article coup de coeur

[Critique] Je lâche mes coups – Catherine Tanvier

Caractéristiques

  • Titre complet :
  • Auteur :
  • Editeur : Solar
  • Collection :
  • Date de sortie en librairies :11 mai 2017
  • Format numérique disponible :Oui
  • Nombre de pages :240
  • Prix :14,90€
  • Acheter :Cliquez ici

Un revers slicé en pleine face

Si vous appréciez le tennis, et que vous avez plus de vingt ans (ou si vous avez vu le film Socialisme de Godard, où elle joue le rôle principal), il est possible que vous connaissiez Catherine Tanvier. Douée au point d’avoir été numéro un française à seulement 17 ans, mais aussi récompensée par une médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Los Angeles en 1984, celle que l’on surnommait Borguette quand elle était encore joueuse est aujourd’hui une plume pour le moins offensive. Vous vous souvenez peut-être de son autobiographie, Déclassée, de Roland-Garros au RMI, parue en 2007 (aux éditions Le Panama) et qui avait particulièrement remué le monde du tennis, notamment avec des accusations visant certains coaches de pratiques révoltantes sur de jeunes joueuses. Une pro du gros revers bien agencé donc, et visiblement elle est encore très remontée : Je lâche mes coups, sous-titré Comment le tennis-industrie a tué l’esprit du jeu, et édité par Solar(Le tour du monde en 80 coursesLes Bleus c’est nous) , s’intéresse cette fois-ci au spectacle du court…

Round deux, fight. Avec Je lâche mes coups, Catherine Tanvier aborde le tennis moderne, celui de 2017, qu’elle ne semble pas autant apprécier que certains habitués des tribunes. Il serait tentant de résumer ce puissant ouvrage à un règlement de compte avec ce sport, et surtout sont côté féminin, mais il n’en est rien. Il ne fait aucun doute que l’auteure se place là en observatrice, et même plus que ça : en passionnée de tennis qu’elle est. D’ailleurs, l’ouvrage débute en 1976, alors que la future numéro un française découvre Roland-Garros à onze ans, les yeux remplis d’étoiles. Visiblement, ses mirettes en ont pris un coup, pas suite à une carrière finalement un peu tombée dans un étrange oubli, non, c’est bien plus profond que ça.

Je lâche mes coups construit tout un cheminement, qui justifie terriblement le point de vue de Catherine Tanvier, elle qui a connu ce qu’on appelle l’âge d’or du tennis, dans les années 1980-1990. Des décennies qui ont vu les joueurs et joueuses tout tenter pour désarçonner l’adversaire, mais aussi afin de créer un spectacle digne des spectateurs qui, à cette époque, remplissaient les tribunes. L’auteure passe au crible ce qu’elle pense être à l’origine d’une véritable déliquescence du jeu, mais avant d’en trouver les coupables elle en fait le constat. Pour elle, et il est très difficile de la contre-dire tant tout le monde peut vérifier ses dires ne serai-ce qu’à l’écran, le jeu des tenniswomen est stéréotypé. Pire, il est même bête, se bornant à un concours de frappe, et celle qui tape le plus fort l’emporte. La subtilité s’est fait la malle, les amortis sont aux abonnés absents, mais ça hurle, ça bourrine, ça cogne en fond de cours. Et c’est un mal qui touche principalement le tennis féminin, comme le note très justement l’ancienne championne.

Le livre d’une véritable passionnée du beau jeu

L’autre gros morceau de Je lâche mes coups, c’est évidemment les raisons d’une telle situation sportive. Comme à son habitude, l’auteure met les pieds dans le plat, et pointe du doigt ce qui ne peut qu’être responsable. Le business l’est, c’est évident, mais l’uniformisation du jeu est aussi le fait d’entraineurs, qui se contentent de répéter un schéma jusqu’à la nausée.  La Fédération Française de Tennis est aussi dans le collimateur, bien entendu. Catherine Tanvier prêche des convaincus (du moins, votre dévoué serviteur l’est), certes, mais l’exercice de style est tout de même très salutaire. Car il fallait bien que quelqu’un mette les pieds dans le plat, tant celui-ci est devenu fade au fil des saisons. L’auteure est clairement la plume idoine pour cet exercice : style maitrisé, refus du politiquement correct (pas grand chose à gagner, et rien à perdre), quelques vannes balancées ici ou là. Déjà qu’on valide le point de vue, en plus on tombe sous le charme de cette écriture très plaisante, et percutante.

Catherine Tanvier n’est pas tant nostalgique qu’une adepte du beau jeu, de la passion qui se communique du terrain vers les tribunes. Elle lâche ses coups, certes, mais pas sans espoir qu’on lui rende l’échange, et ce pour le mieux. Il règne une tonalité plus constructive que ce qu’il n’y parait, derrière les critiques acerbes et remarques dures mais justes. Oui, on espère que les hurlements débiles de certaines, hérités de Monica Seles, cesseront. Tout comme la fuite du public sera une bonne méthode afin de tout remettre à plat. Des changements qu’une grande partie des passionnés demandent. Je lâche mes coups, au fond, en est une sincère manifestation.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato

Une réaction

  1. Pingback: [Critique] Ici à Nagano - Pierre Fulla

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *