[Critique] The Front Runner : Biopic politique et médiatique

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Jason Reitman
  • Avec : Hugh Jackman, Vera Farmiga, J.K. Simmons, Alfred Molina, Kaitlyn Dever, Ari Graynor...
  • Distributeur : Sony Pictures France
  • Genre : Drame, Biopic
  • Nationalité : Américain
  • Durée : 114 minutes
  • Date de sortie : 16 janvier 2019

Une histoire passionnante, mais…

Adaptation du livre All the Truth Is Out: The Week Politics Went Tabloid de Matt Bai, The Front Runner est le nouveau long-métrage de Jason Reitman (Thank You For Smoking, Juno, In The Air, Tully). Le film raconte l’histoire vraie de Gary Hart, un jeune sénateur promis au plus bel avenir, idole des votants américains et favori pour l’investiture démocrate de l’élection présidentielle de 1988. Une ascension fulgurante qui fut brutalement stoppée par la révélation d’une liaison scandaleuse avec Donna Rice. Pour la première fois de l’histoire, le journalisme politique et la presse à scandale se rejoignaient, et ont provoqué la chute d’un homme politique. Ces événements ont profondément et durablement marqué la scène politique américaine et internationale.

The Front Runner est un biopic pas comme les autres, il raconte en un film la chute d’un politique, mais aussi un tournant dans le traitement des politiques par les journaux dit “sérieux”, le tout sur une période de trois semaines décisives. L’histoire de Gary Hart a tout pour être passionnante et le scénario de Matt Bai, Jay Carson et Jason Reitman la traite de façon convenable. Il manque cependant un petit quelque chose pour que le film soit une véritable réussite. Ce que le scénario réussit, en revanche, c’est montrer la personnalité de Gary Hart. Un homme politique promit à devenir le prochain président des Etats-Unis. Il est en tête des primaires des démocrates et il fait la course en tête, devant Georges Bush Sr, dans l’élection présidentielle de 1988. L’homme veut mettre ses idées en avant et ne parle pas de sa vie personnelle. Du moins, il la met peu en avant et pour cause, il est infidèle. Un candidat intelligent, mais qui ne verra pas venir le changement, ce qui le perdra. Le traitement du personnage est excellent, et cela nous amène sur le second point crucial du film, qui est le changement médiatique de cette époque.

Un traitement insuffisant

image hugh jackman the front runner

Plus que la chute d’un homme, le changement radical qui s’opère durant l’élection de 1988 est médiatique. Le scénario montre bien ce changement au travers des points de vue de deux journalistes, A.J Parker (très bon Mamoudou Athie) et Bob Martindale (Kevin Pollack). Ceux-ci sont sérieux et travaillent pour les très respectueux Washington Post et Miami Herald. En découvrant l’infidélité  de Gary Hart, ils se posent une question éthique : faut-il en parler ? Il faut savoir qu’avant cette élection, les indiscrétions de la vie personnelle des hommes politiques étaient passées sous silence par les médias “sérieux” et étaient l’apanage des journaux à scandales. D’ailleurs, le personnage de Bob Martindale n’hésitera pas à utiliser les méthodes de ces derniers pour arriver à ses fins.

Et c’est là que se situe le problème de The Front Runner : même si le scénario nous montre bien le changement, avec quelques légers rappels par rapport à l’époque actuelle (via quelques lignes de dialogues), cela ne va jamais plus loin. Jason Reitman nous avait habitués à mieux — on pense à l’excellente satire sur les lobbies qu’est Thank You For Smoking. On sent clairement que le réalisateur s’est retenu et ne fait que montrer. Et c’est bien dommage car l’histoire permettait clairement de faire un constat ou un parallèle clair avec notre époque. Enfin, ultime défaut : si le film essaie d’injecter — bien que très peu — de l’humour, celui-ci ne fait quasiment jamais mouche.

De bonnes prestations

image jason reitman the front runner

Et c’est bien dommage, car la réalisation de Jason Reitman est plutôt bonne. Outre un plan séquence à la grue réussi pour la scène d’ouverture, le réalisateur passe aisément entre les points de vue des différents personnages, tout en insufflant un bon rythme général — mais avec quelques légères longueurs au milieu du film — au long-métrage avec un montage assez dynamique, mais prenant parfois son temps sur certaines scènes importantes. Les quasi deux heures de durée passent assez rapidement. Il est bien aidé par l’excellente reconstitution des années 80, costumes et décors, et la photo réaliste d’Eric Steelberg (TullyBaywatch- Alerte à Malibu).

Côté casting, c’est du tout bon. Hugh Jackman (LoganThe Greatest Showman) offre une belle prestation, sérieuse, dans le rôle de Gary Hart. Vera Farmiga (Conjuring: Les Dossiers Warren) est excellente en Lee Hart. J.K. Simmons (Justice League) est toujours sérieux. Le casting est complété par les bonnes performances d’Alfred Molina (Message From The King), Kaitlyn Dever, Ari Graynor, Molly Ephraim et Sara Paxton.

Historiquement passionnant, avec une bonne réalisation et de jolies prestations, The Front Runner avait tout pour être un excellent film, mais échoue malheureusement dans le traitement de son sujet. Dommage, car le potentiel était là.

6/10

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