[Critique] L’engrenage : Mémoires d’un trader – Jérôme Kerviel

image l'engrenage memoires d'un traderAu cœur d’un système hors de contrôle

Alors que le film issu de ce livre est sorti le 22 juin 2016 au cinéma, L’engrenage : Mémoires d’un trader fait l’objet d’une réédition. L’occasion ou jamais, pour Culturellement Vôtre, de se lancer dans la découverte de cette biographie qui a tant fait couler d’encre… à raison. Car cette « affaire Kerviel » est décidément le symbole d’une partie de la déliquescence de notre système. Les banques en prennent pour leur grade bien évidemment, mais nous allons voir que d’autres « pouvoirs » sont aussi pointés du doigt.

Car L’engrenage : Mémoires d’un trader revient non seulement sur l’énorme affaire qui a emporté dans l’ouragan médiatique Jérôme Kerviel, mais aussi sur tout ce qu’a pu observer ce dernier. Et, tout au long de ces 256 pages, on va voir que le bonhomme en a gros sur la patate. L’ex-trader revient sur l’ambiance au sein de ses anciennes salles de travail. Afin de mieux nous faire humer cet air vicié qui y règne, il redouble d’anecdotes à en enchaîner les « facepalms » tant certaines sont d’une telle indécence qu’elles provoquent colère et indignation. L’auteur nous décrit un secteur dépourvu de moral car en manque d’âmes pieuses, de valeurs dignes. Loin de nous l’idée que seuls des Saints produisent le Bon, mais il est clair que les personnes croisées dans L’engrenage : Mémoires d’un trader ne sont pas des plus fréquentables.

L’engrenage : Mémoires d’un trader décrit un secteur qui ne se définit que par l’argent : le fric est leur travail, leur revenu, leur but, leur salut. Ce qui n’est peut-être pas un mal à la base, après tout le système monétaire fait partie de notre civilisation, de son évolution. Seulement, ce que Jérôme Kerviel décrit est l’excès, et il s’y attèle bien. On en a les yeux écarquillés tant ce que l’homme nous fait vivre est, quelque part, plus insoutenable que n’importe quelle œuvre ultra-violente. Plutôt court, L’engrenage : Mémoires d’un trader ne se lit pas : il se dévore. Évidemment, on ne peut pas occulter le ressenti de l’auteur, quelque peu en première ligne et qui se doit de remettre certaines pendules à l’heure. Pour autant, la tonalité n’est peut-être pas neutre, mais elle est assez objective pour ne pas donner l’impression d’être sous l’emprise d’un point de vue.

Le trader se rebiffe

Bien entendu, la Société Générale en prend pour son grade dans L’engrenage : Mémoires d’un trader, accusée de faciliter l’état d’esprit délétère qui règne dans les rangs des traders. Mais attention, l’ancien employeur de Jérôme Kerviel n’est pas le centre de l’analyse de l’auteur pour autant. Celui-ci est clairement partagé, et notamment avec les médias qui en prennent pour leur grade. Décris comme des vautours assoiffés des entrailles d’un homme au cœur d’une tempête qu’il n’a certainement pas à assumer seul, les agissements des journalistes (ainsi que des hommes de loi) ont tout pour créer une forte impression d’injustice chez le lecteur.

L’engrenage : Mémoire d’un trader n’apporte aucune réponse aux questions qui accompagnent les lecteurs avant même qu’ils aient débuté la lecture. Le but de Jérôme Kerviel n’est pas spécialement de se défendre ou de faire dans la révélation : il n’est pas dans le pur règlement de comptes. Cette autobiographie fait plus dans la description d’un monde devenu totalement fou, au sein duquel l’ivresse du gain est bien plus puissante que celle de vivre. On termine les trois parties de L’engrenage : Mémoire d’un trader sur les rotules, un peu essoufflé par un rythme mené tambour battant, mais aussi par une accumulations de faits très inquiétants. Un ouvrage éprouvant et nécessaire.

L’engrenage : Mémoires d’un trader, une autobiographie signée Jérôme Kerviel. Aux éditions J’ai Lu, 251 pages, 6.90 euros. Parution le 15 juin 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
/10

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *