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[Critique] OM : enquête sur le club qui rend fou — Jean-Michel Verne

Caractéristiques

  • Auteur : Jean-Michel Verne
  • Editeur : Solar
  • Date de sortie en librairies : 2 mars 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 240
  • Prix : 16,90€
  • Acheter : Cliquez ici

Un livre fondamental sur le club le plus passionnant de France

Si vous êtes du genre footeux, et quel que soit le club que vous supportez, vous ne pouvez que reconnaître la place très à part de l’Olympique de Marseille. Institution la plus passionnée et passionnante de France, qui sait se faire aimer ou haïr, cette entité ne laisse personne indifférent. Seule équipe à avoir remporté une Ligue Des Champions (c’est toujours bon de le rappeler), l’OM a connu les cimes, les fastes d’une gloire méritée (l’effectif de 1991 figure parmi les plus belles de l’Histoire de ce sport, qu’on se le dise) mais aussi une terrible descente aux Enfers, traversant le Styx pendant près de dix-sept longues, très longues années sans titre. OM : enquête sur le club qui rend fou, aux éditions Solar (Insubmersible Messi, Les Bleux c’est nous, Mémoires) revient sur toutes ces années de vaches maigres, et tente d’en avancer les causes. Attention, la plongée dans le microcosme de la présidence des Louis-Dreyfus est du genre mouvementée.

Il faut tout d’abord présenter l’auteur d’OM : enquête sur le club qui rend fou, car nous allons voir que ce livre, un peu à charge sur certains passages, mérite que l’on sache « d’où il est écrit ». Jean-Michel Verne est est un journaliste certes, mais d’investigation. Né à Marseille, ce spécialiste des affaires criminelles (et arrière petit-fils de Jules Verne) a eu quelques démêlés lors d’une affaire exceptionnelle, liée à la sortie d’un ouvrage (coécrit avec André Rougeot) consacré à l’assassinat de la députée Yann Piat. En effet, sous couvert d’anonymat le duo d’auteurs a mis en cause des hommes politiques (dont Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille), et le livre fut retiré de la vente par l’éditeur (Flammarion). S’il s’est, depuis, expliqué sur tout ce dossier (L’affaire Yann Piat : retour sur une manipulation, paru en 2006 aux éditions Privé), Jean-Michel Verne n’en a pourtant pas fini avec les livres d’investigation. Toujours concentré sur le Sud de la France, le voilà qui revient vers l’Olympique de Marseille après une première enquête datant de 1995 (Vingt milliard sous l’OM, éditions Plein Sud), et toujours avec cette envie de gratter les couches.

Il est vrai que l’OM est du genre à très bien se prêter au jeu de l’investigation à sensation. L’histoire plus ou moins récente du club démontre fort bien, sans même avoir besoin de forcer le trait, que l’entité n’a pas toujours été claire, (très) loin de là. Et si le tout nouveau propriétaire, qui ne semble pas convaincre Jean-Michel Verne soit écrit en passant, a l’air apte à faire régner une nouvelle ère plus stable et « propre », il est tout de même grand temps de faire le bilan du règne de Robert Louis-Dreyfus, et de sa femme Margarita (née Bogdanova). OM : enquête sur le club qui rend fou, avec un titre pareil on peut déjà voir pointer la tonalité de l’ouvrage. Toutes les composantes de ces vingt dernières années sont passées au crible, l’auteur déterre les dossiers et apporte de nouveaux éléments via un nombre important de témoignages recueillis uniquement pour ce livre. Ce qui en fait, de facto, un indispensable pour tout fan de ce club décidément hors du commun.

Par respect pour l’ouvrage, nous ne dévoilerons que très peu de matière factuelle qui y figure. Sachez, cependant, qu’OM : enquête sur le club qui rend fou égratigne à peu près tous ceux qui ont exercé dans le club sous le règne des Dreyfus. De inénarrable Pierre Dubiton à Pape Diouf, en passant par Christophe Bouchet, Bernard Tapie et une pelleté d’hommes de l’ombre sans doute encore plus importants que ceux qui ont attiré les projecteurs, tout le monde se prend un taquet, plus ou moins terrible. Ainsi, on apprend beaucoup sur les coursives, les manipulations internes, un énorme gâchis désorganisé et hors de contrôle laissant apparaître assez de failles pour que la pègre (notamment corse, décidément très présente à Marseille) s’y installe solidement. Certains avaient même leur bureau au sein du siège, situation tellement ubuesque qu’on ne peut que comprendre que les RG aient été quelques peu intéressés par l’Olympique de Marseille. Les présidents successifs sont, sans aucun doute, la cible number one d’OM : enquête sur le club qui rend fou. Seul Yves Marchand, qui accusera sérieusement le coup en quittant le club, victime d’une grosse dépression d’après un témoignage, semble ne pas trop en prendre pour son grade. Tous les autres sont mis au pilori, et à la vue des éléments il y a de quoi.

Un microcosme ingérable passé au crible

image om dreyfus

Mais attention, le bilan porté par OM : enquête sur le club qui rend fou ne s’arrête pas aux différents présidents. Les agents de joueurs plus que douteux (ah, le fameux Jean-Luc Barresi !) sont aussi abordés, ainsi que les rapports très étranges du directeur sportif José Anigo avec la pègre locale. Ce dernier, qui sera passé entre les gouttes bien trop de temps, est décrit comme « proche des supporters », donc ces derniers sont aussi ciblés par l’auteur dans un chapitre dédié (« Les virages au pouvoir« ). Rachid Zeroual, des South Winners, est d’ailleurs particulièrement pointé du doigt, et il le mérite bien. Les entraîneurs, et plus particulièrement le « pistachier » (expression marseillaise pour qualifier un dragueur compulsif) Alain Perrin, ne sont pas oubliés. Rolland Courbis n’apparaît pas ici sous son meilleur jour. Didier Deschamps n’est pas trop discuté, on sent bien que son dossier est verrouillé pour le moment. Par contre, les fans de Marcelo Bielsa seront malheureux d’apprendre que leur idole est parti à cause d’une histoire d’agent, bien loin des considérations passionnelles qu’on lui a prêté (monsieur voulait garder les privilèges de ses adjoints, la bonne blague). Enfin, même les ex-probables futurs actionnaires sont invoqués, on pense évidemment à l’improbable escroc Jack Kachckar, mais pas que. Jean-Michel Verne nous rappelle aussi l’hallucinant épisode du canadien Ghislain Gingras qui, à la toute fin de l’ère Tapie, devait apporter des fonds prometteurs. Il s’était avéré que celui qui se présentait comme un grand PDG à la tête d’un empire de mines d’or et de pierres précieuses était en fait totalement en rade. Il devait même de l’argent à ses propres parents…

Bien entendu, on croisera aussi le nom de Deruda (père et fils), bien connu pour avoir été doublement handicapant pour l’Olympique de Marseille : sur le terrains et en-dehors. OM : enquête sur le club qui rend fou n’oublie rien de ce qui a fait l’échec des Louis-Dreyfus, et surtout pas le très trouble Vincent Labrune. D’ailleurs, l’auteur prend un tel soin dans cette incroyable revue d’effectif qu’on se demande, parfois, s’il ne s’aventure pas un peu trop loin. En effet, quelques passages nous ont paru trop basés sur son ressenti. On pense surtout à la mort de Jean Carrieu, président de l’Olympique de Marseille entre 1981 et 1986, éjecté par le bouillonnant Bernard Tapie dès la prise de pouvoir de ce dernier. Carrieu se suicidera en 1987 et, en s’appuyant sur les dires « à demi-mot » de Jean-Claude Darmon, Jean-Michel Verne émet la probabilité que l’ancien taulier aurait été « aidé » dans son ultime acte. Un peu léger, et limite tabloïd. Aussi, on pourra regretter certains raccourcis, comme l’importance de l’OM prétendument assez grande afin de faire d’un président un véritable homme politique en puissance. On est là dans de la fantasmatique, et si Bernard Tapie aurait très bien pu être maire de Marseille c’est grâce aux qualités qu’il étalait à l’époque sur toutes les chaînes. Les marseillais ne sont pas complètement fous, qu’on se le dise.

Au final, OM : enquête sur le club qui rend fou est un passage obligé non seulement pour tout fanatique de l’Olympique (le seul, l’unique), mais aussi pour les simples amateurs de football qui ont envie de travailler leur culture de ce sport. L’âme de ce club est décidément du genre à remplir des livres, et son destin semble marqué par l’évolution de ce sport. On aura rarement observé, dans d’autres institutions sportives, les conséquences de l’arrivée massive du business, la modification d’esprit opérée et, bien entendu, l’arrivée d’agents troubles qui rappliquent comme une horde de moustiques sur un lampadaire. L’ouvrage, qui titille l’envie d’en savoir plus, d’être plongé au cœur d’un fonctionnement occulte, atteint son but : en mettre plein la tronche aux curieux. Les autres pourront se plaindre qu’aucune autre enquête de la sorte soit écrite sur les autres clubs, comme le Paris-Saint-Germain par exemple, pourtant aux mains d’un propriétaire (le Qatar) pour le moins opaque. On espère que ça viendra un jour, en attendant OM : enquête sur le club qui rend fou est un indispensable, qui prouve à quel point le nouveau propriétaire Franck McCourt hérite d’une légende certes blessée, mais toujours bien vivace…

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato
8/10

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