[Critique] Moi, Boy et plus encore — Roald Dahl

image couverture moi boy et plus encore roald dahl gallimard jeunesseÉdition augmentée, illustrée de nombreux dessins de Quentin Blake et agrémentée de photos et documents d’archives de la famille Dahl (notamment des extraits de sa correspondance avec sa mère), Moi, Boy et plus encore est proposé en grand format souple et présente également quelques commentaires sur ces passionnants récits d’enfance d’un des plus célèbres auteurs jeunesse. Accessible dès 10 ans, de préférence après avoir lu quelques-uns des classiques de Roald Dahl tels que Charlie et la chocolaterie, Matilda ou Sacrées sorcières, ce livre paru pour la première fois en 1984, six ans avant la disparition de l’auteur des suites d’une leucémie, réunit de nombreux souvenirs d’enfance, souvent racontés avec autant d’humour et d’inventivité que dans ses livres.

Des souvenirs d’enfance drôles et facétieux

L’écrivain insiste en préambule sur le fait que Moi, Boy n’est en aucun cas une autobiographie, ce que vient d’ailleurs confirmer la mise en parallèle d’extraits de lettres adressées à sa mère avec certaines des anecdotes relatées dans le livre, qu’il a visiblement romancées et exagérées. Pour les rendre plus drôles et marquantes, sans doute, mais aussi et peut-être davantage, devine-t-on, pour les faire coïncider au mieux à son ressenti d’enfant confronté à ce qu’il perçoit comme une injustice au sein des très rigides établissements anglais des années 20 et 30. Si injustice il y a eu (rappelons quand même que les châtiments corporels, notamment à coups de canne, étaient monnaie courante à l’époque), le futur génie littéraire était également suffisamment facétieux pour aller au devant des ennuis, et suffisamment malin pour tirer parti, lorsqu’il le pouvait, du système singulier de ces établissements.

Sous la plume de Roald Dahl, on découvre ainsi l’éducation au sein des internats et écoles privées anglaises de l’époque, mais aussi les nombreuses blagues qu’il ne se lassait jamais d’imaginer enfant, certaines annonçant l’esprit malicieux et impertinent de son oeuvre, comme cet hilarant passage où le jeune Roald convainc quelques camarades de classe de glisser une souris morte dans un des nombreux bocaux de la sévère propriétaire de la confiserie locale. L’amour du jeune garçon pour les bonbons et chocolats est d’ailleurs assez longuement évoqué, donnant l’une des clés de son inspiration pour son classique Charlie et la chocolaterie.

Aussi passionnant qu’un bon roman

image roald dahl enfant moi boy et plus encore
Roald Dahl enfant, à environ 8 ans.

Fidèle à lui-même, le style de l’auteur est à la fois simple et imagé, direct et malicieux, de sorte que ses camarades ou professeurs semblent tout droit sortis d’un de ses oeuvres de fiction, sentiment bien évidemment renforcé par les illustrations de Quentin Blake, qui collabora durant quinze ans avec Roald Dahl et réalisa également des dessins pour de nouvelles éditions de ses oeuvres après la disparition de ce dernier. Ses accidents rocambolesques (il eut le nez quasiment sectionné suite à un accident de voiture), la personnalité de sa mère, une Norvégienne au fort tempérament, aussi élégante que cultivée, ou encore la rigueur de son éducation scolaire, ont en quelque sorte façonné l’écrivain qu’il allait devenir, et cela est particulièrement perceptible lorsqu’on lit Moi, Boy en connaissant déjà  ne serait-ce qu’une partie de son oeuvre.

Une bonne idée de cette édition augmentée est d’ailleurs de proposer de courts commentaires en marge du texte, afin de souligner quelques uns des nombreux parallèles que l’on peut trouver avec ses oeuvres de fiction. Cette réédition ne manque pas également de replacer avec pédagogie certains éléments dans le contexte de l’époque, pour être plus facilement compris des jeunes lecteurs. Moi, Boy et plus encore est donc un ouvrage essentiel pour comprendre Roald Dahl et aller plus loin dans sa bibliographie après avoir lu au moins quelques unes de ses oeuvres de fiction les plus marquantes à destination des enfants.  Des récits d’enfance drôles, racontés avec la même inventivité que ses meilleurs romans.

Moi, Boy et plus encore de Roald Dahl, illustré par Quentin Blake, Gallimard Jeunesse, sortie le 1er septembre 2016, 236 pages. 14,90€

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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