[Critique] Clayface : une origin story qui a de la gueule (d’argile)

Caractéristiques

  • Titre : Clayface
  • Réalisateur(s) :  James Watkins
  • Scénariste(s) : Mike Flanagan et Hossein Amini
  • Avec : Tom Rhys Harries, Naomi Ackie, Max Minghella, Eddie Marsan, David Dencik, Nancy Carroll et Joshua James.
  • Distributeur : Warner Bros. France
  • Genre : Drame, Epouvante-horreur, Thriller
  • Pays : Etats-Unis
  • Durée : 109 minutes
  • Date de sortie : 21 octobre 2026
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  • Note du critique : 7/10
★★★★★
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Avec Clayface, James Watkins (Speak No Evil, La Dame en Noir) s’attaque à un personnage encore inédit au cinéma en prises de vues réelles, en lui consacrant un film d’horreur qui tranche avec les productions habituelles de DC. Coécrit par Mike Flanagan (Life of Chuck, Stephen King’s Doctor Sleep)  et Hossein Amini, ce long-métrage constitue le troisième film du nouvel univers DC dirigé par James Gunn et Peter Safran, après Superman et Supergirl. Il s’intéresse aux origines de Matt Hagen, un personnage notamment connu du public français pour son apparition dans la série animée Batman des années 1990 sous le nom de Gueule d’Argile. Le cinéaste délaisse ainsi les affrontements spectaculaires entre super-héros et super-vilains pour explorer la naissance d’un monstre à travers les codes du body horror.

Un scénario qui façonne un monstre

L’histoire commence avec Matt Hagen, un acteur hollywoodien ayant grandi dans l’un des pires coins de Gotham City. En pleine ascension, il est nommé aux Oscars et promis à une brillante carrière. Mais son parcours est brutalement interrompu lorsqu’il est défiguré par Marcos Szabo ( David Dencik, dans une interprétation qui manque de nuance et tend à rendre le personnage trop caricatural), un puissant baron de la mafia de Gotham City. Alors que c’est la compagne du mafieux qui a cherché à séduire le comédien, Szabo décide de se venger de ce dernier  et fait passer l’acteur pour l’agresseur dans la presse. Grâce à ses nombreuses relations, il parvient à détruire aussi bien la réputation de Matt que sa carrière. Du jour au lendemain, celui qui était promis à un avenir radieux se retrouve abandonné, privé de son visage et de tout ce qui constituait son identité.

C’est alors que Matt rencontre une docteure travaillant sur un traitement expérimental reposant sur les nanotechnologies et l’intelligence artificielle. Le procédé lui permet de retrouver miraculeusement son visage, mais cette guérison apparente dissimule des conséquences de plus en plus inquiétantes. À mesure que le traitement perd de son efficacité, son corps se transforme et son rapport à la réalité se dégrade. La colère et le désir de vengeance prennent progressivement le dessus, jusqu’à faire de lui une menace. Tom Rhys Harries est très convaincant dans le rôle de Matt Hagen, parvenant à rendre crédible la détresse d’un homme dont la déchéance physique et professionnelle finit par nourrir une irrépressible soif de vengeance. Naomi Ackie est également très bonne dans le rôle de la docteure, et la relation entre les deux personnages fonctionne bien, apportant une dimension humaine supplémentaire à cette histoire.

image harries rhyes tom clayface
Copyright Warner Bros

Le body horror façon DC

Matt ne se transforme pas simplement à la suite d’une expérience scientifique qui aurait mal tourné : sa métamorphose accompagne aussi sa dégradation psychologique. Et c’est cette évolution qui constitue l’un des principaux atouts du scénario. La vengeance, d’abord compréhensible au regard des injustices qu’il a subies, devient peu à peu une obsession qui le consume. Le film développe ainsi une tragédie dans laquelle la victime finit par emprunter le chemin qui la conduira à devenir elle-même un monstre. Cette dimension donne de l’intérêt à l’origin story, même si l’on connaît déjà la destination finale du personnage. Mais c’est surtout dans son approche horrifique que Clayface se distingue. James Watkins connaît le genre de l’horreur, et cela se ressent dans sa manière de filmer la transformation progressive de son protagoniste. Le cinéaste joue sur la déformation des corps, la perte de contrôle et l’aspect profondément instable de l’identité physique.

