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[Critique] La promesse américaine – Samuel Corvair

Caractéristiques

  • Titre : La promesse américaine
  • Auteur : Samuel Corvair
  • Editeur : Plon
  • Date de sortie en librairies : 25 août 2022
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 340
  • Prix : 19,90 euros
  • Acheter : Cliquez ici
  • Note : 8/10

Un point de vue français sur le rêve américain

Premier roman du diplomate et musicien Samuel Corvair, La promesse américaine offre une vision personnelle du mythe américain et donne à voir au lecteur la manière dont l’imaginaire de ce pays alimente beaucoup de fantasmes en France, malgré le regard critique que l’Hexagone a toujours porté sur cette culture. Pour cela, l’auteur a fait le choix de nous raconter son histoire d’amour et de vengeance bigger than life à travers le regard de son héros, Dag, un jeune Français qui rêve d’Amérique et tombe sous le charme d’une jeune femme un peu paumée d’origine amérindienne et qui devient à ses yeux la vivante incarnation de ce pays et de ses nombreux paradoxes.

En courant après la demoiselle, qu’il suit en Californie, c’est donc après le rêve américain et tout ce qu’il peut véhiculer que Dag court. Tout cela tient-il de l’illusion, d’une chimère ? Notre héros ne risque-t-il pas de s’abîmer à poursuivre Joyce, personnage mi-femme fatale mi-femme enfant ? Ou bien leur amour mérite-t-il tous les sacrifices ?

Un condensé de l’histoire et de l’imaginaire américains

Difficile d’évoquer une œuvre telle que La promesse américaine sans trop en révéler sur les nombreux rebondissements de l’intrigue ni en déflorer le mystère. Ce que nous pouvons en tout cas dire en préambule, c’est que la première chose qui impressionne en refermant le livre est la manière dont Samuel Corvair (qui vit lui-même aux Etats-Unis) a réussi à condenser beaucoup d’éléments de l’imaginaire, de la culture et de l’histoire américaine à travers l’histoire d’amour de Dag et Joyce, le tout en apportant un souffle lyrique et tragique qui prend progressivement de l’essor. L’action se déroule sur une trentaine d’années, de la fin des années 80 à nos jours, ce qui est (notamment) l’occasion de revenir sur la culture des années 90, qui connaît un regain d’intérêt depuis quelques années.

Les personnages de Warren (ex-petit-ami de Joyce et ancien membre de gang) et Joyce pourraient ainsi très bien sortir directement d’un film d’auteur indé à la Larry Clark ou d’une chanson de Lana Del Rey, artiste qui revendique clairement son amour pour cette décennie et dont l’œuvre n’a eu de cesse d’explorer le mythe américain et ses faux semblants tout en le perpétuant. Joyce incarne en tout cas à merveille ces figures féminines ambivalentes qui imprègnent la littérature comme le cinéma américains : forte et fragile à la fois, paumée mais intelligente et sincère, elle déroute autant le lecteur que le héros et s’avère être un très beau personnage, développé de manière crédible.

Le sort des amérindiens mais aussi (de manière un peu plus marquée), l’impact de la guerre du Vietnam, de la guerre d’Algérie (pour le côté français), l’administration Bush et, bien évidemment, l’élection de Donald Trump sont également évoqués à travers l’intrigue, et ce toujours de manière pertinente. Ces éléments historiques et politiques servent de sous-texte et viennent éclairer le parcours de chacun des personnages, y compris les parents de Joyce et le père de Dag, plus secondaires mais importants. La manière dont la petite et la grande histoire se mêlent est d’une belle fluidité – à l’image du style de l’auteur – et contribue grandement au plaisir pris à la lecture.

Un premier roman porté par un véritable souffle

L’histoire de Dag et Joyce émeut car elle incarne la rencontre entre deux imaginaires et l’histoire de deux continents qui se percutent pour le pire, mais aussi le meilleur. L’espoir d’une vie meilleure, l’envie d’accomplir ses rêves d’enfant, la soif d’absolu, la difficulté de faire face à la réalité une fois que le voile des illusions se déchire, le besoin de protéger les siens, la tentation de se faire justice soi-même lorsque les autorités font défaut… Toutes ces thématiques se rencontrent au sein d’un récit oscillant entre la chronique d’une immigration voulue, l’histoire d’amour fou, le thriller noir et la critique politique et sociale portée par un point de vue transatlantique. Le tout saupoudré d’une pincée de Crime et châtiment (référence avouée de Samuel Corvair) dans le dernier tiers du livre.

Et si, au final, ce roman français sur un certain rêve d’Amérique nous convainc autant, c’est qu’il est porté par une vision sincère et surtout construit avec une maîtrise et un souffle dramaturgique qui forcent le respect. L’une des très belles surprises de cette rentrée littéraire 2022, que nous ne saurions que trop vous conseiller.

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Cécile Desbrun est une auteure spécialisée dans la culture et plus particulièrement le cinéma, la musique, la littérature et les figures féminines au sein des œuvres de fiction. Elle crée Culturellement Vôtre en 2009 et participe à plusieurs publications en ligne au fil des ans. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'œuvre de David Lynch. Elle est également la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.

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