
2025 : la mauvaise santé du cinéma
Si 2024 avait un bon cru autant pour le cinéma français qu’international, 2025 aura été le contraire. La fréquentation des cinémas en France a baissé de 13% par rapport à l’année précédente. Et si en 2024 nous avons eu quelques beaux succès français au box-office avec Le Comte de Monte-Cristo, Un petit truc en plus et L’Amour Ouf, ça n’a pas été le cas cette année. Le seul film français qui se retrouve dans le top 10, à la sixième place, du box-office français cette année est God Save the Tuche. Pour dire… Le reste du box-office est donc dominé par des blockbusters, mais pas de films de super-héros qui, cette année, ont été assez boudés par les spectateurs, que ce soit en France et à l’international. Le seul film de super-héros à avoir tiré son épingle du jeu est le Superman de James Gunn. Et donc, en France, nous avons Zootopie 2, Avatar : De Feu et de Cendres, Lilo & Stitch, F1 Le Film, Jurassic World : Renaissance, Minecraft, Le Film, Dragons, Mission: Impossible : The Final Reckoning et Conjuring : L’heure du Jugement.
Le box-office mondial aura vu un film d’animation chinois, Ne Zha 2, faire plus de 2,15 milliards de dollars au box-office mondial, doublant tous les blockbusters américains et Demon Slayer : La forteresse infinie faire un carton en étant le 7ème plus gros succès de l’année. Mais surtout, beaucoup de blockbusters américains se sont plantés, comme les trois films Marvel sortis cette année ou encore Wicked : Partie 2, qui n’a pas réussi à réitérer le succès du premier opus.
Nous vous proposons donc de découvrir ci-dessous le Top 10 de la rédaction, établi à partir des plus hautes moyennes pour les films notés par 3 rédacteurs minimum.
Et, parce que Culturellement Vôtre c’est aussi des univers différents et des personnalités marquées au sein de notre équipe (et parce que nous n’avons pas tous vu les mêmes films non plus !), ce classement général est suivi d’une grille des notations pour les films notés par deux rédacteurs minimum, et du Top/Flop 2025 commenté de chacun.
Bonne lecture ! Nous vous souhaitons de belles découvertes cinématographiques en 2026 ! N’hésitez pas à nous partager vos coups de cœur et déceptions de l’année en commentaires.

Le Top de la rédaction
- 1. Ex aequo : Bugonia de Yorgos Lanthimos, Eddington de Ari Aster et Dossier 137 de Dominik Moll (moyenne de 4/5, 3 notes)
- 2. F1 de Joseph Kosinski (3,83/5, 3 notes)
- 3. Ex aequo : La chambre d’à côté de Pedro Almodóvar, The Brutalist de Brady Corbet & Good Boy de Ben Leonberg (3,67/5, 3 notes)
- 4. Superman de James Gunn (3,63/5, 4 notes)
- 5. Ex aequo : Partir un jour d’Amélie Bonnin, Un simple accident de Jafar Panahi et Dragons de Dean DeBlois (3,5/5, 3 notes)
- 6. Evanouis de Zach Cregger (3,38/5, 4 notes)
Le Flop de la rédaction
- Le grand déplacement de Jean-Pascal Zadi (moyenne de 2/5, 3 notes)
- Souviens-toi… l’été dernier de Jennifer Kaytin Robinson (2,13/5, 4 notes)
- Ex aequo : 28 ans plus tard de Danny Boyle et The Monkey d’Oz Perkins (2,33/5, 3 notes)
- Piégé de David Yarovesky (2,66/5, 3 notes)
- Ex aequo : Lilo & Stitch de Dean Fleischer Camp et Until Dawn : La mort sans fin de David F. Sandberg (2,67/5, 3 notes)
- La nuit des clowns de Eli Craig (2,83/5, 3 notes)
La grille des notes de la rédaction
Découvrez les notes des rédacteurs pour tous les films vus par au moins 2 membres de la rédaction.


