[Critique] Le jour où Anita envoya tout balader – Katarina Bivald

Caractéristiques

  • Auteur : Katarina Bivald
  • Editeur : J'ai Lu
  • Date de sortie en librairies : 7 juin 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 571
  • Prix : 8€
  • Acheter : Cliquez ici

Auteure de La bibliothèque des cœurs cabossés qui nous emmenait aux USA, Katarina Bivald nous présente Anita, l’héroïne de son nouveau roman qui se déroule en Suède, son pays natal. Plus connue pour ses romans policiers que la chick-lit, la Suède montre donc une nouvelle fois qu’elle regorge d’un vivier d’écrivains de tous les genres.

Moto, journée de la ville et développement personnel

Anita a 39 ans, sa fille Emma 19 et pour la première fois, elles vont devoir se séparer : Emma rentre à la fac, et doit donc quitter le cocon familial. Si la jeune fille le vit plutôt bien, ce n’est pas le cas de sa mère, qui doit tout à coup apprendre à vivre seule, à ne pas pouvoir protéger (et surveiller) son enfant et supporter la vie dans une petite ville où tout le monde s’observe. Pour cela, elle peut compter sur Pia, la cinquantaine et des jupes trop courtes pour son âge, grande gueule qui a toujours voulu contrôler la vie d’Anita, et Nesrin, amie de sa fille qui se cherche un futur, si possible à l’opposé de ce que souhaite son père. Tentant de tromper son ennui, Anita décide donc de réaliser ses rêves, bien difficiles à trouver. Elle finit par s’inscrire dans une moto-école et rencontre le jeune et beau Lukas, qui va l’emmener bien au-delà des circuits de moto…

Crise de la quarantaine ou passage à l’âge adulte ?

Anita est un personnage très ambigu : on voudrait être en empathie avec elle, essayer de la comprendre et ressentir ses émotions. Malheureusement, elle apparaît comme une personne dépendante (de sa fille, de Pia, de Lukas) qui n’est pas capable de gérer sa vie. Elle a beau avoir élevé sa fille seule — Emma est le fruit d’une aventure d’un soir et son père n’a pas souhaité être présent — Anita est incapable de se prendre en main. Si Katarina Bivald fait souvent référence aux sacrifices que son héroïne a faits pour sa fille, cela ne concerne jamais un futur ou des études. Anita n’a jamais eu de métier idéal ou de passion dévorante, et il est évident qu’elle se cache derrière son statut de mère célibataire pour ne pas avoir à rêver. Lorsqu’elle réfléchit avec ses amies pour trouver ce qu’elle pourrait faire maintenant qu’elle a du temps libre, elle n’arrive pas à trouver de réponse, et n’opte pour la moto que parce qu’on le lui a quelque peu soufflé. Par conséquent, le cheminement d’Anita a quelque chose d’étrange, à mi-chemin entre une crise de la quarantaine et un passage forcé à l’âge adulte.

Des personnages caricaturaux

Parmi les autres personnages importants, il y a Pia. Pia est trop : trop maquillée, trop court vêtue, trop franche… Elle domine la vie d’Anita de façon brutale et pas du tout subtile. Bien que décrite comme la meilleure amie possible, on n’a pas vraiment envie de l’avoir près de soi… Enfin, côté masculin, on ne trouve guère que Lukas. Lukas le jeune moniteur de moto (il a tout de même 29 ans), blond aux yeux bleu-gris, plein de confiance et de taquinerie. Lui aussi est une caricature du beau gosse qui daigne parler à une héroïne quelconque, dont l’ex-copine est un canon hautain et méprisant. Ce manque de nuances dans les personnages de Katarina Bivald devient pesant au fur et à mesure de la lecture, car il rend prévisibles les différentes actions de chacun, ainsi que la tournure des événements.

Le jour où Anita envoya tout balader se révèle donc comme un roman assez clivant. Le début, plat et lent, a du mal à laisser place à une histoire qui tienne la route. Katarina Bivald a manifestement voulu créer une relation mère-fille à la Gilmore Girls et, de fait, elle fait référence à la série à deux reprises. Malheureusement, là où Amy Sherman-Palladino excellait grâce à des personnages forts et attachants et un rythme bien cadencé, l’auteure suédoise échoue, ce qui est bien dommage. Néanmoins, tout n’est pas perdu, puisque ceux qui ont aimé La bibliothèque des cœurs cabossés retrouveront la griffe de Katarina Bivald, bel et bien présente, de sorte que la plongée dans son pays nordique reste agréable.

4/10

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