[Critique] Un livre dont vous êtes le héros, Sorcellerie T3 : Les sept serpents – Steve Jackson

image couverture un livre dont vous êtes le héros les sept serpents gallimard jeunesseAh, les fameux Livres dont vous êtes le héros ! Qui, parmi notre lectorat trentenaire (voire plus, ne niez pas), n’a pas connu ces ouvrages fascinants, dont le principe a tout pour faire tenir un bouquin en mains même à un allergique à la littérature ? Votre humble serviteur doit bien vous avouer ceci : c’était son cas tout petit, et les souvenirs de ces pages remplies d’aventures, de pièges, mais aussi d’efforts mentaux pour faire vivre le jeu au-delà du papier, donc dans l’imaginaire, sont encore bien vivaces. Et ce même si, il faut bien l’avouer, nous sommes beaucoup à avoir perdu la trace de ces ouvrages, relégués dans les cartons de notre enfance. Mais Gallimard Jeunesse a les épaules nécessaires pour relancer la passion, et depuis quelques temps, les Livres dont vous êtes le héros refont parler d’eux, avec des ressorties dans de bien belles éditions. Dès lors, il était inconcevable pour nous de passer à côté, et aujourd’hui nous abordons le troisième tome de la série « Sorcellerie ! » : Les Sept Serpents.

Un tome 3 qui peut être lu indépendamment de la série

Tout d’abord il faut préciser que, comme d’habitude dans Les livres dont vous êtes le héros, le joueur peut aborder une série dans l’ordre qu’il souhaite, du coup nul besoin de s’être exercé aux deux premiers tomes pour se faire plaisir avec Les Sept Serpents. Même si, évidemment, se lancer dans la continuité est tout de même conseillé pour celles et ceux qui voudraient profiter à fond du background. « Sorcellerie ! » comporte quatre ouvrages, et sa qualité est telle que la série est reconnue comme l’une des meilleures du genre par les fans (800 000 ventes pour le quatuor, tout de même !), dès lors, on était impatient de s’y frotter. On s’arme avec l’équipement habituel : deux dés, un crayon, et une gomme : c’est parti pour la conquête de la Couronne des Rois !

L’histoire des Sept Serpents est ingénieusement classique, tout est fait pour nous plonger dans le jeu, et nous « mettre dans la peau » d’un personnage juste désincarné ce qu’il faut pour pouvoir le remplir de nos propres émotions. Le but est, donc, de retrouver la Couronne des Rois. Laquelle a été odieusement volée par le diabolique Archimage de Mampang, une forteresse qu’il va vous falloir atteindre. Pour ce faire, le périple débuté par le premier tome de « Sorcellerie ! » s’est avéré redoutable : traverser les collines de Shamutanti, et déjouer les énigmes de l’inhospitalière cité des pièges Kharé, pour enfin, ce qui nous intéresse ici, ne pas se perdre dans les Terres des Fins Fonds. Il faudra ne surtout pas traîner en chemin, car Mampang planifie d’envahir les royaumes alentours, mais reste à portée de votre épée tant qu’il n’est pas au courant de votre problème. Mais cette situation pourrait bien changer car sept monstrueux serpents sont justement en chemin pour informer l’Archimage de votre arrivée prochaine. Il va donc vous falloir les combattre avant qu’il ne soit trop tard…

Un défi de taille

Dès l’ouverture des Sept Serpents, on se remémore le pourquoi du comment des bons souvenirs qu’ont pu laisser Les livres dont vous êtes le héros. Bon sang, comme c’est complet : rien n’est laissé au hasard par l’éditeur Gallimard Jeunesse, ni par l’auteur Steve Jackson. Les 37 premières pages sont dédiées à l’apprentissage du lecteur. Les règles, nombreuses et un brin exigeantes, sont assez bien abordées pour ne pas non plus nous ensevelir sous une tonne d’informations. L’univers est aussi abordé dans ces pages, on revient notamment sur la légende de la Couronne des Rois, et très vite l’alchimie se fait : on est envahi par cet appel de l’aventure qui a fait le succès de cette franchise. Dès lors, on passe à l’action, et là, c’est une paire de manche bien ardue qui nous attend.

Car il faut savoir que Les Sept Serpents est sans aucun doute le moins aisé des quatre tomes de « Sorcellerie ! ». Bon, évidemment rien n’empêche le lecteur de tricher un peu, mais il faut tout de même être prévenu que venir à bout des sept bestioles est une tâche quasiment vouée à l’échec. Bien entendu, cela impactera vos aventures dans le quatrième volume, mais pour autant, il est bien sûr possible de venir à bout de l’ouvrage en position d’échec. Mais même avec cette dose de difficulté prononcée, Les Sept Serpents a le don de nous entêter tout du long, notamment grâce à l’immense voyage qu’il provoque, l’imaginaire qu’il aime à motiver chez le lecteur (ou joueur, pour être plus exact). Il va vous falloir en traverser, des décors prodigieux, déjouer bien des pièges et surtout combattre de nombreuses créatures. Car ce qui marque l’esprit est le focus fait sur l’action. Ce tome est résolument tourné vers les rencontres pas du tout espérées, ce qui donne à chacun de nos voyages dans les pages des Sept Serpents une sorte de suspense étouffant.

Soyez stratégiques !

En terme d’équilibre de jeu, si Les Sept Serpents est du genre relevé, il n’est pas non plus injuste. Vous arriverez à venir à bout de bien des ennemis en ayant été attentif aux informations glanées ici ou là, ce qui fait par ailleurs tout le charme de cette lecture : rien ne doit être laissé au hasard, et qui reste concentré trouvera par exemple certains points faibles chez les fameux serpents. Joute à base d’éléments primaires (le feu, l’eau, l’air, etc), ces combats « de boss » sont tout simplement homériques, n’offrant par ailleurs aucune chance aux aventuriers s’aventurant dans un corps-à-corps brouillon. Encore une fois, abattre tous les serpents n’est pas nécessaire, même si cela offre un très net avantage pour le quatrième tome (l’Archimage n’aura pas été averti de votre plan), mais il est vrai que l’on a tout de même tendance à vouloir effectuer un « run » parfait. Celui-ci nous a semblé trop peu concevable, mais cela n’enlève rien au plaisir de parcourir les Terres des Fin Fonds qui s’étendent dans Les Sept Serpents.

Les Sept Serpents, c’est aussi des rencontres avec des personnages tout aussi bien décrits que les décors. Citons le plus mémorable de tous : le Spectre de la Mort, qui provoque le meilleur passage du livre. On pourra aussi se régaler de Trompe-L’Oeil, personnage beaucoup moins menaçant mais tout aussi agréable à s’imaginer. Signalons, pour finir, que les illustrations de John Blanche sont bien entendu au rendez-vous, et gardent tout leur étrange charme. Les Sept Serpents a été l’occasion de se replonger dans l’esprit des Livres dont vous êtes le héros, et de la meilleure façon qui soit : il s’agit certainement de l’un des meilleurs.

Un livre dont vous êtes le héros, Sorcellerie T3 : Les sept serpents de Steve Jackson, Gallimard Jeunesse, sortie le 26 mai 2016, 320 pages. 14,50€

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato

Réactions (2)

  1. Pingback: Un livre dont vous êtes le héros, Loup Solitaire T17 : La Tour de Cristal - Joe Dever

  2. Salut,

    Voici l’occasion de vous partager une toute nouvelle série de LDVELH lancée depuis 2015 et qui compte 3 tomes :
    * La cité du diamant noir (aventures)
    * L’homme de fer (aventures)
    * L’étoile obscure (SF)
    * La planète fantôme (à paraître)

    [img]http://static.lulu.com/browse/product_thumbnail.php?productId=22366692&resolution=320[/img] [img]http://i68.servimg.com/u/f68/18/06/14/77/produc10.jpg[/img]

    Ca reprend le même format et le même fonctionnement que les LDVELH classiques.
    Vus sur [url=https://www.amazon.fr/LÉtoile-Obscure-Mickael-Nicotera/dp/1326632914]Amazon[/url].

    😉

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