[Critique] Les saisons inversées — Renaud S. Lyautey

Caractéristiques

  • Auteur : Renaud S. Lyautey
  • Editeur : Seuil
  • Collection : Cadre Noir
  • Date de sortie en librairies : 3 mai 2018
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 256
  • Prix : 18€
  • Acheter : Cliquez ici

Lorsque l’on exerce une fonction dans certaines sphères du pouvoir, on est logiquement assujetti au devoir de réserve. Pourtant, sous certaines conditions, de hauts-fonctionnaires peuvent s’exprimer au travers de romans. C’est ce que Renaud S. Lyautey (un pseudonyme) fait dans son premier livre Les saisons inversées : ce diplomate actuellement en poste au Moyen-Orient signe une enquête au cœur du Quai d’Orsay, mêlant fiction et éléments réels.

Un meurtre peut en cacher un autre

René Turpin est un fonctionnaire sans histoires. Évoluant dans le milieu diplomatique depuis des années, il vit ses passages obligatoires à Paris comme une antichambre de sa vie : ce qu’il aime, c’est être sur le terrain, à l’étranger. En cette fin août 2003, Pierre Messand, Directeur Général des Affaires politiques et de sécurité, a été retrouvé sans vie à son domicile. Cet assassinat d’une violence rare laisse craindre un caractère politique, le contre-espionnage prend donc l’affaire en main. Néanmoins, ne souhaitant pas être tenu à l’écart, le Quai obtient de nommer quelqu’un pour les épauler : ce sera Turpin. S’il ne comprend pas forcément quel rôle il peut avoir dans cette affaire, il va prendre cette enquête à cœur et remonter les dernières semaines de Messand.

Mais cela ne sera pas suffisant et, très vite, il va être conduit hors de France, d’abord en Iran où le défunt a eu une longue carrière au moment de la révolution iranienne, mais également au Chili, où il exerçait lorsque Pinochet fit son coup d’état. Comment ces événements ayant eu lieu dans les années 70 peuvent-ils avoir un lien avec ce meurtre du début des années 2000 ? Alors que les Etats-Unis sont en train d’organiser une intervention en Irak avec l’approbation des Nations Unies, excepté la France, René Turpin va vite réaliser qu’il a encore beaucoup à apprendre des arcanes du pouvoir…

Une fiction ancrée dans le réel

Inutile de chercher un fait divers correspondant aux Saisons inversées : il s’agit d’une fiction. Au-delà de la dimension sécuritaire, cela permet également à l’auteur de pouvoir créer tous ses personnages et de les placer dans des situations passées existantes. Ainsi, l’action se déroule en 2003, quelques temps après le discours de Dominique de Villepin à l’ONU. Si, bien sûr, son nom n’est jamais évoqué, on le reconnaît aisément. Ce qui est intéressant est de voir comment les différents personnages, membres plus ou moins importants de la diplomatie française, analysent ce positionnement qui continue de marquer les esprits, aujourd’hui encore. Ainsi Renaud S. Lyautey peut élaborer, toujours à travers ces figures, une théorie plus globale sur la vision de la France sur l’intervention américaine en Irak.

De même, la révolution iranienne ainsi que le coup d’état de Pinochet sont des événements qui ont bel et bien eu lieu et qui ont eu un impact considérable sur les équilibres géopolitiques, non seulement d’un point de vue régional, mais également de par le monde. En utilisant ces faits, l’auteur donne un accent de véracité à son récit, qui reste pourtant une fiction.

Le début d’une série ?

René Turpin est une sorte de anti-héros : la quarantaine, célibataire, sans enfants, il ne vit que pour ses missions à l’étranger. Sa propre mère ne comprend pas son choix de carrière et ne manque pas de le lui rappeler. Lorsque son enquête commence, il est forcé de partager son bureau avec une jeune recrue, Jean-Baptiste Bruxel. Alors que Turpin le voit comme un intrus, le rôle de mentor s’ouvre peu à peu à lui, alors qu’il réalise qu’il peut lui aussi utiliser le jeune homme : nous sommes au début des années 2000 et le fonctionnaire n’a aucune connaissance des nouvelles technologies en dehors de son Internet et les boîtes mails… Peu à peu, une sorte de lien se tisse entre les deux hommes, pouvant laisser penser qu’ils ne sont peut-être qu’aux prémices de leurs aventures communes.

Les saisons inversées est un polar tout ce qu’il y a de plus honnête quant à son contenu policier. Le vrai plus de ce roman est le contexte, l’ambiance dans lequel il se déroule : les scènes se déroulant en Iran et au Chili font voyager, pour le meilleur et pour le pire.

7/10

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