[Critique] The Surface Breaks — Louise O’Neill

Caractéristiques

  • Auteur : Louise O'Neill
  • Editeur : Scholastic
  • Date de sortie en librairies : 3 mai 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 320
  • Prix : 12,49€
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Une réécriture bien loin de la naïveté de Disney

Quatrième roman de l’Irlandaise Louise O’Neill, The Surface Breaks se distingue dès le premier coup d’oeil par sa superbe couverture au design particulièrement soigné, qui nous donne envie de plonger dans les profondeurs de l’océan aux côtés de cette jolie petite sirène ressemblant étrangement à Ariel du dessin animé des studios Disney. Cela n’est évidemment pas un hasard, puisque l’histoire se présente comme une réécriture du conte d’Andersen, sur lequel était (très librement) basé le dessin de notre enfance.

Jouant avec l’image que nous avons gardée du conte, l’auteure commence ainsi par décrire le palais du Roi de la Mer de manière à ce qu’il corresponde quasiment en tous points à ce que nous pouvions voir dans le dessin animé : un palais de corail, et d’immenses coquillages abritant des hommes-poissons. Quant à notre héroïne, Gaia, sa chevelure est rousse et sa queue verte, et sa voix est sans égale dès lors qu’elle se met à chanter. Par ailleurs, comme le film de 1989, l’histoire commence au moment de son 16e anniversaire, alors que son père organise une grande fête en son honneur en compagnie de ses sœurs. La mise en place est ainsi faite pour que nous ayons en tête ces images-là, afin de renforcer le choc de ce qui va suivre.

Un récit faussement naïf

Car The Surface Breaks n’a rien du gentil conte pour enfants (la mise en garde à l’arrière du livre n’est pas là pour rien), et tout à voir avec une version féministe où la condition des femmes est traitée de manière frontale, de même que la découverte du désir. Alors certes, Louise O’Neill fait en sorte de conserver la forme du conte et, par la même occasion, une certaine simplicité dans la narration qui pourrait passer pour de la naïveté afin de respecter la tradition, mais, sous la surface, cette réécriture est pleine de révolte et de colère, et possède une dimension volontairement sombre.

Ainsi, le Roi de la Mer est la figure même du tyran, exerçant un contrôle absolu sur ses filles et ses sujets, qu’il n’hésite pas à exiler aux marges de la société s’ils ne correspondent pas à ses critères de normalité. La mère de Gaia a été capturée par les hommes lorsqu’elle était bébé et on lui a toujours dit qu’elle avait trahi sa famille en voulant se rapprocher de la terre ferme. Mais, bien évidemment, alors qu’elle est destinée à épouser un vieil homme libidineux, la jeune sirène elle-même ressent une véritable fascination pour le monde des hommes dont elle collectionne les objets et, lors de sa première visite à la surface, elle tombe amoureuse d’un jeune homme, Oliver, pour lequel elle n’hésitera pas à conclure un terrible pacte avec la Sorcière de la Mer afin qu’elle lui donne des jambes.

Comme l’on peut s’en rendre compte avec ce résumé, Louise O’Neill se base clairement sur le conte d’Andersen et, par la suite, elle en respectera les grandes lignes, jusqu’à la toute fin, en étoffant surtout l’ensemble avec une mythologie qui lui est propre et qui vient apporter une dimension féministe au roman. Le principal apport passe par l’histoire particulière des Salkas, ces sirènes démoniaques qui sont en réalité d’anciennes femmes ayant été déçues par les hommes et qui ont été condamnées à cette forme après s’être suicidées, leurs corps tombant dans l’eau, auprès de la Sorcière de la Mer, Ceto. Si l’on pourrait éventuellement reprocher à Louise O’Neill la dépiction un peu trop démoniaque et sans nuances du père de Gaia, la mythologie autour des Salkas est vraiment intéressante et apporte de la force au récit.

Une lecture féministe du conte d’Andersen

Elle permet également une lecture féministe assez pertinente qui reflète la condition de la femme dans notre société, avec ses luttes et ses paradoxes. Ainsi si, très clairement, le Roi de la Mer symbolise la société patriarcale dans ce qu’elle a de pire (contrôle, infantilisation, mariages forcés, intolérance, guerre et j’en passe), les Salkas représentent quant à elles ces féministes extrémistes qui ont fini par rejeter les hommes et les combattent ardemment. Sauf que… sans jamais présenter leur sort comme une solution (au contraire), Louise O’Neill fait en sorte que Gaia comprenne peu à peu comment elles en sont arrivées là. Blessées, violentées, traumatisées, ces femmes ont fini par montrer les dents (après avoir retourné la violence contre elles-mêmes) par désespoir de cause.

Il y a ainsi beaucoup de colère et de désespoir qui se dégage de The Surface Breaks et, si la narration est un peu tiède au début, l’évolution psychologique de l’héroïne est particulièrement réussie, et la fin, puissante, transcende celle d’Andersen. Voilà, dans la catégorie Young Adult, un récit initiatique qui mérite d’être lu.

Note de la rédaction : nous avons lu ce roman en anglais. Aucune traduction française n’est pour le moment disponible.

7/10

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