[Critique] Games History 4 : Histoire du jeu de plates-formes

image couverture games history tome 4 histoire du jeu de plates-formesLe grand saut

Il faudrait être fou, ignorant, ou dinosaure partouzeur de droite, pour ne pas avoir compris l’importance qu’a pris la culture vidéoludique. On peut s’en féliciter, se dire que c’est plutôt bien de sortir du bois, d’avoir plus de choix que jamais, moins de mépris dans le regard des non-joueurs. Ou s’en offusquer, en regrettant le bon temps des magasins spécialisés ou des magazines de qualité qui hantaient les toilettes (ndlr : devinez où se situe l’auteur de l’article…). En tout cas, le jeu vidéo, quoi qu’on puisse en penser, est devenu l’acteur principal d’une culture comme une autre. Avec son grand public, ses amateurs, mais aussi ses spécialistes. L’équivalent des cinéphiles pour le cinéma, pour faire simple, ceux qui approfondissent le sujet, peut-être plus conscients que d’autres de l’incroyable force qui anime leur médium chéri. Nul doute que, pour le jeu vidéo, nous ne nous rendons pas encore compte de l’importance du passage aux livres, via des éditions comme Omake ou Pix’N’Love, qui donnent une forme finie à la recherche, au savoir. Et emmène, même, un esprit de transmission, indispensable à la formation d’une culture. Aujourd’hui, nous faisons connaissance avec l’une de ces éditions : Cote-A-Cas, avec leur dernier né, Game History 4 : Histoire du jeu de plates-formes.

Une vraie gueule de porte-bonheur

Dernier-né, mais du genre nourri aux hormones de croissance. Le premier contact avec Games History 4 se fait comme tout livre qui se respecte : sur l’aspect physique et tactile. Alors, avant de rentrer en détail dans la bête, parlons un peu du ressenti avec l’objet. Tout d’abord, l’épaisseur de l’ouvrage nous impressionne. Avec 314 pages d’un papier de très belle qualité, agréable au toucher, on est rassuré : l’histoire du jeu de plates-formes sera dignement racontée. On est dans un format mook assez classique, mais toujours aussi efficace, tant il donne une impression classieuse. La couverture, signée Récio Blancas, fait la part belle à un superbe artwork, coloré et qui, déjà, plonge le joueur expérimenté dans une douce et agréable nostalgie. Le titre se signe dans un logo du plus bel effet, doré, légèrement en relief, et termine de donner à l’objet Games History 4 un aspect des plus attachants.

Bondir de joie

Une fois que l’on a pris ses marques avec l’œuvre, il faut passer au plat de résistance, ce qui va nous faire rouler sous la table, ou nous laisser sur notre faim. Un doute qui va très vite s’estomper. Quand on dit vite, c’est dès la lecture du sommaire, qui suffit à nous mettre en appétit. Des titres cultes, d’autres moins, le tout divisé en 12 chapitres. Alors, comme un enfant fond sur un prospectus de jouets à l’approche de Noël, le lecteur fonce et commence à parcourir l’ouvrage de manière anarchique. Histoire de se faire les dents, de se rassurer quant au contenu. C’est le moment de vérité. C’est ici, précisément, que ça passe ou ça casse. Le verdict est sans appel, il se dégage des pages de Games History 4 un mélange d’émotions tout à fait délicieux. Il suffit de lire une double page pour comprendre que les rédacteurs ont le background nécessaire pour parler du sujet, mais aussi qu’ils sont atteints d’une passion communicative. Ce mariage donne au lecteur, en tout cas à ceux approchant d’un âge canonique (ndlr : quelle exagération…), de retrouver le feeling qu’il avait en lisant les mensuel d’antan. Pas spécialement pour le contenu, beaucoup plus complet et pour cause, mais pour l’alchimie qui se forme, poussant au Graal des écrivains : l’envie de lire la « page d’après ».

