[Critique] Terminus Berlin – Edgar Hilsenrath

Caractéristiques

  • Auteur : Edgar Hilsenrath
  • Editeur : Le Tripode
  • Date de sortie en librairies : 14 février 2019
  • Format numérique disponible : Non
  • Prix : 19€
  • Acheter : Cliquez ici

Le retour au pays

Edgar Hilsenrath, qui nous a quittés le 30 décembre dernier, est connu comme l’un des écrivains de la Shoah. On retrouve un peu de lui dans chacun de ses romans qui relatent le plus souvent des périodes de sa vie. Avec Terminus Berlin aux éditions Le Tripode (L’amour est une maladie ordinaire, Les aventures de Ruben Jablonski…)  il achève son œuvre : ce livre autobiographique débute lors de son retour en Allemagne au début des années 90 et raconte la fin d’un exil forcé par les nazis. Comment l’auteur a-t-il mis le point final à cette série atypique ? Comment clôturer une œuvre aussi dense ?

Joseph Leschinsky dit Lesche vit aux Etats-Unis depuis les années 50. Las de ce pays qu’il n’a jamais aimé, il décide de rentrer en Allemagne, pays de son enfance jusqu’à l’arrivée des nazis au pouvoir. Cet écrivain juif, qui a survécu à la Seconde Guerre Mondiale, a toujours écrit en allemand et il a besoin de retrouver cette langue pour pouvoir continuer à écrire. Contre l’avis de ses amis, il part donc à Berlin, ville cosmopolite où le mur vient de tomber, et dont les habitants réapprennent à vivre ensemble. Alors qu’il redécouvre l’Allemagne, Lesche se trouve confronté à un peuple partagé entre la repentance et la haine persistante du juif. Alors qu’il tente d’écrire un roman sur le génocide arménien, il essaye en parallèle de trouver une maison d’édition pour ses précédents romans. Lesche garde également son âme de séducteur et rencontre différentes femmes jusqu’à Anahid, belle jeune femme arménienne qui le conforte dans sa volonté d’écrire sur l’Arménie. Tout au long de son installation, notre héros n’aura de cesse de se remémorer ce qu’il a vécu pendant la guerre, au point que son quotidien finira par s’entremêler avec son passé…

Quand autobiographie et fiction se mélangent

Edgar Hilsenrath s’est fait connaître pour son écriture satyrique sur le thème délicat de la Seconde Guerre Mondiale. Tous ses livres, à l’exception du Conte pour la pensée dernière, ont pour personnage principal un double de l’auteur et racontent un pan, romancé, de sa vie. Ici encore Lesche est un ersatz de Hilsenrath, écrivain dont le besoin de retour aux racines est presque vital. Terminus Berlin change de temporalité : si Hilsenrath est rentré en Allemagne au milieu des années 70, Lesche le fait juste après la chute du mur de Berlin. De plus, il a terminé ce roman en 2006, ce qui explique que certains thèmes comme la montée du néo-nazisme soient omniprésents, de même que son passé pendant la guerre est décimé tout au long du livre.

L’écriture comme thérapie

Hilsenrath s’est fait connaître comme un écrivain atypique, qui a mêlé la Shoah à une écriture caustique en décalage avec la gravité de son thème. On sent chez l’auteur une volonté de désacraliser cette période et son expérience : ayant vécu directement la guerre, les pogroms, les camps de concentration, il en a gardé une marque profonde. Via l’écriture de ses romans, Edgar Hilsenrath a fait une sorte de thérapie pour lui permettre non seulement de vivre avec son passé, mais aussi pour effectuer un travail sur la mémoire de l’Histoire. Sans complaisance, crûment et avec férocité, Hilsenrath a écrit son vécu et cela n’a pas toujours été bien accueilli. Il a fallu des années avant que ses premiers romans ne soient publiés en Allemagne, alors qu’ils ont été écrits en allemand.

Si certains le décrivent comme un enfant de Primo Levi et de Charles Bukowski, Edgar Hilsenrath est un auteur à part, capable de mêler sexualité et mort, tragédie et humour. Son style détonnant reste à ce jour inégalé et Terminus Berlin en est un nouvel exemple. Dernier ouvrage de l’auteur, il achève parfaitement la création de toute sa vie et, par ses livres, son héritage.

7/10

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