Le Top/Flop de Guillaume Creis
Top sans ordre particulier
- Un Simple Accident
- Une Bataille après l’autre
- Life of Chuck
- Sinners
- Ne Zha 2
- F1 Le Film
- On Ira
- A Normal Family de Hur Jin-ho
- La Petite Dernière de Hafsia Herzi
- Eddington
Comparé à l’année dernière, le top de 2025 a été assez facile à faire. On commence avec la Palme d’Or 2025, Un Simple Accident de Jafar Panahi. Le réalisateur livre une œuvre forte sur le cycle de la violence, où les victimes, confrontées à leur tortionnaire présumé, risquent de devenir à leur tour les bourreaux qu’elles dénoncent. Un nouveau film de Paul Thomas Anderson est toujours un évènement et avec Une Bataille après l’autre, le cinéaste livre un thriller haletant autant qu’une comédie subtile, abordant avec pertinence des thèmes de société, servi par une mise en scène solide et des acteurs au sommet, avec une mention spéciale pour Sean Penn. Sûrement mon gros coup de cœur de cette année : Life of Chuck. Une petite pépite, une œuvre rare à la narration singulière et maîtrisée, servie par une mise en scène brillante et un casting irréprochable. Mike Flanagan signe ici un film profondément humain, poétique, lumineux, émouvant et sensoriel. Sinners est autant un divertissement maîtrisé, un film d’horreur de vampires à la métaphore simple et efficace qui reste terriblement actuelle, même si le Ryan Coogler convoque un peu trop de choses, parfois à la limite de l’indigestion. Ne Zha 2 est le plus gros succès de l’année au box office mondial et c’est une suite épique qui pousse tous les curseurs à fond, que ce soit au niveau de la narration, de l’histoire, du rythme, de l’humour, du développement des personnages ou de l’ampleur des combats. Ce film pourrait marquer un tournant dans l’histoire du cinéma d’animation. Une claque spectaculaire et audacieuse, à la hauteur de sa mythologie.
F1 Le Film n’invente rien sur le plan narratif, en reprenant une structure et des archétypes déjà bien rodés. Mais qu’importe, car l’essentiel est ailleurs : dans la sensation, la vitesse, l’adrénaline. Joseph Kosinski, après avoir conquis les cieux avec Top Gun : Maverick, dompte ici l’asphalte avec brio. On Ira est une petite réussite. On rigole, on pleure, on célèbre la vie et la fin de vie. Un premier long-métrage qui, malgré quelques défauts techniques, nous divertit tout en faisant passer un message important. Avec A Normal Family, Hur Jin-ho signe autant un thriller psychologique qu’une satire sociale pertinente. Avec la mini série Adolescence, on a sûrement là une autre oeuvre majeure sur les adolescents d’aujourd’hui. Prix d’interprétation féminin mérité au Festival de Cannes 2025 pour Nadia Melliti, La Petite Dernière d’Hafsia Herzi voit une jeune musulmane de quartier découvrir son homosexualité tout en se posant des questions sur sa foi. Un beau et sensuel long-métrage. J’aime Ari Aster et avec Eddington, il nous livre cette fois un western moderne fantasmé, parfois comique, parfois absurde avec des retournements de situations bien sentis tout en nous livrant une satire et une critique des Etats-Unis de Donald Trump. Juste génial.
Flops sans ordre particulier
- Queer
- God Save the Tuche
- Blanche-Neige
- In the Lost Lands
- Hurry Up Tomorrow
Luca Guadagnino s’enfonce de plus en plus et Queer est donc une vraie déception. Un film qui manque de maîtrise dans sa narration, avec des longueurs qui nous plongent dans l’ennui. Un casting qui fait de son mieux, ainsi que quelques qualités formelles ne suffisent pas à en faire un bon film. Sûrement l’opus le plus faible de la saga, God Save the Tuche emmène la chère famille en Angleterre. Les gags s’enchaînent, mais l’huile n’est plus aussi chaude et les frites sont moins cuites. La version live de Blanche-Neige. Ai je vraiment besoin d’en dire plus? Entre le fait d’être un mauvais film, une pure catastrophe industrielle et les polémiques qu’on engendré le film, nous avons surement là l’un des plus gros gadins de l’histoire.
Si le nouveau film de P.T Anderson est dans notre top, celui de P.W Anderson est dans nos flops avec In the Lost Lands. Adaptation d’une nouvelle de George R. R. Martin (Game of Thrones), il n’y a malheureusement rien à sauver ici, que ce soit au niveau de la réalisation, du rythme, du scénario et des interprétations de Dave Bautista et Milla Jovovich, qui n’en sont pas. Un gros nanar. Enfin, Hurry Up Tomorrow. The Weekend voulait faire un film sur la réussite et sur la crise existentielle d’une star. Ca n’est clairement pas réussi. Et pourtant, avec Jenna Ortega au casting, on aurait pu croire que le duo fonctionnerait, mais non. Et l’ennui se fait vite sentir.
Le Top/Flop de Cécile Desbrun
Top sans ordre particulier
- Arco de Ugo Bienvenu
- Babygirl
- Brief History of a Family
- Good Boy
- Kika
- Maria
- Les rêveurs
- Sorry, Baby
- La Tour de Glace
- Vie privée
Mentions spéciales : Eddington, Bugonia, La chambre d’à côté, Bridget Jones : Folle de lui , F1
Comme l’année dernière, ce top est principalement constitué de films d’auteurs et films indépendants (y compris dans le cinéma de genre). Soyons honnêtes : 2025 n’a pas été un bon cru pour le cinéma populaire et les blockbusters et, dans cette catégorie, peu de films se sont distingués à mon sens au-delà du dernier Bridget Jones, une vraie belle surprise qui m’a étonnée par sa tonalité souvent grave et mélancolique autour du deuil – mais que l’on pourrait difficilement qualifier de « blockbuster » – l’excellent F1 et, dans une moindre mesure, le sympathique Evanouis. Pour le reste, beaucoup de films se sont plantés ou ont été des déceptions ou semi-déceptions et les propositions enthousiasmantes n’étaient pas légion de manière générale.
En revanche, il y a eu de jolies surprises côté films d’auteur, qu’ils soient francophones, anglo-saxons ou autre. J’ai davantage été « picorer » à droite à gauche en fonction de mes envies cette année (et ai aussi manqué un nombre considérable de films), du coup, ce top est plus « éclaté » en termes de styles, de genres ou de nationalités de métrages que les années précédentes. On commence donc par Arco d’Ugo Bienvenu, justement récompensé au dernier Festival du Film d’Animation d’Annecy. Un film d’animation SF intelligent qui dépeint un monde futuriste dur où humains et androïdes vivent ensemble, les adultes n’hésitant pas à laisser la garde de leurs enfants à ces derniers pour aller travailler. L’arrivée d’un petit garçon du futur perdu va venir bouleverser l’existence d’une gamine délaissée par ses parents. La force de ce film français, produit par Natalie Portman, est d’explorer le genre et ses thématiques d’une manière personnelle qui pourra autant parler aux adultes qu’aux enfants à partir de 12-13 ans, avec une véritable inventivité formelle qui ne joue jamais sur l’esbroufe.
Babygirl de Halina Reijn avec Nicole Kidman (qui montre encore une fois son goût du risque) avait tout de la proposition clivante et assez limite – ce que le film est à n’en pas douter, et il ne s’agit clairement pas d’une œuvre parfaite ni d’un film destiné à faire consensus. Les réactions à sa sortie ont été assez parlantes à cet égard, car souvent très tranchées, voire dénotant une certaine gêne. Cependant, au-delà du côté provoc assumé, le film ouvre une véritable réflexion, sans réponses toutes faites, sur le désir et sa nature, la sexualité, la notion de tabou voire de honte qui peuvent parfois y être rattachés et la manière dont le fait d’accepter ou de lutter contre ses fantasmes peut avoir un impact sur la psyché et l’épanouissement de l’individu – ici, une femme quinquagénaire. Le tout sur fond de réflexion autour des rapports de force et de la déshumanisation au sein de notre société contemporaine (capitaliste) et du management des grandes entreprises faussement inclusives. Et, bien que le film possède ses défauts voire des scènes borderline qui pourraient flirter avec le ridicule, on se surprend à y penser longuement une fois sortis – et à en saisir les subtilités et nuances à rebours.
Dans un esprit quelque peu différent (le thème principal du film étant le deuil), Kika d’Alexe Poukine se penche lui aussi sur le BDSM, mais pour mieux raconter le cheminement de son héroïne, mère qui refuse de s’effondrer suite au décès brutal de son compagnon et doit trouver une solution pour assurer sa subsistance et celle de sa famille. Assistante sociale de métier, elle se retrouvera dans le milieu de la prostitution BDSM à Bruxelles, qui lui permettra, de manière inopinée, de faire face et finalement parvenir à vivre son deuil. Le sujet était casse-gueule, pourtant, le film, réalisé sans misérabilisme ni voyeurisme, fonctionne – et n’est pas dépourvu d’humour. Ce qui permet aussi de faire passer la dureté de la réalité sociale décrite. Kika n’est pas femme à se complaire dans le malheur, et les femmes qui l’accueillent à bras ouverts non plus. Et, même si le film aurait pu facilement virer dans le trash, sa grande force est d’avoir une vraie tendresse pour ses personnages et, surtout, son héroïne, qui tient coûte que coûte et devra s’effondrer (sans jamais être « mise à terre » ou rabaissée) pour mieux pouvoir se relever.
Dans le côté « portrait de femme » (catégorie qui domine ici, même si les œuvres sont très différentes les unes des autres), nous avons ensuite Maria, Les rêveurs, Sorry, Baby et Vie privée. Le film de Pablo Larrain a l’immense mérite de redonner un nouveau vrai grand rôle à la hauteur des qualités d’actrice d’Angelina Jolie, qui semblait davantage, ces dernières années, avoir vaguement cachetonné pour sa famille en acceptant un ou deux rôles de-ci de-là où l’on ne ressentait jamais l’investissement émotionnel ni l’investissement tout court (Maléfique 2, mauvais au point d’en être gênant et au sein duquel l’actrice apparaissait systématiquement isolée à l’image du reste du casting, mais aussi The Eternals). Au-delà du prestige du rôle (la diva Maria Callas), c’est surtout la manière du cinéaste chilien d’aborder la vie de l’artiste et ses fantômes au crépuscule de sa vie qui touche et émeut et le distingue du commun des biopics. On sent que le rôle est véritablement rentré en résonnance avec Jolie à ce moment de sa vie, et le résultat à l’écran est saisissant.
