[Critique] Le mystère de la nuit des pierres — Evelyne Brisou-Pellen

image couverture le mystère de la nuit des pierres evelyne brisou-pellen éditions bayard jeunesseAuteure jeunesse reconnue depuis maintenant plus de 35 ans, Evelyne Brisou-Pellen a écrit des dizaines de livres destinés aux enfants de tous âges, qu’il s’agisse d’albums ou de romans, et continue de faire preuve d’une belle inventivité dans le domaine puisque le tome 1 de sa nouvelle série, Le Manoir, lui a valu de remporter le Prix Gulli du roman jeunesse en 2013 et celui des Incorruptibles (niveau 5e-4e) en 2015. C’est donc avec grand plaisir que nous redécouvrons l’une de ses oeuvres-phares, Le mystère de la nuit des pierres, paru pour la première fois en 1980 et à présent réédité par Bayard Jeunesse avec une belle couverture colorée mettant en avant le folklore celte, qui imprègne ce joli récit initiatique.

Un récit initiatique dans une Bretagne de légende

L’histoire est celle de Netra, un enfant bossu délaissé par sa mère biologique, qui refuse de s’en occuper et le laisse ramper dans la basse-cour en compagnie de la chienne, qu’il considère comme sa mère, et des cochons. Jusqu’au jour où un inconnu, Boren, l’apprenti d’un vieux et grand magicien du nom de Neposus, l’emmène avec lui après avoir fait sa connaissance. Recueilli par les deux hommes, le jeune garçon grandit en sécurité au sein d’un environnement paisible. Mais lorsqu’un puissant sorcier cherche à s’emparer d’Antaerus, le grimoire où Neposus dévoile les secrets d’une potion capable de décupler les capacités physiques et intellectuelles de celui qui en boit, Netra part en quête afin de retrouver le grimoire avant que ce dangereux magicien ne s’en empare. Confronté pour la première fois au monde extérieur, il apprendra beaucoup sur lui-même avant de faire face à sa destinée…

Pour les jeunes lecteurs avides d’aventures et de légendes, Le mystère de la nuit des pierres, inscrit dans une Bretagne encore païenne, se révèlera un roman aussi attachant que fascinant. Au-delà du récit initiatique, classique et bien mené, Evelyne Briou-Pellen intègre surtout à l’intrigue de nombreux éléments issus du folklore celte, qu’il s’agisse de superstitions de l’époque ou bien de créatures légendaires, telles que les korrigans, par exemple. Ainsi, lorsqu’une fermière n’arrive plus à produire suffisamment de beurre alors que sa voisine en a beaucoup, Neposus lui dit que cette dernière est une sorcière qui lui vole son dû grâce à un sort ; chose qui faisait réellement partie des superstitions bretonnes en ces temps reculés. On sent que l’auteure, qui s’est intéressée à différentes périodes historiques tout au long de son oeuvre, a effectué de vraies recherches sur la culture celte, ce qui ne fait qu’enrichir son intrigue, et instaure une ambiance nimbée de magie et de mystère des plus plaisantes.

Un roman fantasy à la française

Bien évidemment, ce roman fantasy français utilise certains codes du genre, notamment en ce qui concerne le méchant, finalement très peu présent, et dont la quête de pouvoir reste très sommaire. Le tout fonctionne parfaitement car la narration d’Evelyne Brisou-Pellen maintient une certaine simplicité tout en développant une intrigue ménageant de nombreux rebondissements, où le héros est amené à évoluer. L’écrivaine en profite, à travers l’exemple de Netra, pour encourager le jeune lecteur à affirmer sa singularité, à s’accepter et à faire preuve de tolérance et de courage. Il apprendra également au cours de sa quête que l’amitié des autres enfants peut être un atout, même lors des situations les plus difficiles.

On regrettera cependant une fin un peu trop abrupte, qui donne de prime abord l’impression qu’il manque des pages au livre. L’affrontement final avec Falcosi, le méchant sorcier, auquel on nous a préparés tout au long du roman, est bien raconté mais tourne un peu court. Surtout, on se serait attendus à ce qu’un chapitre supplémentaire viennent clore la quête de Netra en apportant un sens à ce qu’il a vécu, en montrant de quelle manière il intègrera à sa vie cette sagesse nouvellement acquise, par exemple. Si l’affrontement de l’enfant et du sorcier apparaît comme l’épreuve finale au sein de sa quête, on a le sentiment qu’Evelyne Brisou-Pellen traite celui-ci comme une convention, un passage obligé, divertissant, mais assez secondaire par rapport à tout ce qui a précédé. Le lecteur aura en effet eu l’occasion de voir Netra évoluer auparavant et de comprendre ce que ce voyage lui avait appris, et c’est précisément cela qui constitue le coeur du roman. De sorte que si cette conclusion pourra s’avérer un peu frustrante, elle ne nuit en aucun cas à la qualité de l’oeuvre dans sa globalité, d’une belle teneur. Le mystère de la nuit des pierres reste, plus de 36 ans après sa publication, un roman initiatique enthousiasmant et sensible, imprégné d’une culture celtique qui, sous la plume de l’auteure française, semble bel et bien vivante.

Le mystère de la nuit des pierres d’Evelyne Brisou-Pellen, Bayard Jeunesse, sortie le 9 novembre 2016, 272 pages. 13,90€.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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