[Critique] La vallée des ombres – Xavier-Marie Bonnot

image la vallée des ombresLa vengeance implacable d’un ancien légionnaire

Xavier-Marie Bonnot, voilà un nom qui a acquis une certaine résonance auprès des amateurs de polars, et ce depuis quelques années. Ses sept précédents romans forment une carrière déjà très intéressante avec, pour le moment, un point d’orgue intitulé La dame de pierre, roman que l’on ne peut que vous conseiller de découvrir au plus vite. Aujourd’hui, nous abordons le très attendu La vallée des ombres, le huitième livre de l’auteur, paru aux éditions Belfond.

La vallée des ombres s’intéresse à un personnage à la profondeur prodigieuse. René Vasseur est un ancien légionnaire, revenu dans son village natal et plus précisément au chevet de son père, anciennement dirigeant de la CGT local et dorénavant aussi désabusé que tyrannique. A moins que ce ne soit pour enfin comprendre ce qui s’est passé vingt ans plus tôt : le dramatique décès de son frère. Toujours est-il que cette bourgade, solidement installée dans une vallée industrielle dévastée par la crise, semble avoir gardé au fil des années bien des secrets troublants. Et René a des comptes à régler avec eux…

Avec La vallée des ombres, Xavier-Marie Bonnot frappe encore un grand coup. Le récit, qui connaît un crescendo puissant, est axé sur le mystère des motivations de René Vasseur, personnage fichtrement bien écrit, qui s’avère tout autant antihéros que personnage attachant. Loin d’être sympathique au premier abord, sa quête autour de la mort non-élucidée de son frère, quelques vingt ans plus tôt, nous le rend très charismatique d’autant que sa propension à faire parler les poings est savoureuse, alors que les rencontre se succèdent. En effet, très vite le récit multiplie les personnages secondaires, ou plutôt les bribes de souvenirs qui donneront à cette histoire très noire un écho saisissant. C’est bien simple, on adore croiser le chemin de Samia, l’ancien amour de René, qui en profite pour donner quelques indices sur la personnalité profonde du protagoniste.

Un polar percutant qui s’autorise des poussées sociales

La vallée des ombres est un roman qui se dévoile peu à peu. Xavier-Marie Bonnot domine son sujet, maîtrise si bien les personnages, les situations et le décor que l’on se sent plongé dans le récit d’un bout à l’autre. D’autant que l’auteur a la faculté de construire une ambiance qui dépasse les espérances. Alors que l’on pouvait penser connaître la trame à l’avance, l’écrivain gratte les âmes qui habitent son roman, et en profite pour peindre la situation désespérée pour les ouvriers des années 1980, dont on oublie aujourd’hui qu’elle était catastrophique. C’est précisément au sein de cet environnement fondamentalement ravagé que René va s’avérer un personnage marquant, car lui n’est ni un syndicaliste dans l’âme, ni un militant dans l’âme. Au contraire, il se considère comme un lâche et toute sa vie est marquée par cette envie (malheureusement sans issue) de se prouver le contraire. Son besoin de vengeance se justifie donc de par la situation à laquelle René est confrontée, et cela prend aux tripes le lecteur.

La vallée des ombres est un page turner en puissance, qui renferme tant de passages captivants qu’il en devient vite entêtant. Le style de Xavier-Marie Bonnot, percutant et fluide, fait de cette lecture un véritable moment d’évasion, pas toujours agréable de par l’action qui s’y trame et c’est bien là une excellente chose. Au final, il se dégage de cet ouvrage une tonalité entre deux eaux : très sombre par moment, il n’hésite pas à s’accorder des respirations tout aussi intéressantes que ses instants les plus marqués par le suspens. Autant récit social que polar éprouvant, La vallée des ombres nous aura carrément bouleversé, et la fin nous laisse sur les rotules. Xavier-Marie Bonnot, lui, continue de grandir…

La vallée des ombres, écrit par Xavier-Marie Bonnot. Aux éditions Belfond, 304 pages, 18 euros. Sortie le 3 novembre 2016.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
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