[Critique] La bibliothèque des cœurs cabossés – Katarina Bivald

image couverture la bibliothèque des coeurs cabossés katarina bivald éditions j'ai luBroken Wheel est un drôle de nom pour une ville. C’est pourtant là que se situe le premier roman de Katarina Bivald qui aborde la question du rapport aux livres et aux gens. Lorsqu’on est passionné par quelque chose, peut-on encore avoir du temps et de l’envie pour sociabiliser avec des êtres humains ? C’est la question philosophique profonde à laquelle l’auteure s’attaque…

Une suédoise chez les rednecks

Sara travaille depuis toujours dans une librairie. Elle vit par et pour les livres jusqu’à l’obsession. Un jour, alors qu’elle fait des recherches sur internet, elle découvre un forum de lecteurs qui revendent leurs livres. Sara fait alors la connaissance d’Amy, une vieille dame aussi passionnée qu’elle qui vit dans un petit bourg de l’Iowa. Une relation épistolaire va alors se mettre en place entre les deux femmes, elles vont tout d’abord s’échanger des conseils et des avis sur les livres, puis Amy va raconter la vie dans sa petite ville. Lorsque la librairie de Sara ferme ses portes, elle prend une décision unique dans sa vie : elle va aller vivre chez Amy pendant 3 mois. Mais à son arrivée elle découvre que la vieille femme est décédée, elle est accueillie par les habitants de la ville qui la poussent à rester malgré tout. Très vite elle devient l’attraction locale que tout le monde veut voir, ce qui va à l’encontre de son mode de vie et de son caractère. En voulant essayer de forcer sa nature, Sara va-t-elle enfin vivre pleinement sa vie ?

Un livre feel-good estival

L’histoire de ce roman n’a rien d’extraordinaire : il existe déjà pléthores de livres qui ont une trame similaire (le Chocolat de Joanne Harris, Le cœur entre les pages de Shelly King, Un été sans toi de Karen Swan…), par conséquent il y a un double effet : une bonne base sur laquelle s’appuyer mais aussi un risque d’éprouver un sentiment de déjà-vu. Contrairement à ce à quoi l’on pourrait s’attendre, le fait que l’héroïne soit Suédoise n’apporte pas d’éléments particuliers, c’est bel et bien sa personnalité qui ressort. Elle apparaît comme un miroir révélateur, autant des gens de Broken Wheel que de leur passé, le plus souvent douloureux. C’est ce qui fait de ce personnage somme toute basique une personne plutôt attachante, la plupart des autres protagonistes étant quant à eux des doux dingues, plutôt loufoques. Il est d’ailleurs regrettable que Tom ne fasse pas partie de ces extravagants : il est lisse, voire terne et incroyablement prévisible. Dès son apparition nous savons où il va l’emmener et cela est dommage, bien que le charme de l’histoire n’en soit que peu impacté.

Une semi-autobiographie ?

Katarina Bivald présente plusieurs points communs avec son héroïne : en plus d’être Suédoise, elle a toujours évolué dans des librairies. Aussi passionnée que Sara, elle collectionne les livres et vit avec sa sœur, allant jusqu’à avouer qu’elle ne sait toujours pas si elle préfère les personnes ou les livres. Il n’y a qu’à espérer que l’obsession de la fiction ne soit pas aussi poussée que Sara : certains passages font plus penser à une névrose qu’à une simple nature solitaire. Ainsi, la question sous-entendue (peut-être de façon involontaire par ailleurs ?) est : est-il possible de fantasmer sa vie tout en étant dans la réalité ? Tous les lecteurs (compulsifs ou non) se sont déjà imaginé au cœur d’un roman qu’ils aiment particulièrement, et cette question peut avoir un écho important chez certains, ce pourquoi il est appréciable d’entamer une réflexion à ce sujet.

Les livres, personnages supplémentaires

La relation entre Sara et Amy commence autour des livres, il va donc de soi qu’ils tiennent une place importante tout au long de l’histoire. Par le biais de discussions entre Sara ou les habitants de la ville ou bien par la disposition des correspondances d’Amy dispatchées entre les chapitres, Katarina Bivald a voulu partager son propre amour de la littérature. Cependant si vous êtes d’ores et déjà un lecteur, même moyen, il est plus que probable que vous ayez lu la plupart des œuvres citées : Tom Sawyer, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur ou même Bridget Jones. Et au final, si les « gros lecteurs » sont ici présentés comme des inadaptés sociaux, le message concernant la lecture est non seulement positif mais à marteler à tous : personne n’est défini par ses lectures. Que l’on aime les essais sur les révolutions historiques, les romans de gare ou la chick-lit, l’important est que tout le monde puisse trouver un livre qui le fera voyager pendant quelques heures. L’aspect irréel, quelque peu « monde des Bisounours » aura de quoi en agacer plus d’un, tout en ravissant davantage de lecteurs. La bibliothèque des cœurs cabossés est un de ces romans légers qui raconte, comme le dit l’auteure, « des histoires légères et sympathiques avec fin heureuse garantie afin de laisser le cerveau au repos ». La bibliothèque des coeurs cabossés de Katarina Bivald, éditions J’ai Lu, sortie le 4 mai 2016, 512 pages. 8€

/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *