[Critique] Bleu de Prusse — Philip Kerr

Caractéristiques

  • Titre complet : Bleu de Prusse : Une aventure de Bernie Gunther
  • Auteur : Philip Kerr
  • Editeur : Seuil
  • Date de sortie en librairies : 3 mai 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 672
  • Prix : 22,50€
  • Acheter : Cliquez ici

Disparu au mois de mars des suites d’un cancer, Philip Kerr a eu le temps de signer la 13ème et dernière histoire de Bernie Gunther, le flic nazi malgré lui. Dans Bleu de Prusse, cet anti-héros aussi caustique qu’anticonformiste nous revient pour une double aventures, l’une en 1956 où on le retrouve dans le sud de la France (qu’il habite depuis Les pièges de l’exil) et l’autre en 1939 où il doit enquêter en Bavière, concernant un meurtre commis dans la résidence secondaire du Führer.

Une enquête et une chasse à l’homme

Bernie Gunther tente de vivre une nouvelle vie plus calme sur la Côte d’Azur. Sa quiétude est troublée lorsque des membres de la Stasi viennent lui rendre visite afin de lui “demander un dernier service”. L’ancien policier se retrouver de nouveau pris contre son gré dans une histoire de meurtre dont il a beaucoup de mal à se dépêtrer. Tout au long de sa fuite, il se souvient d’une enquête menée en 1939 sur l’Obersalzberg, lieu bien-aimé d’Adolf Hitler qui y avait installé sa résidence secondaire. Il avait été envoyé sur place pour résoudre le mystère qui planait autour de la mort de Karl Flex, ingénieur travaillant sur le projet Germania (capitale mondiale voulue par le IIIème Reich). Ce qui pourrait sembler une affaire banale est bien vite compliquée par l’imminence de l’arrivée d’Hitler pour ses 50 ans, mais aussi par les différentes luttes intestines au sein du parti nazi, luttes mettant en scène notamment Reinhard Heydrich et Martin Bormann. Très vite, Bernie Gunther et son adjoint Friedrich Korsch vont être pris pour cibles, certaines personnes ne voulant vraisemblablement pas qu’ils découvrent la vérité…

Un héros atypique

Philip Kerr est britannique d’origine écossaise, mais c’est pourtant un personnage allemand qui l’a rendu célèbre. Bernhard Gunther est un policier berlinois qui perd son travail lorsque le parti nazi arrive au pouvoir. Devenu détective privé, son talent et sa perspicacité vont attirer l’attention sur lui au point qu’il va devoir endosser l’uniforme SS et travailler pour des membres éminents du parti tel que Heydrich ou Goebbels. Foncièrement antinazi, il traverse la Seconde Guerre Mondiale avec plus ou moins de difficultés, les déboires étant encore pire lorsqu’il devient recherché en tant qu’ancien membre actif de la SS. Kerr a créé un personnage qui résume à lui seul toute l’ambiguïté de cette période : un Allemand qui désapprouve le régime nazi fait mais est contraint de vivre avec, et surtout de travailler pour ce régime, sous peine d’en perdre la vie. Dans un autre contexte, ce personnage pourrait être une sorte de San Antonio pour le côté irrévérencieux ou Philip Marlow au niveau du cynisme et du pessimisme. Ce qui apporte une dimension complémentaire à Bernie Gunther, c’est l’époque dans laquelle il évolue.

Un univers travaillé…

Dans Bleu de Prusse, Philip Kerr raconte deux histoires à deux époques différentes : quelques mois avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, et l’après-guerre de 1956. Il cite également régulièrement la Première Guerre Mondiale, notamment via des rappels des tranchées, Gunther ayant combattu pendant cette période. Et il est évident que rien n’est laissé au hasard : Kerr est une mine d’informations formidable, notamment concernant tous les détails sur les différentes factions de police au sein du Reich hitlérien et les guerres de pouvoir menées par les dirigeants. Sans tomber dans le trop plein, l’auteur réussit très bien à donner une vision historique, documentée mais pas du tout rébarbative. La littérature sur la Seconde Guerre Mondiale est riche, mais cela ne prend jamais le pas sur la dimension policière et le suspense qui en découle.

…mais quelques longueurs

Les deux époques et histoires de Bleu de Prusse n’ont pas vraiment de liens, elles sont racontées en une fois mais auraient très bien pu faire l’objet de deux livres séparés. Néanmoins, comme elles sont sur une structure hétérogène (fuite pour survivre en 1956 et enquête en 1939), elles n’apparaissent pas redondantes. On peut tout de même regretter certains passages qui semblent un peu longs : le livre est très riche et il aurait peut-être fallu abréger voire couper certaines parties, à défaut de scinder le roman en deux tomes distincts.

Quoi qu’il en soit, Philip Kerr a créé une véritable saga avec Bernie Gunther que l’on prend plaisir à retrouver à chaque aventure. Bleu de Prusse ne fait pas exception et l’on regrette la disparition de ce très bon auteur, qui emporte avec lui un personnage mordant et attachant.

7/10

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