[Critique] Matrix Resurrections : Un bon retour dans la Matrice ?

Caractéristiques

  • Titre original : The Matrix Resurrections
  • Réalisateur(s) : Lana Wachowski
  • Avec : Keanu Reeves, Carrie-Anne Moss, Jada Pinkett Smith, Lambert Wilson, Daniel Bernhardt, Priyanka Chopra Jonas, Jessica Henwick, Neil Patrick Harris, Toby Onwumere, Jonathan Groff, Christina Ricci et Yahya Abdul-Mateen II
  • Distributeur : Warner Bros France
  • Genre : Science fiction, Action
  • Pays : Américain
  • Durée : 148 minutes
  • Date de sortie : 22 décembre 2021

Une vraie suite

L’Oracle avait dit à la fin de Matrix Revolutions que l’on reverrait Néo et il aura fallu attendre dix-huit années pour avoir le nouveau chapitre de la saga Matrix. Pendant ce temps là, les frères Wachowski sont devenus des femmes et leur cinéma a évolué, que ce soit avec le génial Cloud Atlas, le sous-estimé Speed Racer et le très critiquable Jupiter : Le Destin de l’univers. Elles se sont aussi essayé à la série TV avec l’excellente Sense 8. Après tout ce temps, Lana (sans Lilly) revient à la matrice avec Matrix Resurrections. Verdict ?

Le scénario écrit par Lana et les écrivains Aleksandar Hemon et David Mitchell (Cloud Atlas) nous replonge dans l’univers que l’on a quitté il y a bientôt deux décennies. Tout a bien changé – évidemment, nous ne dirons rien de plus car cela pourrait spoiler le film. Tout ce que nous pouvons vous dire, c’est qu’il s’agit là d’une vraie suite à la trilogie et pas d’un reboot déguisé en suite comme nous avons pu le voir avec d’autres films ces derniers temps (SOS Fantômes : l’Héritage ou Candyman, par exemple).

Le prétexte est trouvé grâce au métier qu’exerce Néo depuis qu’il a été réintégré dans la Matrice et c’est extrêmement bien trouvé. Si vous n’avez pas vu la trilogie ou que vous ne l’avez pas bien en tête, le visionnage du film risque clairement d’être difficile. Alors oui, il y a des rappels, voire des scènes miroirs,  surtout en référence au premier film mais aussi, dans une moindre mesure, à toute la trilogie voire même au jeu Matrix Online (on vous conseille de lire l’histoire de celui-ci si vous n’y avez jamais joué). Ces rappels sont là pour nous montrer tout le chemin parcouru depuis et les changements opérés. Le résultat est une œuvre complètement méta.

Un film complètement méta et d’actualité

image carrie ann moss matrix resurrections

Le film est aussi d’actualité car il critique très clairement le contrôle qu’exercent les médias sur nous et la boucle dans laquelle nous sommes enfermés chaque jour avec la répétition “métro, boulot, dodo”. Là aussi, c’est très bien fait. Si les agents incarnaient le contrôle dans la trilogie, ici ce n’est plus le cas. La population générale, qu’on pourrait voir comme des bots, représentent le contrôle. C’est vraiment intelligent. Matrix Resurrections est aussi un film sur l’amour entre deux êtres, Trinity et Néo, et le pouvoir de celui-ci. Un film complètement romantique dont le retournement final est bien trouvé et complètement d’actualité mais qui en déstabilisera plus d’un.

Comme pour la trilogie, le choix ou l’illusion du choix est aussi important ici. Cela est abordé par le personnage de l’Analyste qui, lui, nous réserve quelques surprises. Immanquablement, certains trouveront aussi que quelques thèmes abordés font écho au changement de sexe de Lana Wachowski. Cela reste en filigrane dans le film, mais cet aspect est bien présent. Le cinéma des Wachowski a toujours été personnel et c’est évidemment le cas ici aussi. On pourra aussi dire que, de ce côté-là, le scénario ne penche pas vers la nostalgie et même au contraire qu’il critique la trilogie de façon astucieuse, comme si la réalisatrice faisait le point sur sa carrière.

