[Critique] Carrie – Le Bal du diable à l’ère du numérique

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Caractéristiques

  • Titre : Carrie
  • Créé par : Mike Flanagan
  • Show runner(s) : Mike Flanagan
  • Avec : Summer H. Howell, Samantha Sloyan, Siena Agudong, Alison Thornton, Joel Oulette, Josie Totah, Amber Midthunder et Matthew Lillard
  • Saison : 1
  • Année(s) de diffusion : 2026
  • Chaîne originale : Prime Video
  • Diffusion françaisee : Prime Video
  • Note : 9/10
★★★★★
★★★★★

D’abord roman de Stephen King publié en 1974, Carrie a marqué l’histoire de l’horreur avec Carrie au bal du diable, l’adaptation culte de Brian De Palma sortie en 1976, avant de connaître une nouvelle version cinématographique signée Kimberly Peirce en 2013 et un téléfilm. C’est aujourd’hui au tour de Mike Flanagan, déjà connu pour les séries The Haunting of Hill House et The Haunting of Bly Manor, de revisiter cette histoire avec une série en huit épisodes, disponible sur Prime Video depuis le 7 octobre. Un nouveau chapitre pour le cinéaste, qui poursuit ainsi son exploration de l’univers de Stephen King après Jessie, Doctor Sleep et Life of Chuck.

Histoire connue, nouvelle vision

À Chamberlain, aux États-Unis, Carrie White (Summer H. Howell) a grandi recluse du monde extérieur, sous l’emprise de ses parents, Margaret (Samantha Sloyan) et Ralph. À la mort de son père, son existence est révélée et elle doit intégrer le lycée Ewen. Confrontée à un univers dont elle ignore les codes, la jeune fille devient rapidement la cible des moqueries de ses camarades. Après une nouvelle humiliation, elle commence à développer des pouvoirs de télékinésie qui pourraient bien bouleverser son existence.

Avec cette nouvelle série, Mike Flanagan part du principe que le public connaît déjà l’histoire de Carrie et son dénouement pour mieux en détourner les codes. L’adaptation prend ainsi de nombreuses libertés avec le roman, en intégrant notamment les réseaux sociaux et les nouvelles technologies, mais aussi des personnages supplémentaires qui laissent entrevoir la possibilité d’un univers plus vaste. La narration commence par la fin et multiplie les flashforwards, tandis que des témoignages filmés d’élèves viennent ponctuer le récit. Le format sériel permet à chaque épisode de s’ouvrir sur des événements paranormaux survenus à différentes époques, mettant en scène des femmes dotées de pouvoirs. Si les passages incontournables – la scène de la douche ou le bal de promo – sont bien présents, ils ne constituent pas nécessairement les moments les plus marquants de cette relecture. Plutôt que de reproduire une histoire déjà connue, Flanagan en déplace les enjeux et lui donne une nouvelle dimension.

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Des personnages plus nuancés au cœur d’un drame adolescent

Avec ses grands yeux curieux et son attitude avenante, Carrie séduit immédiatement. Sa découverte du lycée, de ses camarades et des préoccupations adolescentes la rend particulièrement attachante. On se réjouit de la voir s’adapter progressivement, nouer des liens et entrevoir la possibilité d’une vie plus heureuse, au point d’espérer une autre issue malgré le dénouement que l’on connaît. En parallèle, Mike Flanagan approfondit la relation avec Margaret White, dont l’emprise repose sur une vision du monde dominée par la religion et la méfiance. Loin d’en faire une intégriste caricaturale, la série présente une mère autoritaire, persuadée de savoir mieux que quiconque ce qui est bon pour sa fille. Ses regards réprobateurs suffisent à instaurer un profond malaise, derrière un amour prétendument protecteur. Les quelques instants de tendresse entre les deux femmes n’en rendent leur relation que plus troublante.

