[Critique] Le malédiction de l’Immortel – Taboada, Ginevra

Caractéristiques

  • Auteur : Antonio Taboada, Dante Ginevra
  • Editeur : Sarbacane
  • Date de sortie en librairies : 3 janvier 2018
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 112
  • Prix : 19,50€
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Un récit satisfaisant nivelé par le haut grâce à de superbes dessins

L’indicible le plus absolu a toujours suscité l’interrogation. L’esprit humain a cela de merveilleusement pervers qu’il cherche à combler les vides, ce qui créé l’imaginaire bien entendu, mais aussi d’autres particularités. Quand l’inconnu, le trop incompréhensible fait face à nous, certains peuvent avoir recours à des théories extravagantes, complotistes bien entendues. Le nazisme a créé, et fabrique toujours, ce genre d’idées. Aujourd’hui, nous abordons La malédiction de l’Immortel, une bande dessinée qui s’appuie sur la légende de la Société du Vril. Cette dernière, inventée par Edward Bulwer-Lytton, rencontra un tel succès que certains lecteurs de l’époque croyaient dur comme fer à la factualité de cette fabrication littéraire. De quoi inspirer, aux auteurs Antonio Taboada et Dante Ginevra, une histoire séduisante.

L’histoire de La malédiction de l’Immortel prend place à Londres, en 1940. Entre femmes de petite vertu et sorties alcoolisées dans les bars, Emerick, aristocrate déchu, mène une vie dissolue, sans se soucier des évènements gravissimes qui secouent l’Europe. Et pour cause : il ne peut mourir. Sauf qu’il doit à un étrange créancier une somme abyssale, dont il va devoir s’acquitter. Sous une fausse identité, Emerick s’envole pour l’Allemagne nazie à la recherche d’une mystérieuse société secrète.

La malédiction de l’Immortel s’appuie sur une problématique usitée, mais toujours aussi passionnante : le rapport à la mort. Ou, plutôt, la non-mort. Si vous êtes joueurs, peut-être avez-vous parcouru Lost Odyssey, RPG japonais développé par Mistwalker et Feelplus. On y incarnait un homme tourmenté par des centaines d’années d’une vie qui n’en finira jamais. La plupart d’entre nous voient l’immortalité comme un bienfait, un fantasme. Dans les faits, elle n’est que l’exaltation d’un nombrilisme aveugle. Imaginez, tous ces êtres chers que l’on voit mourir, un à un, que l’on ne peut suivre dans la tombe. Jamais. Bref, rien de plus triste dans le fond, et le soft rendait bien ce sentiment. Si on le cite, c’est parce que cette bande dessinée nous plonge aussi dans un univers loin d’être fondamentalement gai. Emerick est ce genre de survivant qui traverse les Enfers, contemplant la folie des Homes sans pouvoir souffrir de leurs mains barbares.

Une errance sombre et bien rythmée

Récit d’espionnage à tendance fantastique, La malédiction de l’Immortel ne verse jamais dans le traitement trop déluré. La plume, tenue par Antonio Taboada, se fait avant tout sombre. Le cheminement d’Emerick est marqué par la fatalité, et celle-ci évoluera. On ne peut trop vous en dire, au risque de dévoiler des éléments très importants du scénario, mais sachez que l’immortalité reste au centre de tout. La société secrète du Vril, elle, enfile les habits de l’antagonisme dont la menace plane tout du long. On aura peut-être un léger regret quant aux motivations de ses représentants, qui ne sont pas assez claires à notre goût, mais le sel de l’intrigue se situe avant tout dans le voyage vers la finalité. Une errance parfois mouvementé, bien rythmée, qui sait faire place à des moments de silences très parlants. On adhère.

Un récit satisfaisant donc, et des dessins qui tirent l’ensemble vers le haut. C’est, sans doute, ce qui permettra à La malédiction de l’Immortel de rester dans les mémoires : Dante Ginevra et son style très à-propos, parvient à magnifiquement prendre la mesure du travail littéraire qu’il décrit. Soulignant parfaitement l’atmosphère dégagée par l’écriture, les dessins s’appuient sur des jeux d’ombre pour mieux caractériser personnages et actions. De même, l’artiste ne rechigne pas quand il faut distiller une sorte d’arrière-goût pulp, notamment dans les combinaisons des psychiques du Vril, qui n’auraient pas dépareillé dans un bon vieux James Bond. C ‘est là une grande force de cette bande dessinée, sortie aux éditions Sarbacane : elle cultive les idées.

7/10

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