Sorry, Baby est une belle surprise et l’émergence d’une véritable voix d’auteur, le film étant réalisé et incarné par l’Américaine Eva Victor, qui nous propose ici un personnage mémorable, drôle, touchant et « décalé » alors même que l’on suit sa reconstruction sur plusieurs années suite à un viol. Pas de complaisance ni de misérabilisme là encore, mais beaucoup de pudeur et de tendresse pour montrer comment la vie reprend, comment l’héroïne panse ses plaies grâce aux gens qui l’entourent, et plus particulièrement sa meilleure amie. Les rêveurs d’Isabelle Carré est aussi l’histoire d’une résilience, celle de l’actrice qui passe ici pour la première fois derrière la caméra et adapte son histoire au sein d’un cadre fictif, romancé mais finalement très proche de ce qu’elle a vécu. On y suit une adolescente hypersensible qui fait une tentative de suicide suite à une déception amoureuse (dans un contexte familial tendu) et se retrouve internée avec d’autres adolescents. Elle trouvera sa planche de salut grâce au théâtre. Le film, monté en flashbacks, entre présent et passé, se penche sur un sujet tabou avec beaucoup de sensibilité et de justesse. Un premier essai aussi personnel que réussi, dont la réalisation épurée et assez classique n’empêche pas la poésie et une vraie pensée, une vraie précision dans la mise en scène. Vie privée de Rebecca Zlotowski enfin, est l’occasion de retrouver Jodie Foster dans un registre comique (mais pas que) et dans un rôle en or entièrement en français face à Daniel Auteuil. Le film, qui semblait promettre un thriller hitchcockien, part dans une toute autre direction que celle attendue mais se révèle une belle surprise, assez jubilatoire dans sa manière de jouer avec les idées autour de la psychanalyse et de mettre en scène cette thérapeute en apparence si sûre d’elle qui se retrouve face à son inconscient de manière inopinée.
Et puis il y a eu La Tour de Glace de Lucile Hadžihalilović, réinterprétation de La reine des neiges d’Andersen et troublant face à face entre une cruelle star de cinéma (Marion Cotillard) et une jeune fugueuse orpheline (Clara Pacini). Une histoire de cinéma, d’imaginaire, de désir, projections, féminité troublée, rapport à la mère et inconscient. Une proposition qui aurait pu n’être que cérébrale, mais se retrouve mise en images de manière assez vertigineuse et, surtout, véritablement incarnée par son duo/duel d’actrices de haut vol.
Un peu à part dans ce top, on trouve le thriller psychologique chinois Brief History of a Family de Jiating jianshi, dans lequel l’arrivée d’un élément « étranger » – un camarade de classe du fils unique de la famille) au sein de la cellule familiale va entraîner des perturbations et une véritable mutation au sein de ce microcosme. Le tout vu à travers le regard du fils dans le contexte de la Chine contemporaine avec ses questions autour de la famille et la natalité. Et enfin, le film de genre Good Boy de Ben Leonberg, soit l’horreur de la mort à venir d’un maître vu à travers le regard de son chien. Une proposition originale et réalisée avec beaucoup de maîtrise, qui suscite une véritable émotion et permet de passer sur quelques défauts et éléments un peu plus fouillis.
Flops
- God Save the Tuche
- Badh
- Companion
- Souviens-toi… l’été dernier
Le nombre de mes déceptions est limité cette année (comme il l’était l’année dernière), pour une simple raison : beaucoup de films ne me tentaient pas franchement, donc je n’y suis tout simplement pas allée. Cependant, ces flops sont assez représentatifs d’une année peu inspirée pour les films populaires et films de genre qui auraient pu être fédérateurs s’il y avait eu une véritable pensée à l’œuvre derrière. On passera rapidement sur God Save the Tuche, pour lequel je nourrissais peu d’espoirs – en même temps, je n’avais pas vu les précédents et étais donc malgré tout curieuse de comprendre le phénomène et voir si j’avais loupé quelque chose. Espoirs raisonnables broyés au rouleau compresseur très vite devant l’enchaînement de blagues et gags pas drôles (c’est un euphémisme) ni sympathiques pour les personnages, que l’on est censés trouver attachants et plus intelligents qu’il n’y paraît derrière leur décalage et réflexions bébêtes. Le traitement de ces derniers pose véritablement question sur la vision que scénaristes et producteurs se font de leur public. Et, si l’on se surprend à vaguement sourire malgré nous au détour d’une ou deux répliques, c’est trop peu pour un film court qui ne ménage quasiment aucun temps de pause entre les vannes et gags de tout ordre. Même pas un plaisir coupable, donc, ce qui est dommage.
Badh de Guillaume de Fontenay, lui, avait un tout autre potentiel et tient malgré tout un temps soit peu grâce au charisme et à la présence physique indéniable de son actrice principale, Marine Vacht, qui a très peu de répliques d’un bout à l’autre mais apparaît crédible dans son personnage de nettoyeuse des services de renseignement français piégée par ses employeurs et en fuite. On aurait adoré être emballés par ce Jason Bourne français au féminin, mais le récit, très peu développé, ne tient pas la route et manque du coup de crédibilité alors même que les ingrédients n’étaient pas inintéressants, tandis que la réalisation, dont les partis pris étaient plutôt sympathiques lors du premier acte, tombe dans des tics compulsifs très artificiels et s’avère répétitive, peu lisible et fatigante au bout du compte. Le comble pour un film court qui se rêvait en thriller nerveux et haletant ! En vérité, on s’ennuie assez rapidement et on ne se sent jamais véritablement impliqué dans cette histoire de course poursuite et vengeance
Le satirique et féministe Companion, quant à lui, ressemble à une version longue, en grandiloquent et en mode cynique, des deux épisodes de Buffy contre les vampires autour de l’emprise et des violences sexuelles mettant en scène le personnage de Warren : « Chagrin d’amour » (saison 5) et « Esclave des sens » (saison 6). Du premier épisode, Companion, reprend l’idée d’une femme robot conçue pour être la petite-amie idéale, et donc pour idolâtrer son propriétaire et se plier à la moindre de ses volontés sans réaliser qu’elle a été littéralement programmée pour ça, et du second l’idée d’un contrôle mental absolu sur quelqu’un pour pouvoir abuser de lui sexuellement sans avoir à assumer la responsabilité de ces actes. Le problème, ici ? La révélation de la nature de l’héroïne arrive bien trop vite et, du coup, ne suscite pas la surprise ni une véritable empathie. La pseudo-analyse autour de l’emprise psychologique au sein d’une relation amoureuse est tellement basique et dessinée à gros traits que cela n’apporte strictement rien au sujet et, surtout, les humains face à elle, hommes comme femmes, sont tous tellement cyniques et abjects, ne maintenant que trop peu de temps une apparence de pseudo-respectabilité, que le film ne parvient pas à donner un véritable impact à son message qui est que ce type de violences, banalisé, peut se cacher ou se développer de manière insidieuse. Le film voudrait se donner des airs de comédie noire façon Petits meurtres entre amis ou lorgner, dans le côté pop et provoc, du côté de Emerald Fennell (Promising Young Woman), mais échoue à tous les niveaux, même si l’ensemble est suffisamment bien emballé, techniquement, et rythmé pour qu’on reste jusqu’au bout.
Enfin, que dire du reboot/suite de Souviens-toi…l’été dernier ? Tout à fait clairement, ce n’est pas la catastrophe annoncée, mais le film s’oublie vite et apparaît comme inutile pour qui a déjà vu le film original, qu’il calque bien trop dans sa structure et la caractérisation de ses personnages lors de la première moitié, ce qui apparaît comme de la paresse. Le film, visuellement peu inspiré, ne fait pas peur malgré des meurtres bien plus violents que le film original, qui avait le mérite d’avoir une véritable atmosphère et direction artistique – et une réalisation à la hauteur qui rattrapait en partie les faiblesses du script. Malgré tout, on le sauve un peu grâce à l’un des personnages féminins, mieux développé que les autres, et surtout, à une scène onirique marquante avec Sarah Michelle Gellar, sans doute la plus intéressante et angoissante du métrage. C’est bien peu, surtout si l’on rajoute les incohérences du scénario et un twist qui aurait pu être intéressant mais est mal amené et loupe son objectif. Résultat : un film d’horreur oubliable pour les amateurs du film de 1997 malgré le côté nostalgie, qui s’adresse surtout aux ados et jeunes adultes… Une cible qu’il manque, selon nous, ou aura trop mollement convaincue pour que les producteurs puissent bâtir une nouvelle saga sur des bases solides, ce qui était manifestement le but ici.