La série prend le temps de dépeindre le quotidien du lycée, entre cours, alertes au confinement, soirées alcoolisées et préoccupations liées aux études ou aux histoires amoureuses. Dans cet environnement, Carrie détonne par sa méconnaissance des codes sociaux. Chris Hargensen (Alison Thornton) en fait son souffre-douleur, tandis que Sue Snell (Siena Agudong), d’abord disposée à l’aider, finit par céder à la pression du groupe. Emaline (Thalia Dudek) représente toutefois une véritable alliée et nourrit l’espoir d’une intégration possible. Tous ces personnages ne se limitent pas à leur rôle dans le destin de Carrie : leurs difficultés familiales et leurs frustrations éclairent leurs comportements sans excuser leur cruauté, et les adultes bénéficient du même traitement, qu’il s’agisse de la professeure de sport Rita Desjardin (Amber Midthunder) ou du principal Henry Grayle (Matthew Lillard). Leurs vies personnelles gagnent en relief, tandis que les défaillances de l’institution scolaire apparaissent progressivement. Portée par un excellent casting, cette galerie de personnages donne à la série une véritable dimension humaine, au-delà des quelques manifestations fantastiques.

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La violence ordinaire au cœur de l’épouvante

En transposant l’histoire à notre époque, Flanagan actualise surtout la question du harcèlement scolaire. Les humiliations sont filmées, diffusées en ligne et amplifiées par un compte anonyme qui s’en prend aussi bien aux élèves qu’aux enseignants. Les réseaux sociaux deviennent une caisse de résonance pour les rumeurs et les conflits, poussant chacun à prendre parti sans toujours mesurer les conséquences de ses actes. La méchanceté de Chris illustre cette violence, mais la série interroge plus largement le besoin de s’en prendre aux plus vulnérables et à ceux qui ne correspondent pas aux normes du groupe. Quelques mouvements de foule, où les lycéens semblent suivre le mouvement sans réfléchir, forcent, certes, un peu le trait, mais l’ensemble met intelligemment en évidence la facilité avec laquelle la haine se propage. Le fantastique restant longtemps en retrait, les violences ordinaires occupent le premier plan et nourrissent un malaise particulièrement efficace.

Malgré quelques jump scare efficaces, Carrie privilégie en effet largement le drame psychologique à l’horreur pure. Les manifestations surnaturelles sont relativement rares jusqu’à un final nettement plus violent et sanglant. Mike Flanagan maîtrise toutefois parfaitement la montée en tension. Chaque épisode s’achève sur un moment marquant qui donne envie de poursuivre, davantage par attachement aux personnages que par un suspense insoutenable. Quant à la bande originale, omniprésente et composée de nombreuses chansons interprétées par des femmes, elle contribue largement à l’identité de la série. Son générique pop et dynamique contraste avec la noirceur du récit, et l’on finit la série avec l’envie irrépressible de réécouter les morceaux, indépendamment de l’écran. Si le dernier épisode perd quelque peu en impact avec sa dimension rétrospective et ses témoignages, la conclusion laisse entrevoir un univers plus vaste et la possibilité d’une suite. Une perspective surprenante mais alléchante qui pourrait faire oublier cette fin légèrement frustrante.

Avec cette adaptation sensible et ambitieuse, Mike Flanagan privilégie la psychologie des personnages et les ravages de la cruauté collective aux effets horrifiques. Portée par un casting convaincant, une bande originale marquante et un rythme maîtrisé, cette nouvelle Carrie réussit à faire vibrer le spectateur pour une histoire dont il connaît pourtant déjà l’issue. Chaudement recommandé !

[Critique] Carrie – Le Bal du diable à l’ère du numérique

Article écrit par

Lorsqu’elle n’enseigne pas l’italien, Lucie Lesourd aime discuter de sa passion pour le cinéma, le théâtre et les comédies musicales. Spécialisée en littérature young adult et grande amatrice de polars et thrillers, elle rejoint Culturellement Vôtre en février 2020 pour y partager ses avis lecture et sorties culturelles. Depuis, elle est également devenue une (excellente) critique de cinéma et parle régulièrement de cinéma de genre (avec une prédilection pour les films d’horreur) et de cinéma d’auteur.

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