[Critique] Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse – Peru, Geyser et Lamirand

image heureux qui comme ulysse androidesQuand le robot est si humain qu’il devient un père

Après la découverte du très bon premier tome de la mini-série Androïdes (sous-titrée Résurrection), on ne pouvait qu’embrayer avec un deuxième tome du coup très attendu. Celui-ci, sous-intitulé Heureux qui comme Ulysse, continue évidemment de traiter des trois lois de la robotique imaginées par Isaac Asimov. Par ailleurs, le format en one shot reste aussi le même, ce qui nous assure une aventure bouclée, et sans liens (scénaristiques) avec les autres ouvrages formant cette collection. Cette dernière continue-t’elle d’être la hauteur de nos (fortes) espérances ?

Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse prend place en plein vingt-cinquième siècle, au sein du vaisseau d’exploration baptisé ISS Oxygen. Alors que sa mission de survie dans l’espace infini ne souffre d’aucun contretemps, notamment grâce à un robot de compagnie AC7+ en charge de s’occuper des enfants, une pluie de météorite s’abat sur l’énorme engin, provoquant morts et destructions. Le vaisseau devient une épave à la dérive, véritable tombeau sidéral, et les quelques survivants meurent de vieillesse les uns après les autres. Sauf l’un d’eux, plus précisément le plus jeune  : Ulysse, un enfant de 8 ans dont la seule compagnie est AC7+ et son lot illimité d’histoires. Poussé par la loi d’Asimov lui ordonnant de préserver la vie humaine, le robot plonge l’enfant dans une profonde stase, au cours de laquelle son corps vieillit d’un an toutes les dix années. Il va falloir 900 ans pour rejoindre la Terre. Ulysse aura, donc, quasiment cent ans quand il posera les pieds pour la première fois sur la Planète Bleue. Et ce que lui et AC7+ découvriront n’est pas vraiment de l’ordre de l’attendu…

Si une bande dessinée ne ment pas sur son contenu, c’est bien Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse. On est là devant une véritable transposition du fameux mythe de l’Odyssée, traité sous le prisme des lois de la robotique d’Isaac Asimov. Un mélange des genres, entre science-fiction et mythologie classique, qui a dans la forme toute l’originalité ce qu’il n’a pas forcément dans le fond. L’histoire d’Ulysse, tout le monde la connaît et on aurait pu craindre un manque de singularité dans son traitement. Heureusement, ce n’est jamais le cas : le scénario est loin d’être cousu de fil blanc et ce même si le récit d’Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse respecte grandement les œuvres dont il tire toute sa puissance. Évidemment, Ulysse fait un long voyage. Très long même : quasiment un millénaire, pour découvrir là aussi un environnement inattendu.

image androides extrait heureux qui comme ulysseLe mythe pour développer les règles d’Asimov

Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse utilise le mythe pour mieux développer les trois lois de la robotique d’Isaac Asimov. Les auteurs se sont servis de cette épopée comme d’une base à explorer, et c’est fichtrement bien vu. La force de ce genre d’histoires, l’écho qu’elles provoquent en chacun de nous, tout est au rendez-vous de cette BD qui mêle habilement anticipation et ressenti profond. Le destin d’Ulysse est au premier plan, et colle parfaitement à celui narré par Homère, jusqu’à la toute fin du personnage, sur l’océan. C’est sans doute cette conclusion, que nous ne détaillerons pas trop afin d’éviter tout spoilers, qui donne à Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse cette persistance spirituelle, alors que le rôle tenu par Télégonos explose en deux personnages symboliquement très forts. Dans ce futur, le robot est clairement l’égal de l’Homme civilisé, dans ce qu’il apporte de meilleur mais aussi de pire, non pas spécialement dans ses sentiments, ni dans ses actions, mais dans sa postérité.

Aux commandes du scénario, on retrouve le prolixe et doué Olivier Peru, qui chez Soleil a déjà pu donner quelques séries de belle envergure (la plus connue étant certainement Zombies). Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse profite de tout son talent pour construire une narration claire, jusque dans certaines ellipses pourtant difficiles. La galerie de personnages nous a aussi marqué, tant le lecteur réussit à les identifier immédiatement : gros travail de caractérisation. Aux illustrations, c’est un duo qui se partage la tâche : Geyser aux dessins et Sébastien Lamirand aux couleurs. Cela résulte sur un travail admirable de bout en bout ; à souligner d’autant plus que, si ces deux artistes ne débutent pas leur carrière avec l’œuvre ici abordée, ils n’en sont pas moins jeunes et promis à un bel avenir. Ils apportent à Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse une force d’évocation qui nous a étonné, notamment via le design des robots, ou encore la direction artistique moderne, sans oublier ces décors éclatant. Les esthètes du dessin seront au moins autant servis que les amateurs de (longs) voyages bien ficelés…

Androïdes T2 : Heureux qui comme Ulysse, scénarisé par Olivier Peru, dessiné par Geyser et Sébastien Lamirand. Aux éditions Soleil, collection Anticipation, 52 pages, 14.95 euros. Sortie le 24 août 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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