Le Top/Flop de Mark Wayne
Tops 2025
1. Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba – La Forteresse de l’Infini de Haruo Sotozaki
2. Black Phone 2 de Scott Derrickson
3. Good Boy
4. F1
Demon Slayer : Kimetsu no Yaiba – La Forteresse de l’Infini
Black Phone 2
Good Boy
F1
Flops 2025
4. Une bataille après l’autre
3. Toxic Avenger de Macon Blair
2. Running Man
1. Frankenstein de Guillermo Del Toro
Une bataille après l’autre
Toxic Avenger
Running Man
Frankenstein de Guillermo Del Toro

Le Top/Flop de Lucie Lesourd
Top (sans ordre particulier)
- Substitution… Bring Her Back
- Eddington
- Avatar : De cendres et de Feu
- Presence de Steven Soderbergh
- Life of Chuck
2025 aura été une année particulièrement prolifique, notamment du côté du cinéma d’horreur, qui a su se montrer inventif, audacieux et émotionnellement puissant. Plusieurs films du genre figurent d’ailleurs dans ce top, preuve que la peur, lorsqu’elle est intelligemment mise en scène, reste un formidable terrain d’expérimentation cinématographique. L’année fut également jalonnée de nombreux coups de cœur qui n’entreront pas dans la liste, mais qui méritent d’être salués : la puissance émotionnelle de L’Épreuve du feu, la fraîcheur touchante de Partir un jour, l’ampleur plus tapageuse de Sinners et Une Bataille après l’autre, ou encore la discrétion élégante de L’Inconnu de la Grande Arche, porté par des dialogues ciselés. Une richesse de propositions qui rend le choix d’un top forcément cruel… mais passionnant !
Substitution
Avec Substitution, les frères Philippou confirment de manière éclatante le talent déjà entrevu dans La Main. Ils vont ici encore plus loin, en insufflant à leur cinéma une dimension psychologique plus profonde et pernicieuse, tout en livrant certaines scènes durablement marquantes. Difficile de ne pas garder en mémoire l’utilisation glaçante du couteau de cuisine…! En enracinant le surnaturel dans le quotidien et en s’appuyant sur une réalisation sensorielle ainsi que sur des interprètes pleinement investis, les Philippou signent une œuvre aussi éprouvante qu’émouvante, dont l’impact persiste bien après la projection.
Eddington
Eddington fait partie de ces films qui marquent immédiatement, mais dont les qualités se révèlent pleinement avec le recul, voire au second visionnage. Œuvre dense, parfois déroutante, elle déploie une richesse thématique impressionnante. Pouvoir, territoire, justice, identité… Les grands mythes fondateurs américains s’y incarnent dans un huis clos à ciel ouvert, où le duel symbolique entre un shérif et un maire devient le miroir d’un pays en quête d’âme. En hybridant western, satire politique et thriller paranoïaque, Ari Aster livre un film parfois inégal, mais constamment stimulant, porté par un duo d’acteurs inspiré et une mise en scène d’une grande virtuosité.
Avatar : De Feu et de Cendres
Que les détracteurs se calment immédiatement : rares sont aujourd’hui les films capables de rivaliser avec la saga Avatar en matière de mise en scène et d’effets spéciaux. Et rien que pour cela – pour les frissons, l’épique, le grandiose et la splendeur visuelle – Avatar : De Feu et de Cendres trouve naturellement sa place dans ce top. Certes, le scénario n’échappe pas à certaines répétitions, et plusieurs ficelles narratives manquent de finesse. Mais, malgré ces limites, peu de films auront offert en 2025 une expérience de cinéma-spectacle aussi immersive et fédératrice. James Cameron continue de maîtriser l’art du grand spectacle comme peu de réalisateurs savent encore le faire, et pour cette proposition hors norme, le voyage mérite largement d’être salué.
Presence
Presence s’impose comme l’une des plus belles surprises de l’année. Présenté comme un film de maison hantée raconté du point de vue du fantôme – ce qu’il est, indéniablement – le long-métrage de Steven Soderbergh se révèle bien plus discret, à l’image de son spectre. Certains y verront une œuvre mineure dans la filmographie du cinéaste, mais ce serait passer à côté de sa véritable singularité : une douceur et une mélancolie totalement inattendues pour un film de genre. En renouvelant subtilement les codes de l’horreur, Presence glisse vers le drame psychologique et le huis clos adolescent, livrant une œuvre émouvante, délicate et profondément humaine, malheureusement passée sous les radars de nombreux spectateurs.
Life of Chuck
Avec Life of Chuck, l’émotion se déploie en trois mouvements contrastés et mémorables. Une première partie énigmatique et déstabilisante, suivie d’une parenthèse de pure vitalité à travers une scène de danse de rue pleine d’élan, avant un dernier segment bouleversant. Le film laisse une empreinte durable, moins par la clarté de son récit que par son atmosphère singulière. On peut en sortir avec l’impression de ne pas avoir tout saisi, mais d’avoir vécu un moment suspendu, hors du temps et profondément marquant. Une sensation rare, qui constitue précisément la beauté du film.