Un univers développé

image keanu reeves matrix resurrections

Assurément, si l’on parle de vraie suite, c’est que l’univers dans lequel évolue les personnages a aussi évolué. Oui, nous retrouvons d’anciens personnages de la trilogie. Certains vous surprendront très clairement, car un nombre d’années conséquentes est passé dans cet univers et il a bien changé. Et Lana, Hemon et Mitchell l’ont très bien développé. On sent clairement qu’ils n’ont pas voulu nous servir du réchauffé et, là encore, ce n’est pas plus mal. Matrix Resurrections prend le difficile parti et le pari de ne pas tomber dans la facilité. C’est assurément quelque chose d’assez rafraîchissant dans le monde du blockbuster.

Mais tous les voyants ne sont pas au vert. Si nous louons la réalisation de Lana Wachowski sur la plupart des scènes, avec une lumière assez naturelle pour certains plans (qui sont vraiment magnifiques) et l’utilisation de certaines couleurs comme le bleu qui signifie le contrôle, nous avons eu plus de mal concernant la réalisation des scènes d’action, qui sont beaucoup moins lisibles que dans la trilogie.

Ce style plus organique convient parfaitement au style du film en général, mais moins aux combats et aux fusillades. C’est le seul gros point noir du film.

Une belle réalisation, sauf pour les scènes d’action

image neil patrick harris matrix resurrections

Pour le reste, le montage est assez fluide, même si Matrix Resurrections met du temps à démarrer. Mais, une fois le film véritablement lancé, les 2h28 passent assez facilement. Pour la musique, Don Davis laisse sa place pour ce quatrième opus à Johnny Klimek et Tom Tykwer, qui ont composé la musique de Cloud Atlas (Tykwer a aussi co-réalisé ce film avec les Wachowski). Ce score reprend quelques thèmes de la trilogie, mais en apporte beaucoup de nouveaux. Le nouveau thème de Trinity et Néo est vraiment beau et l’ambiance générale correspond bien au film. Les effets spéciaux sont aussi très réussis. Quand on est dans la matrice, les images semblent réelles, mais on sent qu’il y a quelque chose qui cloche… De ce côté, c’est assez intelligent et vraiment bien fait.

Du côté du casting, Keanu Reeves et Carrie-Anne Moss connaissent parfaitement leurs personnages. On sent clairement qu’ils ont pris du plaisir à revenir dans cet univers. Jada Pinkett Smith, Lambert Wilson et Daniel Bernhardt reprennent aussi les rôles qu’ils interprétaient dans la trilogie. Il est aussi intéressant de voir ce qu’ils ont fait des rôles de Niobe, le Mérovingien et de l’agent Johnson. Priyanka Chopra Jonas, Jessica Henwick, Neil Patrick Harris, Toby Onwumere, Jonathan Groff, Christina Ricci et Yahya Abdul-Mateen II complètent le casting, mais nous ne révélerons rien de leurs rôles. Nous dirons simplement qu’ils représentent tous des ajouts vraiment intelligents et intéressants.

Matrix Resurrections est donc un long-métrage captivant, brillant, ambitieux dans sa narration, complètement méta et d’actualité qui prend des risques. Les fans seront ravis. Si nouvelle trilogie il y a – on l’espère vraiment car il y a des storylines intéressantes qui peuvent être développées – et si les autres volets sont de même qualité, voire encore meilleurs, on est très clairement preneurs. Le cinéma de Lana Wachowski évolue et prend une belle tournure. En tout cas, comme pour Matrix Reloaded et Matrix Revolutions, le film va diviser et ce n’est pas plus mal.

Pour accompagner la vision du film, nous vous conseillons de lire l’excellent ouvrage du Ciné-club de Monsieur Bobine, L’œuvre des Wachowski, La matrice d’un art social (Third Éditions), dont vous lirez la critique sur le site.

9/10

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