec les différents éléments mis en place — mais bien la manière dont Charlotte et Samantha feront face aux événements, qui font ressurgir ce traumatisme enfoui mais jamais vraiment surmonté. Et, de ce point de vue là, l’écriture de Karin Slaughter, le cheminement qu’elle fait prendre à ses personnages, est exemplaire de finesse et de justesse. Les deux héroïnes possèdent une partie clairement dissociée qui leur permet de tenir, mais les fait également souffrir, puisqu’elle leur évite d’affronter véritablement leur ressenti. Bien entendu, l’auteure ne nous révèle pas tout sur le drame dès le début et, lorsque l’entière vérité éclate, elle évite tout effet choc et donc toute complaisance. Si les flash backs sont violents, d’une noirceur implacable, les crimes dont sont victimes les personnages féminins ne sont jamais banalisés, et la manière dont ces actes sont considérés par la société (qui tend à voir leurs victimes comme étant “foutues”) est interrogée avec pertinence.

Au final, Une fille modèle brille véritablement par ce portrait croisé de deux soeurs et la manière dont le présent va venir mettre en lumière le passé. Karin Slaughter excelle à montrer, mais aussi à nous donner à ressentir comment un traumatisme et le poids du secret peuvent peser sur les membres d’une même famille. A tel point que le drame psychologique s’avère plus important dans sa résolution que la dimension policière, plus conventionnelle. Néanmoins, même de ce côté-là, on peut compter sur le sens du détail de l’auteure pour nous embarquer avec elle : sa description des rouages du système juridique américain et de la machine médiatique autour de ce que l’on nomme pudiquement des “faits divers”, très réaliste, est à faire froid dans le dos. On ressort donc de ce thriller psychologique émotionnellement essorés, émus par le parcours de ces filles modèles, dont l’histoire nous touche en plein coeur.

7/10

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