[Critique] Les Noces Macabres – Jean-François Coatmeur

image noces macabresUn « rape and revenge » à la bretonne

Dans le paysage si atypique du polar à la française, Jean-François Coatmeur a gagné ses galons d’auteur solide, de valeur sûre pour une lecture plaisante aux yeux des amateurs du genre. Des classiques, l’écrivain en a quelques uns à son tableau de chasse, on pourra citer les plus évidents : Les Sirènes de Minuit et La Bavure, par ailleurs tous deux passés par la case adaptation (télévisuelle ou cinématographique, et avec plus ou moins de réussite). D’autres de ses ouvrages ont marqué les esprits, et l’éditeur Albin Michel ne s’y est pas trompé en faisant de lui l’une des figures de proue de sa collection Spécial Suspense. Les Noces Macabres s’ajoute-t’il à la liste des réussites de l’auteur ?

Les Noces Macabres, c’est l’histoire d’un gros coup de pression que reçoivent trois notables aux vies apparemment au-dessus de tous soupçons. Un appel reçu, une voix métallique et menaçante, et c’est la fuite définitive pour le Père Gildas, l’homme politique Eugène Abilien et le médecin Loïc Mazou, une trinité certes solidement installée en Bretagne, mais dont les rapport anciens vont s’avérer être des plus infâmes. En effet, le trio, en fait un quatuor avec le larron Alain Vénoret, voit le passé ressurgir sous la forme d’un plan diabolique dont le but est de faire payer certaines dettes innommables. Car certaines choses ne s’oublient pas avec le temps…

Il y a, dans ces Noces Macabres, un délicieux esprit de « polar à la française », voire même à la bretonne plus précisément, qui transpire de ces pages tout du long. Pour le moins expérimenté, Jean-François Coatmeur distille autant une intrigue qu’un esprit, car se plonger dans ce roman est à la fois un dépaysement (du moins pour le citadin qu’est votre humble serviteur) qu’une plongée dans un mystère juste assez malsain pour créer un malaise constant sans non plus tirer sur la corde du voyeurisme débilitant. On est là face à une problématique que l’on pourrait rapprocher du genre cinématographique « rape and revenge », mais heureusement lavée de toute envie de choquer juste pour le plaisir de créer ce sentiment. Noces Macabres, par ailleurs, s’éloigne de beaucoup de ce que le lectorat actuel peut attendre d’un polar…

Un polar axé sur ses personnages

Noces Macabres, ce n’est pas la révélation pour la révélation, le twist pour le twist, le whodunit pour le whodunit. Comme, chez Culturellement Vôtre, on est du genre à un peu se plaindre de ce systématisme du polar moderne, qui brigue parfois la construction du récit au profit du sensationnalisme, on doit bien avouer que l’œuvre signée Jean-François Coatmeur marque un point dès le départ. On peut, dès le premier chapitre, imaginer l’identité du tueur, et par conséquent ce sont d’autres sensations qui sont recherchées par l’auteur, de celles que l’on savoure tant elles se font rares. Plus axé sur ses personnages que sur son intrigue, mais aussi sur le travail de projection que doit effectuer le lecteur, Noces Macabres réussit le tour de force d’être limpide, de ne jamais perdre de vue ses protagonistes, sur une épaisseur pourtant limitée à 224 pages.

Les amateurs de sensationnalisme acharné, de vice abusivement déviant, et autre crétineries pensées uniquement par besoin d’emporter l’adhésion d’un public qui en demande toujours plus, pourront se sentir laissés sur le carreau. Noces Macabres, c’est avant tout une mise en place, un amoncellement d’éléments que le style limpide de l’auteur se charge de rendre immédiatement mémorables, et ce pour le bon fonctionnement d’un final certes attendu mais dont la force fait nécessairement mouche. Jean-François Coatmeur est de ces auteurs qui aiment distiller une ambiance, et non pas l’imposer coûte que coûte, comme pour mieux marquer les sursauts et non pas les noyer dans un lac de noirceur. Il joue avec les teintes, mais ne s’enferme pas dans l’une de celles-ci. De ce fait, Noce Macabres se veut parfois d’un calme prononcé, mais pas déplaisant, pour mieux faire surgir une forme de suspense moins terrorisante mais plus lancinante.

Noces Macabres réussit à nous offrir un trip breton efficace, classique dans le bon sens du terme, sans reculer d’un iota sur sa volonté de sortir des sentiers battus, et rebattus, d’un polar moderne qui a tendance à jouer l’escalade plutôt qu’à proposer des intrigues solides de par leur probabilité. Noces Macabres, ce qui s’y déroule, est plausible tout du long car équilibré dans sa construction, et ça c’est réellement flippant…

Noces Macabres, un roman de Jean-François Coatmeur. Aux éditions Albin Michel, 224 pages, 15 euros. Sortie le 25 mai 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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