Flop (sans ordre particulier)
- Connemara d’Alex Lutz
- Reflet dans un diamant mort d’Hélène Cattet et Bruno Forzani
- Dalloway de Yann Gozlan
- Mektoub My Love : Canto Due d’Abdellatif Kechiche
- Alpha de Julia Ducournau
Si 2025 fut une année riche et stimulante à bien des égards, elle n’a évidemment pas échappé à son lot de déceptions. Aucun de ces longs-métrages n’est foncièrement indigne ou totalement raté, mais tous laissent un sentiment frustrant de potentiel inabouti.
Connemara
Difficile de ne pas voir Connemara comme le contre-pied de Partir un jour. Alex Lutz y propose un film plus plombant, plus brouillon, qui peine à trouver son équilibre. Le cinéaste capte avec pudeur des vies cabossées et des secondes chances fragiles, mais au moyen d’une mise en scène fragmentée, parfois trop maniérée pour réellement émouvoir. À force de ne faire qu’esquisser son propos, le film demeure à mi-chemin : un regard mélancolique sur la quarantaine, riche en intentions, mais qui peine à convaincre pleinement. La déception est d’autant plus vive au regard de ses précédents films, et notamment de Guy, œuvre singulière et mémorable.
Reflet dans un diamant mort
Encensé par une large partie de la critique et porté par un enthousiasme quasi unanime, Reflet dans un diamant mort semblait réunir tous les ingrédients pour convaincre. Sur le papier, tout était là : une mise en scène très affirmée, virtuose, et un scénario retors. Pourtant, l’ennui s’impose rapidement. À force de motifs répétés, d’effets appuyés et d’une réalisation trop ostensiblement démonstrative, le film maintient le spectateur à distance, étouffant malheureusement toute émotion et toute tension.
Dalloway
Avec Dalloway, Yann Gozlan confirme une trajectoire de plus en plus difficile à suivre. Après les réussites indéniables de Un homme idéal et Boîte noire, thrillers psychologiques tendus et efficaces, ses films récents suscitent davantage l’agacement que l’adhésion. Déjà, Visions laissait une impression de racolage maladroit. Dalloway ne fait guère mieux, malgré un synopsis prometteur et une thématique – certes attendue – mais potentiellement passionnante. Tout y semble grossier, cousu de fil blanc, les retournements de situation poussés jusqu’à la caricature, diluant toute tension dans une écriture lourde et prévisible. Reste à espérer que Gourou, prochainement en salles, saura renouer avec davantage de finesse.
Mektoub My Love : Canto Due
Si le premier Mektoub My Love séduisait par sa manière de capter le réel et par la profondeur psychologique de ses personnages – malgré déjà certaines redondances (fallait-il vraiment autant de scènes de repas ou de déhanchements en boîte de nuit ?) – ce deuxième volet ne tient aucune de ses promesses. Abdellatif Kechiche semble ici renoncer à toute véritable construction narrative, laissant ses personnages errer sans direction claire, avant d’esquisser tardivement un début de scénario pour finalement conclure sur une fin ouverte, plus irritante que stimulante. À force de complaisance, le film perd ce qui faisait autrefois la force de ce cinéma : une attention sensible aux corps et aux émotions, désormais diluée dans la répétition.
Alpha
Après la très belle surprise de Grave et la reconnaissance majeure de Titane, qui avait propulsé Julia Ducournau sur le devant de la scène et contribué à donner une visibilité centrale au cinéma de genre, Alpha était forcément très attendu. La déception n’en est que plus marquée. Le film apparaît brouillon, indécis dans sa manière d’aborder le sida, jamais nommé, et affaibli par un jeu parfois discutable et une bande-son envahissante. Espérons qu’il ne s’agisse que d’un accident de parcours et que Julia Ducournau saura rebondir avec un projet à la hauteur de son talent.

Le Top/Flop de Théo Porez
Tops
- The Brutalist
- Un médecin pour la paix
- La disparition de Joseph Mengele
The Brutalist de Brady Cobert
The Brutalist est une magnifique plongée dans l’Amérique d’après-guerre. Troisième film de Brady Cobert, il nous fait suivre un immigré juif qui arrive aux États-Unis après la guerre et qui va essayer d’y amener le reste de sa famille. Une thématique terriblement d’actualité avec la politique contemporaine du pays. On ne s’ennuie pas une seule seconde malgré les trois heures et demie de film. Rien que la première scène vaut à elle seule le détour. C’est un grand film.