Un ouvrage dense

Après cette découverte un peu cavalière, le lecteur de Games History 4 revient, à coup sûr, à une lecture plus ordonnée. Les classiques éditos (dont un signé de l’éminent Dr. Lakav) sont aux abonnés présents, puis c’est au tour des chapitres. Une douzaine, donc, au cours desquels on passe de la préhistoire du genre à l’heure de la 3D, en passant, par exemple, par un focus sur les adaptations de licences. Le panorama est riche, offre une belle étendue qui, à défaut d’être exhaustive (et heureusement !), nous donne largement plus que nécessaire pour observer le genre avec une certaine hauteur. Les différentes plumes se succèdent, toutes avec leurs tiques facilement reconnaissables. Seul petit hic, on dénombre quelques coquilles qui, si elles ne doivent en rien impacter la qualité globale de l’ouvrage, sont tout de même à souligner. Games History 4, c’est une petite structure, et l’imperfection au niveau de la relecture est un risque qui ne peut être évité. Le lecteur doit en être conscient, et accepter cet état de fait.

image artwork games history tome 4 histoire du jeu de plates-formes

Games History 4 : Histoire du jeu de plates-formes se lit à la vitesse de la lumière. Pourtant, sachez que le programme est chargé, et ne laisse aucune place au hasard. Car l’une des réussites de l’œuvre est de présenter un tout cohérent, en rapport avec l’importance de ce qui est traité. Bien sûr, certains pourront regretter la place accorder à la licence Super Mario, mais comment faire autrement que d’aborder la série la plus culte du jeu-vidéo ? D’ailleurs, il faudrait tout de même être d’une sacrée mauvaise foi pour ne pas voir la richesse du contenu. Comme à notre habitude, nous en dirons le moins possible, histoire de ne pas spoiler, mais bon… Allez, disons que passer de Mr. Nutz à Quackshot, ça donne l’envie d’un gros trip bien rétro. Quant aux articles en eux-mêmes, ils éveillent l’intérêt de par certaines très bonnes idées. Par exemple, la « Battle of Generations » de Castlevania apporte un véritable intérêt, qu’il soit ludique ou informatif. Ainsi, le lecteur parcourt l’intégralité de Games History 4, histoire de ne pas rater une miette du programme, et en ayant l’impression de redécouvrir un genre malheureusement tombé en désuétude (ndlr : sauf chez les indés !).

On en veut encore !

Au final, Games History 4 : histoire du jeu de plates-formes, est une franche réussite. Pas parfaite, on regrette les coquilles et, pourquoi pas, l’indication du titre de jeu associé aux images aurait été une bonne idée. Mais c’est bien peu en regard de l’énorme travail accompli, du ton qui se dégage de l’ouvrage, du plaisir éprouvé. Comme avancé plus haut, l’impression de revivre la lecture des anciens mensuels se fait forte. Cette façon qu’on avait de parcourir des dizaines de fois chaque magazine, les yeux écarquillés devant des softs qu’on ne pouvait côtoyer qu’a cette occasion. Alors, même une fois la lecture bouclée, on y revient, encore et encore, pour se prendre une bonne dose d’oxygène paisiblement nostalgique, tout en parcourant de manière conséquente tout un pan de l’histoire du jeu-vidéo. Bon sang, que ça donne envie de s’y replonger.

Eh connais-tu les deux frères, les frères plombiers ?

Avant de vous quitter, il est de bon ton de nommer tous les rédacteurs de Games History 4 : Histoire du jeu de plates-formes, pour que ce succès soit personnalisé. Yacine « Yace » Djebili, rédacteur en chef de ce numéro, dont vous retrouvez des interviews très intéressantes sur Retrotaku et Culture Games. Les rédacteurs Vincent Zimmermann (Pix’N’Love, Retroplaying Mag), Toma Uberwenig (rédacteur chez Le Serpent Retrogamer), Bénédicte Coudière (journaliste pour L’Avis des Bulles, Retro Playing Magazine), Alban Suarez (aussi directeur de collection sur Games History, et ancien rédacteur en chef notamment des magazines RPG Vision et Mangascope), Gaétan Gobin (aussi à la conception de la maquette et direction artistique de ce Games History 4), Nicolas Loubère, Samir Benlazar, Thibault Ribba (rédacteur au Serpent Retrogamer), Charlotte Binet, Pierre Lagardère. Et notons que l’œuvre est dédiée à Cabu.

Games History : histoire du jeu de plates-formes, aux éditions Cote-A-Cas. 314 pages, 29€. 

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Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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