[Critique] Les enchaînés — Jean-Yves Martinez

Caractéristiques

  • Auteur : Jean-Yves Martinez
  • Editeur : Seuil
  • Collection : Cadre Noir
  • Date de sortie en librairies : 3 janvier 2019
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 176
  • Prix : 17€
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Jean-Yves Martinez est plutôt inconnu du grand public. Ce professeur et journaliste qui a vécu douze ans à la Havane n’en est pourtant pas à son coup d’essai puisque Les enchaînés, publié dans l’exigeante collection Cadre Noir des éditions du Seuil (Offshore, Scalp…) est son troisième roman. Thriller psychologique, huit clos entêtant ou suite d’événements sans cohérence, les avis sont partagés sur ce roman.

Let it snow

David Sédar N’Gong a parcouru clandestinement la distance entre le Sénégal et Hauterives en Isère dans le seul but de retrouver Monsieur Denis, un humanitaire avec qui il a longtemps travaillé. Cet homme lui a fait une promesse et David Sédar a en sa possession un objet qu’il doit à tout prix lui rendre. Mais lorsqu’il arrive, tout est fait pour qu’il ait des barrières : le froid glaçant, la neige épaisse, la clandestinité, un gendarme assoiffé de sang…

La maison de Monsieur Denis est isolée et seule s’y trouve Diane, sa “bien-aimée”. Elle lui apprend que son époux a disparu et qu’elle-même a beaucoup de questions. David Sédar et Diane, que tout oppose, vont devoir apprendre à se connaitre et à collaborer pour avoir une chance de peut-être découvrir leurs vérités.

Un fouillis plus ou moins organisé

Les enchaînés est un roman court (170 pages) qui se déroule sur trois petits jours. La fluidité d’écriture fait qu’on le lit d’une traite, un peu à la manière d’une nouvelle. Cependant l’histoire en elle-même pose plus de difficultés au niveau de l’accessibilité : bon nombre d’éléments sont laissés flous, très probablement de façon volontaire de la part de l’auteur. Malheureusement cela rend parfois la lecture complexe car on ne sait pas où veut nous emmener Jean-Yves Martinez ni s’il le sait lui-même. Sans être vraiment un huis-clos, cette histoire en reprend les codes avec la neige en guise de murs. Cette même neige omniprésente qui sert à donner une impression de pesanteur, comme si une chape de plomb pesait sur les épaules des deux personnages principaux. On comprend certains éléments, mais d’autres sont moins évidents.

Au-delà de l’action, la psychologie

L’histoire se déroule en Isère, au cœur de l’hiver et en pleine neige. Bien que ce ne soit visiblement pas l’intention première de Jean-Yves Martinez, certaines scènes d’action viennent ponctuellement rythmer le récit. Cependant il est évident que ce qui prime pour l’auteur c’est la psychologie : en nous laissant dans le flou, distillant des bribes d’informations au fur et à mesure du récit, l’auteur stimule l’imagination du lecteur, le poussant à chercher non seulement ce qui a pu se passer, mais aussi qui sont les personnages. Chacun représente un type de personnalité : David Sedar est l’homme bon par nature, au point d’en être naïf, Diane est une femme forte et solitaire dont la santé décline et Denis un être cynique qui a utilisé l’humanitaire pour assouvir des pulsions inavouables. Au-delà de ce qui peut être considéré caricatural, l’auteur pose ici la question du rapport à l’autre, jusqu’où pouvons-nous réellement connaître quelqu’un et jusqu’à quel point nous souhaitons dévoiler notre personnalité profonde.

Il est difficile de porter un avis ferme sur Les enchaïnés : plaisant par certains égards (écriture fluide, un environnement efficace, une volonté de faire réfléchir le lecteur), il peut aussi apparaître comme brouillon, inachevé. Quoi qu’il en soit, ce roman ne laisse pas indifférent.

5/10

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