On est stupéfait par les plans monumentaux qui s’offrent à nous, renforcés par une musique extrêmement entêtante et qui magnifie ce récit. À travers ce jeune architecte qui essaye de se faire un nom, on analyse le rêve américain et on pose la question de sa permanence dans un pays rongé par l’appât du gain et le racisme. On montre les mécaniques de domination propre à l’Amérique, les hiérarchies de classe ou de religion. Quoi que les minorités fassent, elles sont toujours ramenées à ce qu’elles sont aux yeux des autres. Un film important dans une Amérique tournant de plus en plus vers un modèle autoritaire/fasciste.
Un médecin pour la paix de Tal Barda
Comment parler de Gaza ? Comment rendre compte de la destruction et de l’apartheid imposé par Israël à quelqu’un qui ne connait pas où n’a jamais entendu parler du conflit israélo-palestinien ?
Je pense que Un médecin pour la paix est une superbe porte d’entrée pour avoir les clés majeures de compréhension de l’injustice que subit depuis 1948 le peuple palestinien. On suit ici le docteur Abuelaish, médecin palestinien travaillant en Israël et son combat contre l’état d’Israël après le meurtre de ses filles en 2009. À travers le parcours touchant de ce médecin devenu figure internationale de justice, on nous offre une rétrospective des évènements majeurs du conflit. On crée un très grand attachement pour cette famille, qui devient plus qu’une simple série de chiffres à la télévision. Ce film, terriblement sensible, fait ressortir l’humanité trop longtemps bafouée des habitants de Palestine. Les allers-retours entre passé et présent permettent aux non-initiés de comprendre comment les choses en sont arrivées là. Ici, la mise en scène n’est pas particulièrement innovante ou le processus de narration particulièrement complexe. Ce qui nous touche en plein cœur, c’est le témoignage de cette famille et son combat, qui nous émeuvent aux larmes. Ce film est à voir !
La disparition de Joseph Mengele de Kirill Serebrennikov
Tous les nazis ne sont pas morts après la guerre. Certains ont survécu et doivent maintenant se cacher toute en essayant de comprendre où le Reich allemand a échoué. C’est le postulat de La disparition de Joseph Mengele de Kirill Serebrennikov. Ici l’esthétique est froide et sombre (littéralement du noir et blanc), la mise en scène millimétrée et le jeu d’acteurs, celui d’August Diehl en particulier, nous mets mal à l’aise tellement il incarne la banalité nazie. La question que pose l’œuvre est celle de la survivance du mythos nazi dans notre monde contemporain. Combien des idées défendues par Mengele ont été soutenues à l’époque par les plus hautes instances industrielles et religieuses ? Comment les mêmes effets peuvent conduire à des causes similaires ? La scène de la confrontation avec son fils est glaçante de réalisme sur la capacité de destruction d’un homme qui pense rester dans son bon droit tout en déshumanisant complètement l’autre.
Flops
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- Tkt
- Minecraft, le film
Tkt
Il aurait pu s’agir d’un téléfilm sur le harcèlement scolaire. Mais c’est bas de plafond et l’actrice principale joue très mal tandis que les situations de harcèlement ne choquent jamais vraiment. La mise en scène est terriblement plate, sans aucune créativité, avec des effets visuels surannés. Il n’y à rien à sauver dans Tkt. C’est bien simple : on a l’impression que c’est un film sur des jeunes réalisé par une personne de 50 ans ! Résultat : les problématiques de la jeune génération sont mal représentées et la manière d’en parler est catastrophique, à la limite de la caricature. De plus, le film s’étire inutilement. Et, si l’on reste jusqu’au bout, c’est probablement pour rire du ridicule proposé. J’ai rarement vu un film traiter son sujet aussi mal. Allez plutôt voir Un monde de la réalisatrice belge Laura Wandel, qui propose une bien meilleure démonstration des mécaniques de harcèlement que ce film.
Minecraft, le film
Minecraft, le film est tellement nul qu’il en devient étrangement fun. Un flop oui mais, au moins, c’est divertissant tellement les acteurs en rajoutent et ont conscience de leur ridicule. Il faut dire que le principe de base du film était bancal et que réaliser un film Minecraft « live action » n’a jamais été une bonne idée. Donc, avec un pitch aussi illogique, ce qui en sort est étonnamment divertissant, sans qu’il y ait de grand moment d’éclat, ni même de moment particulièrement mémorable. Clairement, on l’oublie très rapidement et ça s’adresse avant tout aux enfants… Ce qui n’est néanmoins pas une excuse pour sortir un film aussi bête sur un jeu dont le thème principal est la créativité et les possibilités infinies qu’il offre ! Au final, même s’il y a quelques moments drôles, on rigole plus du film qu’avec lui. On sait ce qu’on va voir et on n’est pas surpris.





