[Critique] Le Garçon éternel – Jérôme Loubry

Caractéristiques

  • Titre : Le Garçon éternel
  • Auteur : Jérôme Loubry
  • Editeur : Calmann-Levy
  • Collection : Suspense et Crime
  • Date de sortie en librairies : 2 janvier 2026
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 486
  • Prix : 21,90 euros
  • Acheter : Cliquez ici
  • Note : 8/10

Depuis son premier roman, Les Chiens de Détroit (2017), Jérôme Loubry s’est imposé avec une remarquable régularité, s’affirmant comme l’un des auteurs de polar français les plus reconnus de sa génération. Les Refuges – multi-primé –, Le Douzième Chapitre ou encore L’Île ont contribué à installer sa signature : une écriture élégante et un sens aigu du mystère. Avec Le Garçon éternel, publié en ce mois de janvier 2026 aux éditions Calmann-Lévy Noir, Jérôme Loubry nous entraine au cœur des bois, là où les légendes ne dorment jamais.

Enquête, mystère et folklore local

Le roman s’ouvre sur la découverte du corps mutilé d’une femme, retrouvé par deux adolescents venus filmer leur virée nocturne en forêt. L’enquêtrice Manon Rousseau et son collègue Salim sont rapidement dépêchés sur place, confrontés à une scène qui évoque une mise en scène volontaire, presque cérémonielle. En parallèle, le récit suit Cédric, journaliste fragilisé par la disparition soudaine de sa femme, Laura. Convaincu qu’elle ne l’a pas quitté de son plein gré, il vit dans l’attente d’un signe, jusqu’au jour où un message anonyme vient ébranler toutes ses certitudes. Cédric accepte alors une mission pour le moins singulière : retranscrire les enregistrements d’un vieil homme, consacrés à la vie d’une mère et de son fils à la fin des années 1950…

Sans jamais basculer dans le fantastique, Jérôme Loubry exploite pleinement la puissance d’un décor chargé de mystère : une forêt où planerait la menace d’un être surnommé « le Garçon éternel ». Le romancier fait ainsi dialoguer les légendes locales et la réalité crue d’un meurtre méthodiquement orchestré, réfléchi et particulièrement retors. Corps difficilement identifiable, disparition inexpliquée, récits du passé qui refont surface… Tous les éléments convergent pour installer une atmosphère oppressante et tendue. Quant au dispositif narratif, fondé sur l’alternance entre présent et années 1950, il entretient savamment l’incertitude : quel lien unit les témoignages enregistrés au crime du présent ? Le passé serait-il la clé d’un mystère bien contemporain ?

Une tension narrative savamment orchestrée

Sans jamais sacrifier le style à l’efficacité, Jérôme Loubry déploie une écriture élégante et immersive, au service d’un récit résolument tourné vers la progression de l’intrigue. Les chapitres courts imposent un rythme soutenu et entretiennent cette envie constante de poursuivre la lecture, d’anticiper ce qui se trame en coulisses. À mesure que l’enquête se précise, le suspense s’intensifie jusqu’à un point culminant patiemment construit. Si certaines révélations finales peuvent sembler prévisibles, elles conservent néanmoins leur efficacité, précisément parce qu’elles ont été préparées en amont par un semis d’indices soigneusement dosé.

Comme souvent chez Jérôme Loubry, la temporalité occupe une place centrale. Le roman repose sur un double mouvement : l’enquête contemporaine et les souvenirs consignés d’une famille à la fin des années 1950. Ce va-et-vient constant instaure une tension continue. Chaque fragment du passé paraît porteur d’une vérité essentielle pour le présent, sans jamais la livrer totalement. Le lecteur est ainsi entraîné dans un jeu de piste maîtrisé. Suffisamment d’éléments lui sont offerts pour nourrir ses hypothèses, mais jamais assez pour résoudre l’énigme avant l’heure.

Polyphonie et intériorité

Jérôme Loubry construit son roman autour d’une polyphonie maîtrisée, reposant sur l’alternance de trois points de vue distincts. Celui de Cédric, tout d’abord, suivi par celui de Manon et Salim – duo d’enquêteurs dont la relation professionnelle laisse affleurer une réelle complicité – et enfin la voix venue du passé, contenue dans les enregistrements audios. Loin de se juxtaposer artificiellement, ces strates narratives se répondent et se complètent, jusqu’à converger peu à peu. Les fragments épars du récit gagnent alors en lisibilité, révélant une cohérence qui ne s’impose pleinement qu’à l’approche du dénouement. La relation amicale entre les deux policiers, esquissée avec sobriété mais sincérité, s’avère particulièrement convaincante et donne au binôme une épaisseur suffisante pour susciter l’envie de les retrouver.

Au-delà de son intrigue, Le Garçon éternel se distingue en effet par une véritable attention portée à l’intériorité de ses personnages. Tous sont traversés par des blessures anciennes ou des traumatismes latents, et le roman aborde sans détour des thématiques sensibles comme la santé mentale ou les violences conjugales, sans jamais céder à la surenchère ni au pathos excessif. Cette dimension humaine, perceptible dès les premières pages, permet au récit de dépasser le cadre strict du thriller pour s’attacher aux fragilités intimes et aux failles psychologiques de ses protagonistes.

Avec Le Garçon éternel, Jérôme Loubry signe donc un thriller solide, construit autour d’une mécanique narrative efficace et d’une tension parfaitement entretenue. Servi par une écriture maîtrisée et par une exploration nuancée de ses personnages, le roman confirme la place de l’auteur parmi les valeurs sûres du polar contemporain.

Article écrit par

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucie Lesourd aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles. Depuis, elle est également devenue une (excellente) critique de cinéma et parle régulièrement de cinéma de genre (avec une prédilection pour les films d’horreur) et de cinéma d’auteur.

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