Le résultat comporte plusieurs images dérangeantes, qui rappellent que le body horror peut être particulièrement efficace lorsqu’elle touche à quelque chose d’aussi intime que le visage. On pourra néanmoins regretter que cette dimension ne soit pas davantage exploitée. Les scènes qui en relèvent véritablement restent relativement peu nombreuses, alors que le concept du personnage permettait d’aller encore plus loin dans la représentation de la chair déformée et d’un corps devenu étranger à lui-même. Certaines séquences fonctionnent toutefois remarquablement bien, notamment celle impliquant des yeux dans un avion, qui compte parmi les moments les plus marquants du film. Ces passages démontrent que le long-métrage possède un véritable potentiel horrifique, même s’il ne l’exploite pas constamment.

image jason watkins clayface
Copyright Warner Bros

L’art de donner forme à l’horreur

La réalisation se montre également astucieuse dans la manière de représenter les capacités métamorphiques de Clayface. Puisque le personnage peut modifier son apparence, le film doit suggérer des transformations sans pouvoir s’appuyer systématiquement sur des effets numériques complexes. James Watkins utilise différentes astuces de mise en scène pour contourner ces difficultés, avec un résultat globalement convaincant. Malgré un budget plus modeste que celui d’un blockbuster traditionnel, les effets spéciaux sont plutôt réussis et donnent suffisamment de crédibilité aux transformations pour que l’on adhère à l’ensemble. La direction artistique contribue elle aussi à la réussite du projet. Gotham City et Coast City, où se déroule le film, possèdent une identité visuelle cohérente, avec un contraste intéressant entre les milieux privilégiés et les quartiers les plus défavorisés des villes.

Cet environnement participe à l’atmosphère du film et rappelle que Matt Hagen évolue dans une cité où la réussite et la violence peuvent coexister. Le rythme est d’ailleurs plutôt bien maîtrisé durant les deux premiers tiers. James Watkins prend le temps d’installer les enjeux, de développer les relations entre les protagonistes et de faire monter progressivement la tension. Le dernier tiers se révèle toutefois moins convaincant. En privilégiant davantage la vengeance et l’aboutissement de la transformation de Matt, le récit devient plus conventionnel et perd une partie de son originalité. Le film reste efficace, mais cette dernière partie donne le sentiment qu’il ne pousse pas toutes ses idées aussi loin qu’il aurait pu. Enfin, la musique de Volker Bertelmann accompagne efficacement cette plongée dans l’horreur. Sa partition contribue à installer une ambiance inquiétante et soutient l’évolution progressive du récit vers quelque chose de plus sombre.

Avec Clayface, James Watkins livre un film d’horreur convaincant qui apporte une véritable diversité au nouvel univers DC. Porté par un Tom Rhys Harries très convaincant, le long-métrage séduit par sa dimension tragique, son approche du body horror et sa réalisation inspirée. On regrettera un dernier tiers plus conventionnel, un antagoniste caricatural et une horreur corporelle qui aurait mérité d’être davantage exploitée. Malgré ces réserves, cette origin story constitue une proposition suffisamment singulière pour retenir l’attention.

[Critique] Clayface : une origin story qui a de la gueule (d’argile)

Article écrit par

Adore le cinéma en général, que ce soit les gros blockbusters ou les plus petits films, les séries TV et les jeux vidéo. Il réalise de nombreux tests de blu-ray et films en UHD 4K et couvre l'actualité cinématographique en salles.

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